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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 00:09

Je trouve cette affirmation générique stupide, bien dans l’esprit du temps, simple pendant à ceux qui affirment que le dit vin est mauvais pour la santé. C’est quoi la santé au juste ? L’OMS répond que c’est « un état complet de bien-être physique, mental et social ne se caractérisant pas uniquement par l’absence de maladie ou d’infirmité. »


C’est large. C’est vaste. La santé s’est maintenant promue en style de vie, elle est vendue comme le sont aujourd’hui la plupart de nos actes quotidiens. Pour s’en convaincre il suffit soit de pousser la porte d’une pharmacie où le marketing santé oriente ou même pousse à la consommation, soit de contempler les présentoirs de magazines qui regorgent de publications sur la dite santé. Le marché de la santé, comme le marché des biens domestiques, s’étend, propose toujours plus.


Comme l’écrit Georges Vigarello dans Histoire des pratiques de santé « Le processus de civilisation déplace depuis longtemps les frontières entre le supportable et le non-supportable, approfondissant le sensible, rendant moins tolérés des « mal être » auparavant acceptés. L’exigence n’est pas nouvelle. Elle s’est à coup sûr intensifiée. »


Et de citer pour souligner ce phénomène l’accélération des maladies déclarées par les personnes interrogées : il s’était accru de plus des ¾ entre 1970 et 1980. On passait de de 37 637 maladies déclarées à  60 058 soit 1,62 maladie par personne à 2,28. Chiffre sans grand rapport avec les affections réelles. La France n’était pas plus malade en 1980 qu’elle ne l’était en 1970. Bien au contraire puisqu’u cours de la même période l’espérance de vie était passée de 76 à 79 ans pour les femmes, et de 68 à 71 ans pour les hommes. La tendance s’est accélérée, intensifiée depuis car la vigilance sur soi s’est accrue comme s’est déplacée la frontière entre santé et maladie.


En effet, nous sommes entrés dans l’ère des exigences du « mieux être » car « c’est le thème du plaisir que manie la rhétorique sanitaire : « choisissez de vous faire du bien », cet été réveillez vos sens », « mariez plaisir et bien-être ». Il y a un versant hédoniste, bien sûr, dans cette insistance à « jouer la carte du bien-être ». Vigarello note « C’est le triomphe d’un individu plus indépendant, plus narcissique sans doute, comme d’innombrables textes l’ont souligné dans les années 80, le renouvellement de l’investissement sur le corps s’est imposé comme une vérité d’autant plus tangible que sont tombés les « au-delà », ou que se sont effacés les « grands messages ». la chute des transcendances, politiques, morales, religieuses, renforce cette importance de la conscience corporelle : mieux s’éprouver, accroître le registre des sensibilités, ne pas vieillir. Elle suggère l’investissement physique comme une ressource ultime, de durée, de certitude, d’engagement très personnalisé, installant une maîtrise de soi totalement traversée par l’attention au physique et à son immédiateté. »


La dictature de la minceur en est le plus bel exemple conjuguée avec l’efficacité, la performance « Nous vivons dans un monde impitoyable où être le plus fort, le plus débrouillard, le plus malin, le plus rapide, mais aussi le plus résistant est devenu une condition nécessaire sinon suffisante pour exister, pour réussir ou plus simplement pour tenir » La pression grandit pour une promotion de chacun : le fil des réseaux sociaux le montre chaque jour de plus en plus avec une inexorable fuite en avant sans beaucoup de débouchés concrets. Le gagneur, même s’il est un peu moins flamboyant avec les dérives des faiseurs de fric d’un seul petit clic, reste la référence y compris chez les petites louves et les petits loups qui s’affichent « rebelles ».


Le vin dans cette quête a un statut ambiguë car il est tout à la fois vecteur de plaisir, de bien-vivre, marqueur social de réussite mais aussi un « risque » que les faiseurs de forme agitent sous le nez de la nouvelle race des winner (l’utilisation de l’anglais sur Twitter me fascine, elle est souvent inversement proportionnelle à la réalité du statut de celui qui l’utilise comme langue véhicule). L’apport énergétique est un indice du sain et du malsain. On associe la basse énergie alimentaire conjuguée à une haute dépense énergétique : le cas de notre ancien président de la République reflétait bien cette obsession : pas de vin, une lutte contre son addiction au chocolat, ses joggings permanents…


