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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:00

Tenir une chronique journalière exige parfois d’aborder des sujets qui flirtent avec la ligne jaune, d'évoquer des trucs pas convenables, de fréquenter des lieux et des gens peu recommandables, pas vrai Charles-Henri Orliac, de se mettre un chouia en danger en titillant les grands : qu’en pensent JP Lubot et Hubert de Boüard, je ne sais, peut-être vont-ils me sonner un jour les cloches, d’endosser d’étranges costumes, de se dédoubler, de n’être plus soi-même, de se glisser dans la peau de… John Malkovich… d’être un autre… et même de se mettre en scène pour les besoins de la cause du vin, posant nu ou même se mettre en bière. Votre Taulier ne recule devant aucun défi, ou presque. La concurrence ne se presse pas au portillon pour vérifier si le ticket est toujours valable : pensez-donc, j’ai même vu au Carrousel du Louvre un chroniqueur en richelieu grises, quel défi, quel courage, j’en suis encore tout bouleversifié…


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Samedi, après un après-midi de flânerie, alors que je récupérais mon vieux destrier noir attaché au flanc de la rue de la montagne Ste Geneviève, l’angélus sonnait à l’église St Etienne du Mont, mon esprit d’escalier me menait du Dies Irae du vendredi link à la scène bucolique de Millet. L’air vif, le ciel pur, me transfusaient un supplément de vie. Me préparer à monter dimanche matin au 104, lieu symbolique, rue d’Aubervilliers, un immense bâtiment édifié par le diocèse en 1873, en lieu et place de l’ancien abattoir de la Commune de la Villette, par les architectes Delebarre et Godon, sous la haute direction de Baltard, alors directeur des travaux d’architecture de la Ville de Paris. Ce vaste ensemble, mêlant fer, brique et pierre, recouvert d’une verrière massive, si caractéristique de l’architecture industrielle du XIXe siècle : une véritable « usine à deuil » selon les chroniqueurs de l’époque. C’est la référence à l’époque, tout y centralisé : de l’exploitation ateliers, dépôts, écuries, à l’exposition des corps lieux de réceptions, salles de recueillement et jusqu’aux logements ouvriers…


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Avec lui les idées républicaines avancent : « c’est en 1905, avec la séparation des Églises et de l’État, qu’est créé le service municipal des pompes funèbres (SMPF), vécu comme un progrès des idées républicaines : en effet, tout un chacun avait désormais droit à une cérémonie, quels que soient sa religion, son statut (les femmes divorcées devaient auparavant être enterrées de nuit) ou les conditions de sa mort (les suicidés étaient aussi bannis). Le monopole municipal concernait les cercueils, les corbillards, les "porteurs" et les cimetières. Une part importante du travail relevait de la "pompe". Ainsi, il était obligatoire (jusque dans les années 1980) de placer des tentures à l’entrée des bâtiments où se trouvaient des morts. »


« Durant les années de pleine activité, 27 000 corbillards partaient chaque année du SMPF, 1 400 personnes y travaillaient, dont une quarantaine de femmes. Les Pompes funèbres employaient aussi bien des menuisiers et des ébénistes que des carrossiers, des mécaniciens, des couturières, des peintres ou des maçons. Les fonctions étaient très codifiées : bureau d’exécution des convois, régleur, porteur… Sur le site se trouvaient donc des bureaux, des écuries, un service d’état civil, des ateliers, une cantine, un coiffeur, un cireur, des logements pour les employés d’astreinte, des entrepôts pour les mâts et les tentures, etc. Les anciens du service municipal des pompes funèbres gardent un souvenir ému de la solidarité qui y régnait, de l’ambiance, de l’équipe de foot, de l’orchestre… Ces "bons moments", ainsi que la fierté de participer à un événement si important avec une telle dignité, permettaient d’oublier les difficultés inhérentes à la fonction. »


Deux ruptures : une grande, les véhicules automobiles en remplacement des véhicules hippomobiles. « Exit donc les voitures à cheval, et avec elles une partie des corps de métiers présents sur le site : les cochers deviennent chauffeurs, les palefreniers seront manutentionnaires, les maréchaux ferrants carrossiers, les brosseurs cireurs mécaniciens… Un atelier de construction mécanique est construit au-dessus des anciennes écuries, les corbillards sont faits sur mesure et garés sur le site » et une petite, en mai 68, « pour la première fois de l'histoire du service municipal des pompes funèbres, les cols blancs et les cols bleus fraternisent. Ce phalanstère fonctionne en autonomie, le sens du devoir et l'honneur du métier restent les plus forts : ainsi, les stocks d'essence sont protégés de manière à assurer la continuité du service. »


Le monopole municipal de la pompe funèbre a pris fin avec la loi Sueur du 8 janvier 1993.


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Dimanche, même le soleil était au rendez-vous, cap sur Marx Dormoy puis la longue rue Riquet qui enjambe des voies de chemin de fer qui filent vers le Nord. Le 104 m’ouvre les bras et en hommage à mon action passée pour la pomme à cidre un artiste inspiré en a déposé une couche rien que pour moi pour qu’elles forment un tapis prêt à subir le roulot compresseur. Je progresse sous la verrière puis je plonge dans les entrailles du 104 pour rejoindre les 60 Vignerons du Vin en Tête qui font dégustation. Tout ce que j’aime : de l’espace, un lieu pour se restaurer s’asseoir, un accueil bon enfant et efficace : mention toute spéciale à la virevoltante Asami. À mon rythme, j’ai glané de quoi alimenter des chroniques futures qui feront votre délice, un peu comme moi à l’heure du déjeuner où j’ai bien mangé et j’ai bien bu avant de m’en retourner. Merci à l’équipe du Vin en Tête : de la belle ouvrage, du cœur et bien sûr des vigneronnes et des vignerons qui ne sont pas rien que des serveurs de fonds de verre que l’on s’empresse de déguster et de renvoyer là où il faut les cracher. Baguenauder, se parler, échanger, entendre, partager car « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps ».


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Ce n’est pas de ma plume – je vous laisse deviner de qui c’est – mais dimanche au 104 j’ai ramassé dans mon mouchoir de Cholet à carreaux des petites graines d’herbes folles, celles qui prospèrent dans les fentes du grand mur de l’indifférence, celles qui à la première goutte d’eau dans le sable du désert de Gobi poussent comme des baobabs… Ce n’est pas de moi mais le chroniqueur est aussi un ramasseur de poussières d’étoiles en même temps qu’un allumeur de réverbères sur la plus petite des Planètes…



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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Christophe Libaud 03/12/2012 20:48


Où poser le vin pour mieux l'éclairer ?


Oublie-t-on jamais une bouteille dans la pénombre incertaine, périphérique, de nos préoccupations aléatoires ?


Le vin doit passer de l'obscur au clair pour être tiré (en un sourire pour qui veut, ou qui peut).


Aussi irréfutable que l'élépant, Alexandre Vialatte, le "bienheureux de La Montagne" serait heureux de ces pourpiers qui saigent le bithume dans l'échancrure des bas de mur.


Bonne soirée

Philippe Margot 03/12/2012 14:28


Je reconnais du Michel Tolmer dans la 5ème photo de cette chronique ?


Si vous aimez ses caricatures proches du vin, rendez-vous à : Michel Tolmer * Humour Vin

http://fr.calameo.com/books/00003074761f0778b39cb

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