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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 00:09

vinsamson-min.jpg

 

J’ai lu ça sous la plume d’un gars intelligent et j’avoue que j’ai du mal à le suivre. Je suis demandeur d’explications.


Les données sont simples :


1-     Soit les hérauts des petits vins de propriétaires qui, depuis la nuit des temps, n’ont cessé de gerber sur le gros rouge qui tache fait par les coopés, ce que je comprends parfaitement.


2-   Soit les mêmes qui aujourd’hui déplorent, la main sur le cœur, des larmes plein les yeux, les arrachages de nos vignes dans le vieux monde : -11% en France, -15% en Italie, - 16% en Espagne depuis 2000.


3-   Puis-je me permettre de signaler à ces brillants économistes de café du commerce que les vignes arrachées étaient très majoritairement celles qui produisaient l’affreux jaja qu’ils raillaient ?


4-   Dans le même temps où nous nous amputions les affreux, sales et méchants du Nouveau Monde plantaient à tour de bras : Australie + 24%, +168% Nouvelle-Zélande, +16% au Chili, +5% en Afrique du sud, + 87% en Chine depuis 2000.


5-    Puis-je me permettre de faire à nouveau remarquer à ces esprits éclairés que nos grands concurrents ne font que dépoussiérer notre bon vieux modèle industriel productiviste  des Vins de Consommation Courante avec marques, certes maintenant ringardes : Préfontaines, Gévéor, Vin des Rochers, Vin du Postillon… Marketing quand tu nous tiens : de la monnaie sous chaque bouteille et le moins de vin possible.


6-   Donc je m’interroge : pourquoi diable geindre, pleurer sur l’arrachage d’un vignoble qui pissait l’hecto à plein tuyau ?


7-    Dans ce même temps de haute déploration de la perte de notre substance viticole nos vaillants partisans du « boire moins mais boire mieux » ajoutent à celle-ci, pour la regretter aussi, la chute vertigineuse de la consommation par tête dans nos vieux pays consommateurs. C’est l’horreur ! Putain d’Evin !


8-   Puis-je me permettre encore de questionner ces ardents défenseurs de la veuve et de l’orphelin sur ce qui, dans les temps anciens, permettait de faire faire de la gonflette à notre consommation par tête ?


9-   Faut pas être sorti de Polytechnique pour savoir que c’était essentiellement les gros buveurs de jaja 6 étoiles pas les becs fins de vins bouchés. J’espère tout de même que ça vous en bouche un coin et que vous allez faire vos comptes de consommateurs !


10-                      Ceci écrit, de grâce messieurs les raconteurs de tout et tout le contraire de tout arrêtez de nous faire chier avec vos analyses qui feraient se gondoler un élève de CM2 à peu près raccord en arithmétique.


11-  Oui, nous avons arraché les vignes de Vin de table car nous en buvions de moins en moins. Les VDPCE n’étaient pas les fers de lance de la conquête du marché mondial que je sache.


12-                      Oui nous avons plantés des ha et des ha d’AOC, pas toujours à bon escient, sous le sacro-saint régime des droits de plantation ce qui n’a pas empêché la surproduction de vins inadaptés aux demandes du marché, disons des consommateurs. Je ne crois, chers amis des petites quilles bichonnées à la main que le modèle Bordeaux vous fasse bander !


13-                      Dites-moi tout de même était-ce un bon plan de tout jouer sur les AOC ? Sans vouloir vous offenser il faudra que vous m’expliquiez votre contradiction : vous luttez à juste titre contre le productivisme mais dans le même temps vous déplorez que nos grands concurrents augmentent leur potentiel de production pendant que nous diminuons le nôtre ? Vous devriez au contraire vous en réjouir. Nous laissons la grosse cavalerie aux libéraux et nous nous replions gentiment sur nos vins d’artisans. C’est beau les réserves d’Indiens, non !


