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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 00:03


Pousson, Vincent de son prénom c’est l’éruption, le trait qui fait mouche, qui touche, qu’il fût d’esprit ou purement graphique, inventeur au sens du code civil : « personne qui découvre un trésor » notre « traverseur de déserts » en a extrait des pépites de ses Hautes Corbières pour le plus grand profit des gens d’esprit que sont les vrais buveurs de vin. Éclectique, rondement provocateur, gourmet et gourmand, photographe, admirateur de Bashung, l’homme saute les Pyrénées comme d’autres les échaliers pour nous livrer, d’une plume alerte, les trésors de la vive et inventive Barcelone. Moi qui ne suis qu’un cossard congénital – il fallait voir la tête de mes interlocuteurs, lorsque j’exerçais les fonctions de médiateur, quand, las de leurs tergiversations, je leur confiais sans rire « moins j’en fais mieux je me porte – je n’aime rien tant voir les autres marner à ma place. Alors ce matin je puis vous assurer que la pertinence et l’impertinence n’ont pas changé de camp. Je goûte donc ce plaisir matinal comme la lecture d’un éditorial pétillant sur une terrasse de la piazza del Campo de Sienne alors que l’aurore d’un nouveau jour rosit cet amphithéâtre grandiose. Que du plaisir, et du plaisir partagé avec vous chers lecteurs.


Vini Vinifera Barcelona

où comment à force de lui faire la gueule la culture du vin finit par nous tromper avec le premier Catalan venu…

 

 C'est anecdotique, je sais, mais essayez de revoir en accéléré Vicky Christina Barcelona ; à cette vitesse, vous ne perdrez pas grand chose de l'intrigue et vous éviterez en plus les clichés américains sur une Catalogne à laquelle ils prêtent un accent andalou… Non, là, il s'agit juste de compter le nombre de fois où les acteurs portent à leurs lèvres un verre de vin. « Une honte ! » s'écrieraient sûrement à l'ORTF les dames patronnesses constipées qui moralisent sur l'alcool en prenant des mines de gratte-Jésus (grenouilles de bénitier en langue médoquine). D'ailleurs, je ne comprends pas, tant qu'à couper la pipe de Monsieur Hulot, que pour sa sortie française le film n'ait pas été expurgé de ces ignobles moments de débauche éthylique (sans parler des ménages à trois ou quatre…).

Oui, ici, à Barcelone, on boit ! Et pas seulement à la façon des Anglais débarqués des charters pour enterrer leur vie de garçon en pissant sur les murs d'El Born. À Barcelone, on boit du vin ; rendez-vous compte, ici, ce n'est pas même un poison, Big Brother is NOT watching you ! Alors, bien sûr, la capitale catalane ne conteste pas encore la primauté économique de Londres en matière de wine business, mais tout montre que dans « la ville des prodiges » notre boisson préférée a le vent en poupe : de produit traditionnel, elle s'est transformée en objet à la mode. Car, même si comme en France la consommation globale baisse (surtout à cause du vin de table), il suffit de se balader dans les rues des quartiers qui bougent (l'Eixample, Gràcia et la vieille ville notamment) pour constater l'ouverture d'établissements, bistrots ou restaurants, dont les vitrines ne font pas mystère de leurs amours œnophiles (sincères ou pas…). Ainsi Cata 181 (Valencia, 181), au look minimaliste, La Viblioteca (Vallfogona, 12), moderne et bohème, La Vinya Del Senyor (Sarrià, 15), plus bourgeois, le Bar Mut (Pau Claris, 192), très brasserie germanopratine, D.O. Vins i Platillos (Verdi 36), spécialiste des crus régionaux, ou encore le plus petit bar de la ville, le minuscule Zim (Dagueria, 20), où Katherine, une Écossaise gourmande, marie intelligemment vins et fromages espagnols.

Cela étant, dans cette ville qui a toujours le nez dehors, l'acmé de la vogue du vin a été l'ouverture en 2008 de MonVínic, un lieu atypique de 500 mètres carré qui oscille entre centre culturel, restaurant gastronomique, salle de conférences et bar branché ; fruit d'un projet de 5 ans voulu par Sergi Ferrer-Salat, homme d'affaires méthodiquement passionné de vin, et amoureusement pensé par Isabelle Brunet, auparavant sommelière à El Bulli et à Londres, MonVínic (Diputació, 249) a été looké « XXIe siècle » par le designer Alfons Tost. Dans ce temple œnologique, on trouve, en toute simplicité, les 3000 meilleurs vins du Monde à des prix modiques qui rappellent que l'endroit est une fondation et non un commerce, une fondation qui va bientôt être complétée, afin de donner un accès le plus large possible aux grandes bouteilles, par FastVínic, un fast-food qualitatif. Mais comment, quand on sait les budgets de promotion qui se promènent entre les différentes entités chargées de mettre en avant le vin français et sa culture, comment un tel projet n'a pas été monté à Bordeaux1, Montpellier ou Paris, comment s'est-on fait doubler, une fois de plus ?