Un nouveau modèle s’est donc imposé, où les critères subjectifs de santé sont dominants : celui d’un corps directement connecté et alerté par ses sensations, machine informationnelle aux circuits maîtrisés. L’ « écoute des sens » appuyé sur la vérification via le Net : on sait tout sur tout avant même la consultation médicale. « Prendre conscience de son corps avec toutes ses articulations pour qu’il puisse s’exprimer librement. »


Pour moi le vin se situe dans un espace de liberté, sous l’exigence de la responsabilité personnelle, loin très loin des engeances qui s’autoproclament gardiennes de ma santé, de mon mieux-être et de ce fait je banni celles et ceux qui jouent sur les peurs, y compris les défenseurs des vins propres. Le combat pour la durabilité de notre planète vaut mieux que les bisbilles entre maîtres de chapelles.


Dernier point, et il est fichtrement d’actualité avec le médicament Diane 35 : « L’ANSM a réévalué le bénéfice/risque de Diane 35 dans sa seule indication autorisée : le « traitement de l’acné chez la femme. L’efficacité est modérée et ne s’observe qu’après plusieurs mois de traitement », précise l'Agence. Elle ajoute : « De nouvelles données démontrent notamment un risque thromboembolique veineux quatre fois plus élevé que celui des femmes qui ne prennent pas ces traitements. Il existe par ailleurs des alternatives pour le traitement de l’acné. Dans ce contexte, l’ANSM considère que le rapport bénéfice/risque de Diane 35 et ses génériques est défavorable dans le traitement de l’acné.»


« La santé consommée promeut aussi ses pharmacologies incontrôlées… »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Denis Boireau 05/02/2013 13:03


Bon, OK , Luc comme le Taulier ne veulent pas qu'on dise que le vin c'est bon pour la santé.


Mais quand même, relisez la definition de l'OMS : « un état
complet de bien-être physique, mental et social ne se caractérisant pas uniquement par l’absence de maladie ou d’infirmité».


Franchement, le vin aide quand même sérieusement à atteindre cet état, non?

luc charlier 03/02/2013 15:20


Cette fois, il me semble avoir le droit à une certaine prétention de compétence : buveur impénitent de bon vin depuis près de 50
ans et producteur à temps plein depuis presque dix ans, médecin multi-spécialisé (bac + 14) avec l’expérience de la médecine clinique mais aussi celle d’un salarié puis d’un consultant dans
l’industrie honnie du médicament, je suis également un PATIENT (goutte, diabète, hypertension, j’en passe ).


Trois réflexions qui pourraient en amener d’autres :


1. Ma mère (bientôt 83 ans, ophtalmo à la retraite) a l’habitude de dire : « Quand je me lève le matin, et que je n’ai mal
qu’à un seul endroit, cela va être une bonne journée pour moi ». Or, l’arthrose l’a obligée à arrêter de jouer du piano alors qu’elle adorait cela et était une bonne musicienne. En outre,
elle travaille comme bénévole (à 83 ans) en tant qu’aide soignante dans la maison de repos où mon père est mort en 2011, à raison de 50 heures par mois environ !!!!! Voilà pour les attentes
en matière de santé et de qualité de la vie.


2. Le French paradox est un leurre. Ce n’est pas l’endroit de développer ce point. Mais il faut boire du vin CAR ON AIME
CELA, pas comme un complément alimentaire ou hygiénique. Ou bien ne pas en boire si on n’en a pas envie. On n’est pas obligé de faire vivre la filière viti-vini, même si moi, à titre personnel et
corporatif, j’aimerais autant que cela soit le cas.


3. Le lobby agro-alimentaire (doublé de celui du phyto-sanitaire, du liège, du marketing vineux, des interprofessions et tutti
quanti) utilise les mêmes méthodes que celles de l’industrie pharmaceutique (souvent les mêmes sociétés d’ailleurs) et pèse de la même manière sur les gouvernements. La riposte hygiéniste –
que je ne cautionne pas – se nourrit de cet état de fait, comme celle des « médecines douces » qui ne sont que de la douce rigolade.


Un seul slogan : « Le gavage pour tous ! ».


 


Bon dimanche.

David Cobbold 03/02/2013 10:57


Un bon papier Jacques, et je me trouve bien en phase avec ce que tu dit sur le vin et ses liens avec les attitudes changeantes sur le corps et son état.

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