14-                      Oui je sais, je me laisse emporter, je pousse le bouchon un peu loin. Votre choix est un choix tout à fait défendable, qui vaut ce qu’il vaut, et je serais prêt à comprendre que vous nous bassiniez avec vos couplets qui rejoignent ceux de Robert Pitte : laissons donc la production de ces vins indignes à « ces pays où les salariés sont payés avec des coups de pieds au cul »


15-                       Tel n’est pas le cas. Vous hurler aux loups. Les barbares sont à nos portes. Ils vont nous dépouiller de notre vieux patrimoine. Sortez-nous lpendant que vous y êtes le principe de précaution. Replions-nous en bon ordre. Franchement, les tartes à la crème sont bonnes pour entarter, les rideaux de fumée à enfumer, la donne du marché mondial du vin reste la même : y’a d’un côté des vins commodités et de l’autre des vins tout court. Alors à force de mélanger les torchons et les serviettes, de vouloir toujours prédire le pire, au lieu de faire des choix, vous nous exposez à la « délocalisation » quel que soit le régime des plantations.


16-                      Les tendances amorcées à partir de 2000 se sont renforcées, amplifiées et je sens que vous avez changé de pied pour ne pas concéder que vous vous étiez trompés. Vous n’êtes pas les seuls, mais que n’ai-je entendu du front des conservateurs de toute obédience, la vôtre y compris. Nous avons encore toute notre place, et, si nous sommes enfin capables d’assumer notre vocation d’encore grand vignoble généraliste en capacité de faire vivre, à chaque étage les vignerons, en tenant compte du couple quantité x prix selon le vin produit pour un marché donné, nous la garderons. Certains ont baptisé cela la segmentation.


17-                       Ou bien allons-nous continuer de nous la péter grave en méprisant la réalité. Cette attitude est largement partagée par les caciques accrochés à leur vision obsolète comme par vous qui refaite le monde à l’échelle des quelques quilles vendues souvent au prix du caviar.


18-                      Je les adore, car pour ne rien vous cacher je ne bois que des petites quilles et mon propos n’est en rien un plaidoyer pour l’extension du domaine des vins industriels ni pour leur bannissement d’ailleurs.  Quand je bosse je mets un mouchoir sur mon affect. Choisir et assumer ses choix, tel est mon propos. Le débat me fait penser à ceux qui pestent contre les bagnoles et qui s’offusquent de la fermeture de l’usine de PSA à Aulnay-Sous-Bois. Je me contente ici de poser la question à celles et ceux qui refont le monde dans une cabine téléphonique désaffectée, qui rebâtissent la viticulture dans leur loft ou autour d’une belle table du dernier resto-chic : donnez-moi votre mode d’emploi pour que nous gardions nos hectares ? Pour les consommateurs même motif, même punition : faites-moi un croquis.


Merci.


PS : comme je vais avoir du temps je suis preneur d’un job de conservateur du « c’était mieux avant ». C’est un excellent plan car, comme l’a fait justement remarquer Houellebecq, notre avenir est dans les conservatoires que viendront visiter ceux qui nous aurons dépouillés de notre ancienne gloire.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Bastien Java 07/01/2013 19:00


Bonjour, 


Je comprends plutôt le propos... et je veux bien qu'il y ait paradoxe. Reste que mon expérience d'ouvrier agricole dans le Languedoc puis le Roussillon fait qu'il m'est impossible d'en partager
les conclusions - ni de me sentir concerner par cette assimilation aux "bobos".


Comme beaucoup de commentaires précédents, je veux bien faire remarquer que les vignes arrachées sont loin d'être mécaniquement celles qui pissaient. La plupart du temps (selon moi), il
s'agissait aussi de décisions politiques et de l'INAO (donc politiques, sociétales, "temporelles"), en plus d'ajustement de "marché". J'ai vu tant et tant de carignan, noir, blanc, gris, de
coteaux, arrachés, tant d'oeillade, de cinsault, de terret, noir et blanc, de bourboulenc, de clairette, picpoul noir, blanc, alicante, counoise, etc...  


