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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 00:04

Il est des jours où, dès le matin, tout se présente bien, levé du bon pied, douché, rasé de près – façon de parler pour moi -  guilleret, tout frétillant de la perspective d’un beau programme, sans se douter que sous  ce beau tapis de pétales de rose gît un beau râteau qui n’attend que votre pied imprudent pour venir se ficher sur votre gueule enfarinée.
Tel fut mon destin mardi passé. Je flottais dans une douce euphorie tel un amoureux transi. Que du bonheur jusqu’à la tombée de la nuit où je pris ma petite auto pour me diriger vers les arrondissements à petits numéros. Circulation fluide jusqu’au Sébasto, puis le lacis des rues de bordure du Marais où, plein de fourmis besogneuses déchargaient des colis de petites camionnettes en obstruant les rues, et pour corser le déplaisir les gars de Veolia – merci monsieur Proglio – se tapaient les poubelles à ces heures de transit.
Je sentais poindre le grain de sable dans les beaux rouages de ma belle journée finissante. Se calmer, respirer, enfin tout en face du nez de ma Twingo assemblée en Slovénie surgissait un bâteau de livraisons où me garer. Je m’enfournais. Merde Sens interdit ! Je me garais tout de même, prenais mon cabas emplis de lourdes bouteilles au bras, prenais mes jambes à mon cou pour gagner le lieu de la dégustation. Ça me réchauffait de courir ! Je déposais mes flacons et repartais illico dans l’autre sens. Grand bonheur les séides de Gaudin (le préfet de police) ne m’avaient pas rançonné de 35 euros. Je repartais dans ma petite auto pour trouver un stationnement réglo et là, surprise, un peu plus avant je trouvais à quelques encablures de la Trinquette une belle place. Ça caillais. Je m’emmitouflais dans ma canadienne.

La Trinquette, bar à vins-caviste au 67 rue des Gravilliers dans le 3ième arrondissement www.latrinquette.fr antre de jeunesse qui affiche ses racines audoises sans complexe : vins de Miren de Lorgeril, vins d’Embres&Castelmaure de PHDM, cuvée N°1 de l’ami Pierre, vins de JB Sénat... un bar tout en longueur dans une ancienne mercerie et des grappes de filles et de garçons qui s’assemblaient pour un petit casse-graine du soir entre amis. Ma troupe était au complet ce soir : les deux filles Flore et Margot et les quatre garçons : Yannick, Michel-Laurent, Erwan et Mathieu. Douze flacons alignés, deux villages qui se touchent, je commençait dans ma petite Ford intérieure à avoir des doutes sur l’intelligence de ma confrontation entre T et F. Nous étions dans une demi-pénombre, accoumussés autour d’une table, et la dégustation pouvait commencer.

Décontenancés ils allaient l'être mes loupiots plutôt habitués à des nectars plus raffinés. Dans la première tranche des 6 T c’était du rustique, de la finale sèche, du vin de chasseur, bon avec du chorizo, tanins secs, nez de bois, animal, amertume, nez de savon, alcooleux, viril, inhibant. Nous n’en pouvions plus de renifler ces vins de grand papa gravitant, en dépit de leur revendication en AOC, dans un univers de vins de table sans grand caractère véhiculant une image défraîchie et passéiste du vin du Languedoc. Yannick soupirait « c’est malheureusement notre lot quotidien... », Mathieu poliment parlait d'autre chose,  Margot lâchait « c’est choquant ! », Flore toujours sympa leur cherchait des excuses, Michel-Laurent et moi-même rappelions qu’on en trouvait aussi du bon et que l’enjeu de la césure entre des vins sans IG et des vrais AOP se jouera en une vraie différenciation à la source. Certains gestionnaires de caves ne l’ont semble-t-il pas encore compris continuant à faire comme ils ont toujours eu fait...

Mais comme l’espoir fait vivre je m’accrochais à l’idée que la seconde série des 6 F allait nous réconcilier avec l’idée du vin de terroir. Les 4 premiers nous replongaient dans l’affliction. Ce sont certes des vins de table mais nous nous attendions à une forme d’inventivité, de génie du lieu alors que Margot atterrée en venait à dire qu’ils étaient bons à se saouler en dépression. Par bonheur les 2 dernières bouteilles sauvaient la dégustation : la première nous offrait un beau Corbières classique, aux tanins bien fondus, un nez de jasmin, plein d'une forte matière, rond avec une belle fraîcheur. Il plût aux filles et rassérènait les garçons ; le second était plus cathare, moins de fruit, plus rocailleux, désigné comme un personnage réservé, très gothique dixit Erwan, austère pour Flore, sarcastique pour Erwan, plus pénétrant un vin qui plaisait beaucoup à Michel-Laurent.

Bien me direz-vous tout ce bla bla est bien joli mais au bout du bout ça ne débouche sur rien de concret puisque vous ne nous dites pas d’où venaient ces vins. J’en conviens mais si j’ai pris tout de même ma plume pour vous narrer ce quasi-bide c’est que j’en tire deux conclusions que mes coéquipiers partageront :

-         Tout d’abord le concept, cher à Laurent Bazin, du Vin de mes amis touche parfois aux limites que l’on peut ou que l’on doit se fixer pour préserver l’amitié. Je préfère l’omission à la révélation sur la place publique de ma déception. L’ami de la première série n’est point vigneron mais se pose des questions sur le devenir de ses raisins. Le second ne m’avait rien demandé alors je ne vois pas au nom de quoi je viendrais le titiller.

-         Ensuite l’expérience s’acquière aussi dans la difficulté : 10 de ces vins étaient des vins sans grandes qualités mais aussi des vins sans grands défauts. C’était des vins communs. Des vins qui portaient sur leurs épaules une forme d’épuisement, de lassitude, de fin de cycle. Dans la première série le problème est lié à la structure de production qui manifestement n’est plus à la hauteur des enjeux du temps. Pour la seconde c’est plus compliqué et comme je n’ai pas toutes les clés je ne puis avancer d’explications. L’important dans cette affaire c’est que, pour quelques unes de mes jeunes pousses, l’apprentissage de la déception est elle aussi riche d’enseignement car à ne voisiner que des belles bouteilles on en oublie le commun des mortels.

Après ce magnifique râteau j'ai repris ma petite auto pour m'en aller dîner dans les beaux quartiers et la journée c’est excellemment terminée par des grands airs et...

Chou-3618.JPG 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

mauss 18/02/2010 06:56


Là, tu frises le sublime. Tu aurais été un grand ami de Monsieur Despréaux.

Tu finances aussi les notes du touib ? Trou gastrique, noeuds divers, brûlures taciturnes et tout, et tout…


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