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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:09

 

Antonin écrit sur son blog Vindicateur «  Des domaines viticoles, agricoles, se cassent la figure, ce n'est pas nouveau. Récemment, Olivier B (Rhône) et le Clos Romain (Languedoc) ont été sur le devant de cette scène bancale. Le premier recevant un soutien bienvenu, le second pour annoncer une décision sur laquelle il n'était déjà plus question de revenir… Au-delà, comment faire pour enrayer un système si prompt à casser les petits ? » Bonne question jeune homme mais quel est donc ce système si prompt à casser les petits ? Notre viticulture, largement artisanale, vivrait-elle hors ou à côté du système économique qui régit l’ensemble de la planète ? De plus est-ce vraiment à une casse des petits que nous assistons ?

 

Je n’ai bien sûr aucun élément pour analyser la situation des deux cas évoqués par Antonin et je me garderai bien de porter un quelconque jugement sur les raisons qui les ont amenés à cette situation où la pérennité de leur entreprise s’est trouvée mise en cause. De même je ne m’aventurerai pas sur le terrain de l’élan de solidarité qui s’est développé sur la Toile, via Facebook, pour aider au sauvetage d’Olivier B. Lorsque quelqu’un lance un SOS ou appelle au secours il est réconfortant de voir que des gens se mobilisent. Ce même type d’initiative est en train de se mettre en œuvre sur mon espace de liberté – de façon moins spectaculaire – pour donner un coup de main à un vigneron. Que l’on instille un peu de chaleur dans nos filières froides je ne vais pas m’en plaindre.

 

Il n’en reste pas moins vrai que s’en tenir à des sauvetages individuels, au gré d’un buzz sur le Net n’est guère satisfaisant. D’autant plus que l’élan de solidarité, hormis ceux qui peuvent vraiment acheter plus, se traduit par un déplacement des achats un simple effet de substitution. Le budget des uns et des autres n’est pas extensible à l’infini pour permettre de donner de l’oxygène à tous ceux qui peinent. En effet, les difficultés peuvent être structurelles : endettement trop lourd ou charges fixes incompressibles trop importantes ou faiblesse des ventes, alors elles relèvent d’un traitement de fond ; si elles sont conjoncturelles le coup de pouce sur les ventes peut permettre de surmonter une mauvaise passe. Que les amateurs de vin prennent enfin conscience que derrière les bouteilles qu’ils aiment il y a aussi des hommes et des femmes qui doivent gagner leur vie pour assurer la pérennité de leur entreprise, est un fait nouveau. Jusqu’ici j’ai souvent eu le sentiment que beaucoup, au nom de présupposés idéologiques, privilégiaient une approche a-économique, hors marché, comme si cultiver la vigne, faire du vin, relevait d’une forme de sacerdoce au profit des amoureux du vin.

 

L’accès au marché de nouveaux entrants, sur des créneaux déjà bien encombrés, occupés par d’autres vignerons ayant développé depuis des années une clientèle, est de plus en plus difficile. Nous nous trouvons face à « l’océan rouge » où tout le monde se rue mais où la ressource est au mieux sur le marché intérieur stable, au pire en effritement. Pour ceux déjà en place l’exacerbation de la concurrence, la multiplication des intervenants, l’archaïsme de certains réseaux de vente, rognent leurs prix et donc leurs marges, les contraignant à rechercher plus de nouveaux clients. L’exportation, avec des chiffres significatifs, n’est pas à la portée du premier venu : la prospection est coûteuse, les formalités lourdes et difficiles à gérer, la concurrence des producteurs d’autres pays sont autant de freins pour beaucoup quelle que soit leur taille. L’effet taille, n’en déplaise à ce cher Antonin, ne trace pas une ligne de démarcation entre des pauvres petits et de grands prédateurs mais prend en compte toute une série de facteurs liés à l’adéquation entre son mode de production et le positionnement prix des vins. Je ne vais pas jouer ici à Monsieur Conseil mais simplement écrire que les solutions ne se trouvent pas dans des fausses bonnes idées telles la solidarité entre ceux qui empochent des prix stratosphériques – peu nombreux pour peu de flacons – et ceux qui rament avec des prix de misère.

 

Je n’ai pas de solutions clé en mains bien évidemment mais plutôt que de s’en tenir à une forme de chacun pour soi, à un je me démerde tout seul avec l’appui de ma tribu, à une sorte d’absence de tout intérêt pour le devenir de ses voisins, je pense que réinsuffler le sens du collectif : le fameux mutualisme qui a su en son temps mettre en commun des moyens permettant à des agriculteurs et des viticulteurs de partager à la fois des idéaux, des matériels, des assurances et des financements. Bien sûr me rétorquera-t-on que sont devenus le Crédit Agricole Mutuel, Groupama ou les coopératives de production ? Je sais, mais pour autant l’armée mexicaine, des petits producteurs artisans-commerçants, ne pourra vivre ou même survivre si elle n’est pas capable d’imaginer et de mettre en commun des outils, tout particulièrement pour la distribution de ses vins vers des lieux de consommation de plus en plus lointains ou concurrencés. L’éparpillement, la multiplication des approches individuelles, les kilomètres parcourus, le temps passé en des salons, des dégustations, des foires, ne permettra pas à tous les intervenants de tirer leur épingle du jeu.