Aujord'hui comment ne pas avoir mal au coeur en voyant que la plupart des domaines prestigieux du Languedoc et du Roussillon utilise ces cépages quasi-disparus? Quand je vois les domaines Barral
et Navarre replanter respectivement des terret et des ribeyrenc?  Et pour des résultats plutôt très convaincants! Quand je vois tous les vins blancs de Calce à base de Grenache gris, ces
cuvées prestigieuses de Carignan blanc dans les Corbières, dans le Roussillon, etc...


Des motifs à courte vue ont commandé à la plantation de cépages "améliorateurs" souvent malades, régulièrement sous-mûrs ou trop mûrs, alcooleurx, réclamant palissage haut et main d'oeuvre
nombreuse (ébourgeonnage notamment).  C'est peut-être réactionnaire, mais il me semble qu'il y a eut réellement un choix, et que ce choix est discutable. Et que loin de concerner ma seule
région, cela a concerné la Loire, le Jura, la Savoie, tous les suds de l'Europe (Croatie, Bulgarie, Serbie, Kosovo, Grèce - en partciulier cycladique, Pouilles, Calabre, Alentejo, Espagne,
Corse...)


Et il ne s'agirait pas de dire que les cépages endogènes arrachés au profit d'opportune syrah, cabernet, roussane et chardonnay sont les pièces de musée d'une France précieuse au pouvoir d'achat
élevé - muséifié. Gardois exilé dans le Roussilon, je n'ai pas vu seulement des domaines prestigieux valoriser ces cépages arrachables et non "replantables" : je me souviens que les frêres
Moulin, à côté de Sommières, ont fait un Pompon rouge à base majoritaire d'aramon, sans intrant d'aucune sorte, à 10 euros les 5 litres, qui se vendait sur le marché et ailleurs comme
des petits pains - jusqu'à la rupture de stock. Et que ces mêmes gens avaient aidé à l'installation dans une commune voisine un paquet de vignerons travaillant sur des vieux cépages, et selon les
mêmes méthodes.


 


Du jaja à 11°, bien fait, plein de fruit, ca a fait des émules... Et si le Languedoc est champion mondial aujourd'hui du vin de cépage (souvent importé - le cépage hein...), c'est bien sur ces
mêmes sols que les estéthes auraient préféré dédiés à autre chose que le vin... Ce sont régulièrement les mêmes endroits qui ont substitué à l'aramon qui pisse du cabernet ou pinot en vin de
cépage - et la plaine du bitterois ne me contredira pas. Bref : l'arrachage n'aura pas empêché la piquette à gros rendement, le vin sans grâce; mais aura bien favorisé et la standardisation des
goûts, et le sabotage du patrimoine local. 


Je suis assez heureux de travailler désormais sur un domaine qui a réussi à sauver de l'arrachage des carignans de 120 ans dans le Roussillon... car si ces parcelles en terrasse non mécanisables
faisaient de la piquette à 80Hl/Ha, en chimie, à 400 mètres d'altitude, elles font un joyeux bon pinard à 15Hl, mais beaucoup plus cher - et plus rentable.


Le problème semble qu'en imposant un choix cultural à un instant T (en l'occurence à des coopératives affectées par la "mondialisation" du vin de table, la concurrence et la désaffection - toute
relative à échelle mondiale - des français pour le vin quotidien) on déshérite tout un marché "opportuniste" qui sait valoriser la même parcelle pour un marché de niche. Et l'on casse un outil de
travail pour en sauvegarder artificiellement et à court terme un autre - entendu que ces vins haut de gamme réclame une main-d'oeuvre nombreuse, qui n'est certe en rien compensatrice, mais qui en
atténue les effets néanmoins.


Donc nous faisions des vins médiocres en plaine et cuesta : on y fait désormais des vins de cépages lointains, qui auront au moins préservés un outil de production, des emplois, et garnis les
rayons de supermarchés. Soit. L'urbanisation galopante aura combler les vides. Re-soit.