Le « vin nouveau » à Barcelone, ce sont aussi les cavistes. Ouvrent un peu partout dans la ville des boutiques qui poussent vers la maison de retraite les bodegas poussiéreuses dont les néons verdâtres finissaient d'user des riojas fatigués : David Perramon de DVi (Marià Aguiló, 120) initie à la nouvelle vague espagnole l'ancien quartier des pêcheurs, Poble Nou, promu quartier branché grâce à au projet 22@, en donnant des cours de dégustation ; Benoît Valée, un immigré français a ouvert à Gràcia L'anima del Vi (Mariana Pineda, 3bis) une tienda spécialisée dans les vins alternatifs, en phase avec ce quartier Bobo. Bien sûr, ces jeunes ont un père spirituel en la personne de Quim Vila, lequel préside aux destinées de la vénérable Vila Viniteca, qui du haut de ses 77 années d'existence continue de faire la tendance ; tout amateur digne de ce nom ne peut faire l'économie d'une visite au 7 de la carrer dels Agullers, près du port, à cette maison de confiance qui, en plus, a ouvert un charmant delikatessen où l'on se régale verre en main de fromages hexagonaux et de luxueux embotits locaux sur un coin de table.

Cette ville dont la nouvelle icône est la Torre AgBar construite par Jean Nouvel pour la compagnie des eaux, joue aussi, à son échelle internationale, le rôle de capitale du vin catalan, et, dans une moindre mesure, espagnol. Sans Barcelone, comment imaginer le succès planétaire du Priorat, promu vignoble pour milliardaires alors qu'il était déshérité il y a encore quarante ans ? Comment concevoir l'éclosion de ces dizaines de domaines des Costers del Sègre, de l'Ampurdán, du Pla de Bages, du Montsant dont les vins affichent une ambition marquée (d'ailleurs surtout marquée par le bois qui masque parfois un fruit étincelant…) ? Comment comprendre la qualité, la créativité, la modernité du packaging mis en œuvre si souvent pour parler le vin d'aujourd'hui ?

Témoin de cette effervescence, de cette volonté de déplacer les montagnes, le projet de Raul Bobet, ex-chief winemaker de la maison Torres, déjà honoré pour sa collaboration avec Sergi Ferrer-Salat en Priorat (FerrerIBobet 2006 sacré meilleur vin d'Espagne)  : il a monté un domaine écolo, Castell d'Encus, à 1000 mètres d'altitude dans les Pyrénées, en vue du pic d'Aneto. Son riesling, délicieux, vient de sortir mais il a en cave de stupéfiants cabernets-sauvignon et petit-verdot dont le maître-mot est finesse, une vertu qui n'avait pas toujours été explorée par les vignobles du Sud.

Allez, vous avez compté ? Combien de fois les acteurs de Vicky Christina Barcelona portent-ils un verre de vin à leurs lèvres ? Une bouteille au gagnant! Ah, j'oubliais, on n'a pas non plus le droit de parier en France… De se moquer, j'espère, mais ce n'est pas sûr. De se moquer, comme on le fait ici en Catalogne comme partout en Europe2 d'un pays dont le new french paradox consiste, en matière vinicole, à pratiquer l'autoflagellation ; dans le film de Woody Allen, on dirait « à tenir la chandelle… »

 

1 Certes Bordeaux se réveille grâce à Alain Juppé et Sylvie Cazes, mais leur projet de centre culturel du vin ne fait pas encore l'unanimité.

2 La semaine dernière encore, au colloque Wine Future, à Logroño, en Rioja, on a ri du néo-prohibitionnisme des gouvernants français

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 21/11/2009 10:06


Vincent, sympa de voir ta mine réjouie avec le gros phallus derrière... À bientôt, entre Minervois et Corbières durant Vinisud.


Reggio 20/11/2009 08:26


Salut Vincent ! Je me rappelle qu'il y a 15 ans, on avait cherché quelques sous pour nous aidé à monter notre premier "Languedoc wine bar" à Copenhague, et on s'est fait rigolé au nez et
jeté de partout...J'en rigole encore...maintenant reste plus qu'à pleurer...
Adiù
Reggio


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