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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 00:09

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Chers lecteurs,

 

Ce reproche, que souvent je me fais à moi-même, que sans doute certains me font sans forcément me le dire, je ne le réfute pas, je l’assume. N’étant détenteur d’aucune part de vérité, n’étant investi d’aucune mission particulière, si j’écris, depuis près de six années, sur cet espace de liberté, une poignée de mots chaque matin, rien qu’un petit conglomérat de phrases, c’est que tout simplement, tout au fond de moi, je suis en colère. Contre moi-même d’abord et surtout, « pourquoi cherches-tu tout le temps à expliquer, à convaincre ? » me dis-je, « boucle-là, laisse tambouriner les gros tambours, tu radotes, l’heure et le temps n’est plus au doute, au questionnement, mais à la communication formatée reprise en boucles, aux éléments de langage délivrés par des bouches autorisées ayant seules l’accès aux haut-parleurs médiatiques » Mes chroniques sont souvent des bondes que je pose sur ma colère. Elles me permettent de la contenir lorsqu’elle est attisée par le regard que je porte sur la France, le monde et sur le bal des faux-culs, des poseurs, des fausses gloires, des je suis connu donc je délivre un message universel pour le plus grand bénéfice de mes lourds investissements.

 

Nulle aigreur dans ma colère, elle est comme une vague d’apparence paisible dont je m’efforce de contenir la force. Nulle envie aussi, j’ai eu et j’ai une très belle vie. J’aime les créateurs de toute obédience, les artistes et les écrivains : j’achète leurs tableaux et leurs livres. J’aime tout court. Je suis d’un orgueil incommensurable. J’ai mis les mains dans le cambouis. Je ne suis pas un enfant de chœur. Je n’ai jamais caché mon ambition. La compétition, la réussite et sa part matérielle ne tiennent aucune place dans ma colère. D’ailleurs, très récemment j’ai écris un papier Bonheur premier et « Prière Rogue » : Gardez-nous la révolte et la primevère ! link que les 100% vin ont du mettre à la poubelle sans même y jeter un regard – c’est leur droit – et que je vous ressers tout en bas de cette chronique sans aucune gène. Impudeur sans doute, exhibitionnisme, mais ça m’évite de dire des gros mots, de me laisser-aller à la froide lame de la méchanceté. Comme je n’ai aucun compte à régler je laisse le soin à ma plume, chaque matin, d’établir avec vous un peu de lien. Se causer, s’écouter, s’entendre (au sens auditif), prendre le temps, vivre ensemble quoi.  

 

Prêchi-prêcha me direz-vous et « vous Berthomeau, écoutez-vous ? Nous écoutez-vous ?» Au risque de surprendre certains, la réponse est oui, même si j’ouvre parfois bien trop ma gueule, oui j’ai passé la plus grande part de ma vie à écouter, et souvent à écouter des insanités sans avoir le droit d’y répondre bille en tête, et je suis frappé dans beaucoup de mes rencontres de notre haute capacité à engager des dialogues de sourds. Chacun est dans son monde, sa tribu, ses convictions, ses tunnels... et le résultat n’est même pas la cacophonie mais un haut niveau de bruit qui semble satisfaire tout le monde ou plus exactement qui permet au plus grand nombre de se réfugier dans le troupeau et de cultiver un pessimisme inoxydable. L’analyse de la nature et le ton des questions d'auditeurs aux « gens qui comptent » est la meilleure symptomatique de cet enfermement. Ils les assènent. Que voulez-vous moi j’aime les fenêtres ouvertes sûr aussi bien le lointain que la cour de mon immeuble. J’adore débattre mais dans un débat ouvert, respectueux de la diversité, qui assume par le langage la dureté des temps sans réécrire ou travestir l’histoire ou cette foutue réalité qui nous colle aux godasses, qui débouche sur du faire, toujours insatisfaisant, réducteur, plutôt que sur des bordées de promesses, de lendemains qui ne chantent jamais.


Je vais en rester là, car j’ai déjà beaucoup trop abusé de votre temps, et je risquerais de m’aventurer sur un terrain que je m’interdis de fouler. Vous êtes tous des citoyens et  je ne vois pas au nom de quoi, en venant chaque matin sur cet espace de liberté, je vous imposerais la lecture de mes convictions personnelles.

 

Un dernier point, sachez que dans la solitude du chroniqueur de fond que je suis, de temps à autre, et contrairement à moi : sans forcément vous étendre, un petit mot déposé en commentaire, en contact ou dans ma boîte e-mail, je l’avoue me fait du bien.

 

Bonne journée et je l’espère à demain sur mes lignes.