 

Je suis frappé par la profusion, l’agitation, l’activisme qui règne en notre beau pays autour du vin. C’est un produit qui attire comme la lumière des réverbères les lucioles mais, celles et ceux qui gravitent dans cet univers, qui est tout aussi redoutable que tous les milieux de commerce, de cette foutue concurrence, ne me semblent pas toujours avoir conscience que pour vivre sur un produit il est nécessaire de lui apporter un service réel, de lui ajouter de la valeur, de contribuer à son développement. Qu’en est-il vraiment ? Souvent je suis perplexe. Et pourtant il y a de beaux chantiers à ouvrir, beaucoup de pistes à défricher, de créneaux à explorer face à une demande mouvante, changeante, infidèle, zappeuse, solidaire dans les mots mais parfois si peu dans les actes. Dans un monde en pleine recomposition, où les grands ensembles économiques se heurtent en une tectonique des plaques, notre petit monde du vin parisien devrait lever le nez de son petit verre, de sa petite bouteille, ne pas s’en tenir à une vision étriquée du vin, ouvrir ses fenêtres, se colleter au réel. C’est à mon avis le meilleur service qu’il pourrait rendre à celles et ceux qui peinent ou qui sont dans la difficulté.

 

Mon approche qui peut sembler un peu froide, trop réaliste, n’est pas antinomique avec une démarche solidaire s’inscrivant dans la durée. Alors plutôt que des petites bulles sympathiques sans lendemain ne pourrions-nous pas au travers de ce fameux réseau social qu’est Facebook imaginer les voies et moyens pour épauler celles et ceux qui coulent. Plutôt que des conférences, où chacun étale à la face des autres l’étendue de son ego afin d’étendre l’étendue de son influence, nous pourrions nous retrouver, non pas pour faire la charité mais pour mobiliser nos énergies, nos moyens matériels et financiers, concilier comme l’a si bien fait Coluche avec ses Restaurants du Cœur la solidarité et le buiseness.

 

Hier au soir, à l'Hédoniste, Olivier B était l'hôte de la blogosphère parisienne pour une dégustation-vente. Excellente initiative c'est sûr ! Alors pourquoi n'y suis-je pas allé ? Parce que je suis un vieux ronchon au coeur de pierre qui se défie des engouements feu de paille ? Un peu sans doute mais pas seulement. Comme je l'ai écrit au début de ma chronique tous les élans de solidarité sont bons à prendre mais, comme je suis en ce moment le nez dans mon histoire d'éleveurs de vaches et de boeufs qui crèvent la bouche ouverte dans le fin fond de la France difficile, dans l'indifférence générale ou même parfois l'hostilité des sectes des nantis anti, je n'avais pas le coeur pour cette rassemblement qui je l'espère ne sera pas un simple coup de vent dans les voiles de la blogosphère du vin... Attention je ne suis pas en train de vouloir graduer la misère, ce qui serait une tâche impossible en notre vaste Monde, mais je plaide pour que nous tous élargissions la focale ensemble. Que nous sortions de nos chapelles ! Que nous retrouvions du lien en dehors de la pure émotion suscitée par un cas. Bonne journée à tous et à toutes.

 

Lire Le suicide des agriculteurs, symptôme d'une profession en mal de devenir

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

PATRICK BAUDOUIN 06/02/2011 22:06



Implosé..oui.comme un soleil qui s'effondre sur lui-même..mais explosé :  la perte d'une dynamique collective,  la perte de confiance des vignerons dans l'éthique de l'AOC, a créé, avec
des tendances parfois quelque peu sectaires, une expression multipolaire, complètement éclatée, différenciée,  associative, commerciale, de l'aspiration d'au moins deux, sinon trois
générations à l'exigence des vins de terroir. Nous sommes dans cette situation d'explosion. Le blog de Jacques, comme d'autres, contribue à la mise en réseau de tous ces pôles d'exigence...mais
comment refédérer ?



Michel Grisard 04/02/2011 23:19



J'ai passé l'après midi avec Pierre Galet qui est en Savoie pour 2 jours. Une réflexion me revient par rapport à l'encépagement: "le classement des 1ers crus de Bordeaux s'est fait avec du
Cabernet Sauvignon, maintenant c'est 75% de Merlot, et c'est toujours le même classement. Il ne faut pas s'étonner qu'il y ai un chamboulement dans les dégustations"



Michel Grisard 04/02/2011 23:09



Patrick,


Tu as complètement raison. Mais les responsables, au nom d'une certaine éthique, au nom d'une "typicité" par rapport à l'appellation, ont sclérosé les appellations. Je n'emploirais pas le mot
explosé, mais bien implosé, car c'est bien de l'interieur que le mal est venu. De vouloir trop protèger les acquis, on les étouffe.



PATRICK BAUDOUIN 04/02/2011 09:33



"Il n'y a pas de produit de qualité sans une appellation qui le distingue du produit ordinaire. Mais il n'y a pas d'appellation viable sans protection". J Capus. Ca fait ringard, mais à tous les
aspects que vous évoquez s'ajoute celui-ci, qui me semble toujours décisif. Tout l'éclatement de la viticulture que nous voyons actuellement, toute la difficulté des jeunes portés par l'exigence
de leur âge à vivre de leur métier, toutes leurs recherches pour trouver la visibilité commerciale dont ils ont un besoin vital, vient aussi de là : le refus des responsables de la profession de
resegmenter l'offre, au nom du maintien de l'unité des AOC, est en réalité responsable de son explosion.



Denis Boireau 03/02/2011 12:07



Pourquoi les vignerons devraient-ils tout faire?


Pourquoi les vignerons ne laisseraient-ils pas le travail de distribuer et vendre leurs vins a des distributeurs et a des vendeurs? Ca marche pour tout un tas d'autres produits. Bien sur ca fera
raler Luc a propos des parasites et des comploteurs...



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