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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 00:09

Si les loups sont entrés dans Paris en 68 par la voix de Reggiani link les ouvriers, eux, s’apprêtaient à en partir : le quai de Javel ne rimerait plus avec Citroën. Première délocalisation vers ce qui était la zone au-delà des barrières de l’octroi. Et le vin dans tout ça ? Il n’est plus lui aussi dans Paris – Bercy c’est fini – où « le Parisien ne croise plus d’ouvriers que son  garagiste, un plombier et, derrière la palissade qu’il longe en voiture, la Babel sans cesse renouvelée des immigrés du bâtiment. » Les premiers métros sont noirs. Marx ne pourrait plus écrire, comme en 1850 dans les Luttes des classes en France * « Si, par suite de la centralisation politique, Paris domine la France, dans les moments de séismes révolutionnaire les ouvriers dominent Paris. » et Baudelaire respirer l’air parisien forcément prolétarien. « L’ouvrier ne fait pas seulement la révolution à Paris, il a fait Paris » : creusé, monté pierre à pierre, érigé... Paris populaire «  atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »  la gouaille d’Arletty dans Hôtel du Nord, de Gavroche à Montand, de Maurice Chevallier au Gabin jeune avec le renfort de Prévert, Renoir et Carné. » et que faisait « le sam’di soir après le turbin, l’ouvrier parisien... » L’ouvrier habitait à l’est des rues Saint-Denis et Saint Martin au nord de la Seine, Saint Jacques au sud : le Paris des classes dangereuses et le Paris convenable. Cette part de la ville réchauffait 2 bastions révolutionnaires : les faubourgs Saint Antoine et Saint Denis. Même les Grands Boulevards avaient un boulevard populaire d’un côté, un boulevard dandy de l’autre. C’est Haussmann qui fait véritablement de Paris deux villes, pas symétriques, concentriques : « Une riche et une pauvre. Celle-ci entourant l’autre. La classe malaisée est comme un immense cordon enserrant la classe aisée » selon le mot de Corbon » Et puis c’est la banlieue Nord qui va se teinter de rouge. Alors « qu’à Paris, la classe ouvrière était composite : pour partie conservatrice, pour partie anarchiste, pour partie réformiste et pour partie organisée autour de partis ouvriers » celle de la « banlieue rouge » va se calcifier sous la férule des staliniens du PC, puis se désagréger jusqu’à verser dans le marigot fangeux du borgne.  

     © Keystone

La popotte : ou comment faire entrer un cheval dans une gamelle en métal émaillé.

 

« Poulot raconte l’alimentation de l’ouvrier marié : « s’il demeure près de l’atelier, sa femme lui donne pour sa goutte du matin et son tabac ; s’il est éloigné, elle met dans un bidon ad hoc soupe et pitance, il achète le pain et le vin [...] La vie est très chère à Paris : les aliments, le vin, etc. sont souvent, par leurs prix élevés, une cause de gêne, mais le travailleur trouve encore les moyens de s’arranger : il prend les bas morceaux de la viande de cheval ».

 

L’Assommoir : le quand-est-ce-que ?

 

« Le marchand de vin, c’est le mastroquet, le minzingo, le marchand de coco. On s’y retrouve, entre autres occasions, pour le quand-est-ce-que ? abréviation de « quand est-ce payes-tu ta bienvenue, ton embauchage ? » Y avoir du crédit, c’est avoir de l’œil, et quand on n’en a plus, c’est que l’œil est crevé ; ne pas y payer, c’est faire un pouf. »

 

Les grands bars « au luxe tapageur, maisons aux enseignes éblouissantes de dorures, la façade crépie de couleurs criardes, fascinant les buveurs par les multiples bouteilles factices étagées en rangs serrés. Entreprises commerciales installées aux carrefours les plus passagers, elles appartiennent à des syndicats de gros négociants en vins et alcools, qui écoulent là des produits spécialement fabriqués en vue de la spéculation la plus productive. »

C’est-à-dire des produits qui doivent tout à la chimie et à peu près rien à la nature, le vin n’étant parfois que de l’eau colorée de campêche, de fuschine »

Une pancarte verte prévient que le marchand de vin ne garantit ni le contenant ni le contenu. À compter du 26 août 1894, la loi Griffe interdira aux débitants de vendre des vins mouillés, sous peine d’amende, de prison, de la perte des droits civiques et politiques. Pour 15 centimes, on boit là « un café avec un petit verre » ; pour la même somme un verre d’absinthe. »

 

« Sur le « boulevard du crime » les spectacles commencent dès six heures du soir et comptent 1é à 15 actes [...] Les cordonniers et les bronziers futurs fondateurs de l’Internationale, joue aux dominos au café de la Bastille, tenu par Cornu. Puis la partie de belote ou de zanzi remplacera, sous la III e République, les dominos ; le cinéma aura raison des théâtres du boulevard du crime. La passion des courses de chevaux « abrutissoir populaire » selon l’Almanach du père Peinard, ne semble pas, elle, prête de s’éteindre. »

 

Le dimanche c’est la « partie de campagne sur les bords de Marne, avec friture et canotage » On y part de la gare de la Bastille. Le prix du billet de chemin de fer était plus élevé le dimanche ce qui faisait s’insurger Nadaud « Élever le prix de nos moyens de circulation les jours de fête, c’est blesser la conscience de tous les travailleurs » ; c’est les pousser aux cabarets. »

 

 

Barrières : Vin et lapin (sauté) sont les deux mamelles de la barrière

 

« Vin et lapin (sauté) sont les deux mamelles de la barrière : le vin parce qu’ici, outre l’octroi, il est détaxé ; le lapin parce qu’on est déjà comme à la campagne. Le signe de croix du pochard se ponctue d’un triple « lapin sauté » ! [...] Aux barrières ont lieu des bagarres entre bandes rivales, les bals et les rassemblements revendicatifs ou politiques. Le vin y échappe à l’impôt, le corps à l’organisation du travail, l’expression à la répression policière. Mais la ville grignote sans cesse la frontière et le bourgeois (au sens de citoyen-citadin) rattrape l’ouvrier »

 

La zone et les apaches

 

La zone non oedficandi qui ceinture Paris, zone de servitude militaire de plus d’un millions de m2, comptait au début du XXe siècle 30 000 habitants, ouvriers pour majorité « plus d’un tiers étaient nés à Paris, dont ils avaient été chassés par l’haussmannisation. Plus de 40 000 personnes occupaient encore le tour des fortifs en 1926.

Les « apaches » habitent plutôt Belleville, Ménilmontant ou Charonne, et ne viennent à la zone que dans les guinguettes ; seuls les plus pauvres d’entre eux traînent sur les fortifs. »

 

Les apaches c’est le prolétariat encanaillé, l’illégalisme et l’immoralité sont ses synonymes. Pépé Marx le qualifiera de lumpenprolétariat, pépinière de voleurs, de criminels, d’individus sans métier précis vivant au crochet de la société, des « gens sans feu et sans aveu. » Des « brochets » équivalent des maquereaux, de la chair à guillotine.

 

Source de cette chronique Paris Ouvrier des sublimes aux camarades d’Alain Rustebholz chez Parigramme

     © Keystone

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