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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 00:14

Encore une pitrerie Berthomesque me direz-vous ? Non! Aujourd’hui – donc hier pour vous – je me suis soumis à un exercice que je n’avais plus pratiqué depuis fort longtemps : me remettre dans la peau du « rapport Berthomeau ». Même si ça peu faire sourire certains, ce fut une « douleur ». Rassurez-vous, je ne vais pas sombrer dans le dolorisme pleurnichard et m’appesantir sur de bien petites blessures qui, loin de me marquer, de me décourager m’ont permis de me retrouver à la tête de l’espace de liberté sur lequel vous vous retrouvez, pour beaucoup d’entre vous, chaque matin. Revenir sur le passé ne change pas le passé mais remettre le doigt sur un sujet récurent n’est pas totalement dénué d’intérêt.    Genou-7143.JPG

Au lendemain de ce dit rapport je fus catalogué, en une grande part du vignoble français, comme l’homme des marques car, répondant à la question qui m’était posée à propos du positionnement des vins français par rapport à ceux du Nouveau Monde, m’appuyant sur deux vignobles : celui de Champagne et celui de Cognac, je me contentais de mettre sur la table les voies et moyens de ce qui m’apparaissait l’une des réponses possibles pour les vignobles que je qualifiaient, chiffres en main, de volumiques. Ensuite j’ai ferraillé, j’ai animé le groupe stratégique Cap 2010, j’ai défendu avec mes petits camarades la note stratégique « Les Défis du Vin Français », puis, comme dirait l’autre, les choses sont rentrées dans l’ordre, chacun à repris sa casquette et les vaches ont été bien gardées comme on disait dans ma bonne vieille Vendée – j’ai gardé les vaches dans ma jeunesse –... je n’en dirai pas plus. Le déni de réalité ne change pas la réalité.

 

Alors, ne voulant pas refaire le plat, je vais me contenter d’en repasser un : c’est une chronique écrite le 23 juin 2006, donc au milieu du gué, baptisée : le sarrau. C’est peut-être du réchauffé mais y’a des plats « aiment ça ». Bon appétit !

 

« J'ai ouï-dire que pour lutter contre la toute puissance des marques dans les cours d'école le biographe d'Henri IV préconisait la blouse obligatoire : le retour du sarrau ! Après tout, pourquoi pas,  s'il n'y a pas d'autres sujets d'importance à mettre en débat nous pouvons nous remobiliser comme lors du référendum : un face à face très chaud entre les « ouiouistes » et les « nonistes »  du sarrau.

 

Depuis 5 ans dans le monde du vin nous avons joué à ce petit jeu de rien du tout qui débouche sur rien du tout : marques contre AOC, tradition contre modernité, copeaux or not copeaux, complexité contre simplicité, Languedoc contre Bordeaux...

Résultat : la purge, les « méchants eurocrates » qui ont une calculette à la place du coeur tirent les conséquences de notre incapacité à vendre le vin produit : proposition d'arrachage massif  du vignoble. Pour les non-initiés, il s'agit d'un arrachage volontaire, iront ceux qui voudront ou qui ne pourront pas faire autrement. Genou-7145.JPG

Pour en revenir, au sarrau, hier au soir je dînais aux Pipos face à l'Ecole Polytechnique : pour je ne sais quelle raison les Polytechniciens étaient de sortie, en uniforme, alors vive l'uniforme ! En fait, ça ne nous changerait pas beaucoup de ce que nous côtoyons tous les jours.

 

Je cède la plume à Olivier Bardolle « Des ravages du manque de sincérité dans les relations humaines » L'Esprit des Péninsules

 

 « Dans notre société hypermoderne et « performeuse », la pure spontanéité est devenue rarissime. Tout le monde est plus ou moins factice, joue un rôle avec une gravité sans faille. Du PDG qui enfile chaque jour son costume sombre de tueur en col blanc au bad boy des cités qui arbore ostensiblement sa tenue ultra-codifiée de gangstarap, tout le monde fait l'acteur, endosse une panoplie permettant de s'identifier socialement. Il n'y a pas si longtemps, les métiers avaient un uniforme, dans la rue on pouvait voir passer le charpentier, le maçon, ou le bougnat, cette fierté d'appartenir à une corporation les dispensait d'avoir à jouer un rôle, il leur suffisait d'être, tout simplement. Depuis, les frontières se sont brouillées, et chacun choisit son propre habit de scène au magasin des accessoires, c'est-à-dire chez Armani ou chez Décathlon, ce qui aboutit, non à la diversité, mais au contraire, à une forme de standardisation fondée sur quelques archétypes convenus et débouchant sur l'anonymat pur et simple... »

 

Beau sujet de Baccalauréat pour nos futurs viticulteurs ou mieux petit devoir sur table, du genre dictée de Bernard Pivot, pour tout ce que la France compte de grands esprits, plumitifs variés, critiques autoproclamés, qui pensent le vin pour le plus grand profit – c’est-à-dire en leur lieu et place – des petites bêtes étranges que sont les consommateurs. Étant entendu que le consommateur de vin, se doit d’être pétri par notre culture nationale du vin, imprégné d'histoire, indifférent à toutes les tendances, surtout si c'est une nana de Birmingham ou un chauffeur routier de l'Ohio, qui attendent, avec la même ferveur, qu'ils attendent leur feuilleton télé, d'être éduqué, formaté, guidé dans notre monde merveilleux du vin par nous et nous seuls. Si c’était vrai ça se saurait.

  

Comme le dit Bardolle, à propos des intellectuels parisiens de la « rive gauche », notre vocation consiste à éclairer le monde « en toute simplicité » Que nous le regrettions ou non « les hommes ont la passion des idées simples, le complexe, l'ambigu, le raffiné les inquiètent, la mentalité générale procède d'une psychologie de basse-cour. Tout doit être conforme, convenu, prévisible. »

 

Je le regrette comme beaucoup d’entre vous mais la réalité, même lorsqu’elle est déplaisante, doit être affrontée comme telle, surtout si on a le désir de l’influencer, de la changer. Relever le défi des vins à la française face à la donne mondiale n’a rien à voir avec des abandons, des renoncements mais consiste, d’une manière très basique, à mettre nos actes en accord avec nos déclarations d’intention : « Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit » pour tous nos vins des plus grands aux plus modestes... Mais comme le disait le cardinal de Retz : « On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment» Bonne journée à tous.

La « Task Force » de l’Opération Beaujolais « Grand Corps Malade » reçoit de nombreuses adhésions, le guichet reste ouvert. Je vous tiendrai au courant mais je n’ai que 2 mains et encore ma tête.

à bientôt sur mes lignes...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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