 

 

Jacques Berthomeau

 

 

Bonheur premier

 

Il est des jours comme ça où, sans prévenir, du bonheur me tombe dessus, m’inonde, m’envahit, m’emporte en des territoires de haute félicité. Soucieux d’y rester le plus longtemps possible je n’en laisse rien paraître. D’apparence sur mon lisse tout glisse mais tout au fond c’est jour de tempête. Force 4, mon fracas intérieur en vagues successives brise toutes mes chaînes, me délie, donne un goût fort à ma vie. Et pourtant ce soudain bonheur n’est qu’un bonheur simple, celui des petites choses de la vie, des riens, un sourire, une complicité naissante, un accord qui se dessine et je retrouve mon cœur d’enfant. Ce bonheur-là est toujours un bonheur premier, natif, toujours renouvelé, car à ce bonheur-là je ne m’y ferai jamais. Mon petit jardin d’intérieur donne sur une grande maison ouverte, accueillante au bonheur, le mien et celui des autres.

 

Par bonheur le bonheur n’est qu’un état sinon il s’affadirait. Reste qu’en ce moment lorsque je sors du bonheur j’ai honte de mon bonheur. Le siècle où je suis né n’a pas été avare d’horreurs, de monstruosités et de Malheur. Le Nouveau, opulent, flamboyant, sans frontières, voit se côtoyer des « bonheurs indécents » et des « malheurs ordinaires », au plus près de nous comme dans des petits morceaux de notre pays ou en de vastes pans du monde. Je suis donc colère contre mon bonheur. Le seul antidote à ce feu intérieur impuissant : le cri du poète !

 

« Prière Rogue » 

 

« Gardez-nous la révolte, l’éclair, l’accord illusoire, un rire pour le trophée glissé des mains, même l’entier et long fardeau qui succède, dont la difficulté nous mène à une révolte nouvelle. Gardez-nous la primevère et le destin. »

 

René Char 1948 Recherche de la base au sommet

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

vincent-noël martelly 22/03/2011 10:26



Non, je ne trouve pas que vous écriviez trop; je vous lis toujours avec joie, c'est réconfortant de se balader avec vous au gré des vents de votre réflexion, et j'apprécie vos commentaires, sans
doute parce que je suis de votre génération- avec les mêmes codes et valeurs- et de plus un professionnel du vin; même si, peu souvent, je n'agrée pas, je vous demande donc de continuer à nous
envoyer vos fusées éclairantes.


 



Michel Grisard 18/03/2011 23:16



Oui, tu écrits trop coco, mais continues!


Pas toujours le temps de lire et de savourer tes textes comme celui-ci, encore moins de répondre. Je ne m'appelle pas Luc le belge 


J'adhère à ta prolixité, à ta colère et à ton humanisme. Cette colère, nous la ressentons tous avec l'actualité internationale."L'homme est un loup pour l'homme" Je prends part à la douleur des
Libyens et des Japonnais. Je n'ai pas l'intention de m'ériger en donneur de leçon. Mais l'on passe sous silence, le fait que la catastrophe nucléaire de Fukushima est la rançon du développement
et de la croissance du Japon. Pour les politiques, ces morts dues à la centrale sont à passer dans le compte des pertes et profits, comme les morts des guerres, les morts dans les mines, ou par
la chimie moderne...... Il faut bien un remède au malthusianisme!


Est-ce que cette course à la croissance et au profit justifie ces sacrifices? La nature n'est-elle pas là, pour nous faire savoir qu'elle existe et que nous ne sommes que poussière dans cet
univers gigantesque? N'est-elle pas là pour nous remettre à notre place et nous apprendre à l'écouter? Est-ce que la responsabilité de chacun, personnelle et collective ont pour objectif
l'intérêt général? Qu'est devenu l'intérêt général dans notre société? Et pourtant, nous sommes tous responsables. Dès notre premier souffle, nous sommes responsable des souffrances et du plus
grand bonheur de notre mère, même avant, dès notre conception. Nous ne pouvons, ni ne devons porter la douleur du monde, mais nous devons faire de notre vie ce que mieux nous semble pour l'avenir
de la planète et de nos descendants. Nous devons savoir dire non à certaines évidences qui ont pour but le court terme, pour que le monde bouge et évolue au mieux.


Dans la vie, rien n'est acquis, si ce n'est le passé....


Allez, comme toi, je parts à la pêche à la truite et aux anguilles....



Bourgine 16/03/2011 18:29



Contenir sa colère, par l'écriture ? Pourquoi pas, mais un bon coup de gueule et un bon canon avec les copains, c'est bien aussi ! T'as le doute coco, t'as le doute.....?



tchoo 16/03/2011 11:22



Alors quoi?


Un petit coup de déprime?


Il est vrai que l'actualité n'incite pas à l'optimisme


Le privilège de l'age fait que l'on a beaucoup vu (et bu), beaucoup vécu, et l'enthousiasme peut parfois s'émousser.


Pour pas que ça dure, une bonne bouteille est vivement recommandée



JACQUES BERTHOMEAU 16/03/2011 16:07



Mais pourquoi diable pensez-vous que je suis déprimé. Non, j'écris le contraire : je contiens ma colère par l'écrit c'est tout.



Antonin Iommi-A 16/03/2011 07:53



Continuez, coco !



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