On se désespère de voir arracher les non-mécanisables, les non-irriguables, les non-merchandisingables? Et alors quoi? D'autres y font leur beurre, d'autres ont le goût de la diversité? Est-ce
grave docteur? J'ai moins de 30 balais, je gagne un gros SMIC, et je devrais me sentir ou réac, ou bobo? Parceque j'aime les cinsault de la haute vallé de l'Hérault? Les carignans d'altitude? Que
je préférerais m'installer sur ces cépages qui me vont bien plutôt que que ces autres que j'ai toujours mal vinifié, mal travaillé?


 


Et enfin (je pourrais en parler des heures, désolé), l'argument écolo (une vigne arrachée c'est une sol cultural qui disparaît), paysager et culturel sont ils négligeables? Voir une partie de
notre patrimoine disparaitre, des emplois, du paysage, du goût, ca me fait juste mal au coeur - pour être poli. 


C'est surement autocentré, surement protectionniste, peut-être réactionnaire, mais étant lecteur et sympathisant, je ne désespère pas de vous convaincre - et d'être heureux que d'éventuels
urbains lettrés et haut de gamme partagent ma peine.


 


 


 

JACQUES BERTHOMEAU 07/01/2013 20:46



Je crois que vous vous méprenez sur mes propos je ne fais que des constats même s'ils sont désagréables et je demande que l'on soit cohérent c'est tout...


 



Reggio 04/01/2013 17:19


Dans mon coin, Est-Minervois, c'est essentiellement les coteaux qualitatifs qui ont disparus au profit de la plaine de l'Aude facilement mécanisable. Et ce n'est pas fini...Le gros jaja
"export pays du nord" genre AOP en BIB, est "usiné" par les coop, enfin celles qui restent...N'en reste pas moins vrai que les marchés sont très différents entre les petits
producteurs comme nous et les grosses machines et que de la place existe pour tout le monde...mais il n'est pas certain que cette place soit en expansion...

Belle réflexion sociétaleclavel 04/01/2013 15:02


Bien entendu, l'évolution de Saint Gély du Fesc commune du Pic sant Loup, est exeptionnelle , elle le doit à sa situation de commune dortoir de Montpellier, tout en étant en dehors de l'Agglo de
Montpellier. Voici des situations opposées: Saint Mathieu de Tréviers, 1897: 403 habitants 250 ha de vignes 7500 hl de production,mais il y avait beaucoup de moutons,  2011:4660
habitants, 11 250 hl de production dont 3 116 hl en cave particulière, 23 exploitations agricoles, 464 ha de vignes , Saint Jean de Cuculles: 1897 180 habitants, 120 ha de vignes, 5000 hl et
beaucoup de moutons 2011: 443 habitants, 9614 hl dont 2791 en cave particulière 14 expliotations agricoles 147 ha de vignes, et plus un mouton !!

Vincent Pousson 04/01/2013 10:52


D'accord avec presque tout, Jacques, mais, comme mon camarade Jean Héritier, le point n°3 me chagrine. Les dernières années ont été, en Languedoc-Roussillon, un vrai massacre notre patrimoine
viticole. On ne compte plus les communes de montagnes où ce sont les plus jolies parcelles, les plus beaux terroirs, souvent difficiles a cultiver, qui ont ont fait les frais de l'arrachage au
profit des vignes plates, productives.
Un assez joli exemple, ici, à
Villesèque-des-Corbières, commune dévastée, avec le projet Clos perdus monté par une paire d'Anglo-Saxons vaillants, résolus à sauver ce qu'ils peuvent sauver.

arelate 04/01/2013 10:48


Je pense que l'explosion de la population de St Gély du Fesc, relatée par "Belle réflexion sociétaleclavel", n'a rien à voir avec la vigne, mais simplement au fait que cette bourgade du Pic St
Loup est maintenant la cité dortoir de Montpellier qui a connu sur ces dernières décennies une véritable explosion démographique. Cordialement.

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