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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 00:09

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Dans le jargon de la rue Varenne elle est dénommée : la Profession, un drôle de nom qui regroupe une myriade d’OPA, rien à voir avec la Bourse puisque ce fourre-tout désigne les Organisations Professionnelles Agricoles. Elles sont verticales ou horizontales, c’est-à-dire que les premières représentent une production : céréales, fruits, vin, bovins, ovins, porcins… etc. et les secondes des services : assurances (Groupama), crédit (Crédit Agricole), coopération, syndicalisme (FNSEA, CNJA) … etc.  Tout ce petit monde adore se réunir en Congrès tous les ans, inviter le Ministre de l’Agriculture pour le conspuer s’il est de gauche, l’applaudir ou le chahuter pour faire genre s’il est de droite.


De mon temps, surtout avec Rocard, le Ministre ne se tapait que les grosses cylindrées laissant à son cabinet le soin de le représenter à la foultitude de Congrès : ainsi je fus le premier à aller à un congrès des Caves Particulières (ancêtre des VIF) qui se tenait dans le château de Blois, en 1984 je crois, à la veille des négociations d’élargissement de la CEE à l’Espagne et au Portugal. Grand moment de n’importe quoi avec mon ami José Puig des PO suivi d’un dîner dansant (sic). De nos jours, la pluralité syndicale, l’irruption de nouvelles organisations, le goût immodéré des Ministres pour la communication, font que ceux-ci passent beaucoup de temps, beaucoup trop à mon goût, à discourir jusque devant le congrès  des éleveurs d’escargots bio.


Bref, se taper le discours constituait souvent une performance vu le grand amour que portaient les agriculteurs aux socialo-communistes (appellation de l’époque remplacée par rien vu que les Verts donnent encore plus d’urticaire aux gars de la terre que les Rouges) mais, avec de l’entraînement, juste ce qu’il faut d’habileté, ce n’était qu’un pensum à évacuer. Non le pire était à venir : le déjeuner ! Un détail d’importance : dans certaines organisations le déjeuner précédait les discours de clôture ce qui présentait l’énorme avantage de voir la grande majorité de la salle s’assoupir très rapidement sous l’effet d’une lourde digestion. Comme le représentant du Ministre parlait en dernier c’était un réel plaisir de contempler du haut de la tribune un océan d’assoupis. Souvenir d’un congrès à Royan où une grande baie m’offrait à droite le spectacle de la mer : le discours fut exécuté à la vitesse grand V.


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Revenons au déjeuner. Table d’Honneur, plantée au centre d’une marée de tables des sans-grades, où le Président du bouzin, parfois son épouse (certaines organisations promènent les dames en car pendant la durée du Congrès qui dure 2 jours minimum) et surtout les autorités locales : le Préfet et/ou le sous-préfet, les élus : députés, sénateurs, conseillers généraux et régionaux, le maire de la ville du Congrès, les administrations  agricoles et économiques, les chefs du Crédit Agricole et autres machins, souvent un gradé de la Gendarmerie, j’en passe sans doute mais ce dont je suis sûr c’est que la tablée était presqu’exclusivement mâle.


La grande question n’était pas la conversation vu que le Président vous tenait le crachoir, que le Préfet cirait les pompes, que les élus se poussaient du col et que vous pouviez vous contenter de prendre un air très inspiré, opiner du bonnet lorsque c’était possible, sourire lorsque c’était une lourde charge contre le gouvernement, bref gérer le temps qui passait en se disant que le soir ce serait l’extase dans des bras plus accueillants. Le problème c’était la bouffe. En général lourde, pâteuse, bourrative, froide lorsqu’elle devrait être chaude, tiédasse alors qu’elle eut dû être fraîche, fade… Pourtant il fallait manger, et pour des raisons diplomatiques, et pour des raisons physiques : se taper un discours le ventre creux c’est prendre le risque de la défaillance comme un cycliste dans le Tourmalet. Donc je mangeais. Je mangeais en me disant que ce n’était pas pire que le frichti de ND de la Forêt.


Restait le VIN. Là ça dépassait, en règle générale, y compris malheureusement dans les congrès où le vin était au centre des débats, l’abomination de la désolation. L’horreur absolue de quilles achetées au mètre par le gestionnaire du Palais des Congrès du coin : la palme revenant sans aucune contestation à la CGB et l’AGPB avec d’affreux Bordeaux qui semblaient avoir baignés au cours de leur courte vie dans un tas de vieilles planches desséchées. Vous me direz : t’étais pas obligé de boire ! C’est vrai mais vu la solidité de la bouftance il me fallait faire couler la miette. Alors me mettre à l’eau ? Très mal vu du Président paysan qui lui se lichait le nectar en le vantant. Bref, je me rinçais la bouche avec parcimonie mais Dieu que j’ai souffert au sens figuré comme au sens propre.


Quand est-il de nos jours ? Je n’en sais fichtre rien puisque je ne mets plus les pieds dans les Congrès. J’oubliais : dans tous les congrès il y avait toujours une table de journalistes. Je n’y ai jamais rencontré de journalistes de la presse dites vineuse lorsqu’il s’agissait de congrès of wine. Je suggère donc à mes « confrères » des grandes revues d’esthètes de se faire répertorier par le Service de Presse du 78 rue de Varenne afin d’être invité aux Congrès petits et grands. Ainsi pourraient-ils déguster des vins de Congrès et les commenter. Je vous assure que ces vins-là ça représente un sacré paquet de vente au mètre linéaire.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Luc Charlier 11/01/2013 09:11


« Le taulier écorché, malmené, dégradé par les congrès mais sauvé par Luc Charlier ». En voilà un titre qu’il serait beau !


Mais qui est le moustachu au poil noir, croisement entre Jean Ferrat et Patrick Dewaere, qu’on aperçoit à toutes ces tribunes ?
Tel un mauvais fils, il doit se dire que les vieux, ce n’est pas très original, même si la montagne est belle, en croquant goulument dans une tomme de chèvre.

Michel Smith 11/01/2013 07:41


Après lecture, je vais m'inscrire au service de presse de ma pomme et organiser un congrès annuel avec mes potes sur le thème "chacun amène sa bouteille". Il me reste une ou deux "Loute" 2007 de
chez Léon, bouteille asséchée en moins de deux l'autre jour ! 

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