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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 00:09

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Cher Bernard Rouby,

 

En des temps difficiles, alors que je venais de débarquer à Perpignan dans la touffeur du mois août pour démêler les nœuds que la confrérie des VDN avaient su embrouiller avec une certaine facilité, médiateur donc, je vous ai reçu avec une petite poignée de vos amis. Vous étiez minoritaires, peu écoutés de la nomenklatura locale. En vous rappelant cela loin de moi de faire de vous mon obligé, comme vous le savez ce n’est pas le style de la maison.

 

Et puis, alors que je faisais un peu partie du paysage de votre beau département, une fin de journée je suis monté à Maury accompagné d’un natif du lieu : Jean-Pierre Borie, alors président de l’Interprofession des vins secs, pour sur l’invitation d’un groupe qui souhaitait se libérer du joug d’un petit potentat local faire le travail. C’était dans la grande salle communale, un vendredi soir je pense, il y avait beaucoup de monde. Je crois avoir ce soir-là mouillé le maillot. Paul Armengaud s’en souvient sans doute. Là encore je ne suis pas en train d’accumuler du crédit à l’endroit des vignerons de Maury.

 

Cependant, chers amis, si vous me permettez cette appellation, le mieux est souvent l’ennemi du bien : avec les meilleures intentions du monde il arrive parfois d’écraser des gens qui n’en peuvent mais. Bien évidemment, loin de moi l’intention de m’immiscer dans les affaires de l’ODG de Maury pour une histoire bien française consistant à se barricader dans son aire. Les erreurs du passé ne justifient pas forcément ce repli sans nuance sur soi-même. Ce n’est là que mon opinion mais j’en appelle au bon sens vigneron pour que l’esprit des origines des AOC retrouve de la vigueur et de la réalité. Vos pères n’auraient jamais édictés des règles aussi peu soucieuses de la vie en commun.

 

Vinifier dans l’aire ça apporte quelle garantie à nous les buveurs ? J’ose l’écrire : aucune ! Les raisins peuvent voyager dans tous les sens avec des allers-simples. Je n’écris pas que c’est le cas à Maury. L’important c’est l’esprit de ces affreux cahiers des charges et non leur lettre gravée dans le béton qui compte. J’en appelle vraiment à un sursaut salvateur pour éviter de vous enferrer dans des règles rigides qui recouvriront aussi des flux de vins qui seront commercialisés par d’autres que vous. Bref, ne me dites pas que vous ne pouvez pas faire autrement c’est ce que vos « opposants » vous rétorquaient en d’autres temps.

 

Bien sûr, Paul Armengaud pourrait m’en vouloir un peu de ne pas être descendu pour la fête de la cave de Maury. Je le lui concède mais ma petite entreprise individuelle consomme beaucoup de mon temps et je me dois de reposer de temps en temps ma carcasse. Mais, comme le disait je ne sais plus qui, je reviendrai, oui je reviendrai à Maury ! Et même que je suis prêt à y revenir pour, autour d’un casse-croute convivial, faire un remake du médiateur (merci de ne pas prononcer Médiator) J’en profiterai pour honorer une vieille promesse faites à Marie et Jean-Roger Calvet d’aller leur rendre visite (Marie était présente je crois le fameux soir de la destitution du « conducator »)

 

J’ai totalement conscience, cher Bernard Rouby, de m’occuper de ce qui ne me regarde pas mais si je le fais c’est qu’à Maury je crois compter quelques amis qui connaissent bien mon franc-parler et ils pourront, sans aucun problème, me renvoyer dans mes 22 mètres afin que je m’occupasse de mes fesses. Je suis ainsi fait et nul ne me changera : je reste persuadé qu’entre gens de bonne composition il est facile de trouver des solutions aux problèmes les plus difficiles.

 

Je m’en tiens-là, cher Bernard Rouby, en ajoutant que les kilomètres de nos pères ne sont plus ceux de nos enfants et que les lignes Maginot ou autres réduits imprenables ne sont plus de saison. À mon humble avis il suffit pour assurer le consommateur de l’authenticité, de l’origine, d’un vin, de s’en tenir à la règle originelle des AOC « écrire ce que l’on fait, et faire ce que l’on a écrit... » Le passé a largement démontré, malheureusement, que sous des écrits vertueux se nichaient des pratiques moins avouables. Cette remarque est d’ordre général à l’attention de notre beau pays qui n’aime rien temps que donner la leçon à la terre entière, et non à Maury spécifiquement.

 

Au plaisir de vous revoir tous à Maury, en attendant ce jour je vous assure, cher Bernard Rouby, de mon meilleur souvenir et de ma réelle amitié.

 

Jacques Berthomeau médiateur un jour médiateur toujours

 

PS. La photo de Bernard Rouby a été prise lors de la visite du Préfet chez mes amis les Piquemal que j'embrasse. Si je vais à Maury je passerai forcément à Espira-de-l'Agly les voir. Je connais le chemin.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 16/02/2011 11:02



Irène, je connais bien le Pic Saint-Loup. Jean Orliac avait comme importateur en Belgique un des élèves de mon cours au CERIA, qui fut
mon premier agent aussi, avant son départ à la retraite. Et j’ai rendu visite à Jean à l’été 1995 pour la première fois, alors que sa maison était en construction et que son hangar n’avait pas
encore de toit. Et j’adore les vins de ce coin. Il y a deux mois, j’ai encore fait l’ascension jusqu’à la crête, après le détour vers le château. Il faut dire aussi que je m’arrête volontiers à
Ferrière-les-Verreries.


Là où notre situation diffère, c’est que l’AOP Maury sec n’a pas de règles : on est en train de les lui fabriquer ... sur mesure.
Et il n’y pas ma taille alors que j’ai jusqu’à présent défendu – personne ne le nie – avec passion son image. Je ne crois pas que ce soit de volonté délibérée. Je suis simplement un
« dommage collatéral », un laissé pour compte. Johnny Clegg célébrait jadis les « Scatterlings of Africa », et j’apprécie le Zoulou blanc.


« Non potest omnibus vinificare in Amauriolis », hélas.



Luc Charlier 16/02/2011 10:34



@ Hervé : j’ai écrit « vivants », Hervé. La Sanson – son dernier album est pathétiquement mauvais – on a
l’impression qu’elle est décédée en même temps que Berger. Il faut dire que quelque années passées aux côtes de Stephen Stills, cela doit user prématurément.


Quant à Juju, il est trop beau pour que je daigne encore le citer : pure jalousie de ma part. En plus, sa main enfoncée dans le
froc, pour se masser une des roubignoles, cela m’irrite aussi. On le sait, qu’il en a une grosse (Mélissa me l’a dit, pendant mes vacances aux Baléares !). En outre, je ne suis plus le foot
(Roda).


Tiens, Higelin vit encore ? Je ne mange que peu de caviar depuis que le parti ne m’envoie plus à Cuba et je n’apprécie pas trop
le champ’.


Heureusement, Nolwenn ré-invente Stivell. Le coach de sa maison de disques lui a appris où se trouvait la Bretagne. Elle a mis le
temps à comprendre, ce fut un calvaire.


 



Irène Tolleret 16/02/2011 08:14



Luc, pour la partie terroir, c'est pour cela que l'inao procède par enquête publique, et effectivement si on a le même terroir on peut légitimement réclamer pour entrer dans l'aire géographique.
En revanche, pour les cahiers des charges, si les vignerons de Maury ont une règle particulière, si on veut faire du Maury, on l'applique. Ainsi, par exemple, en Pic Saint Loup, le choix des
vignerons a été d'investir pour avoir de très belles vignes (ça coûte cher d'ailleurs). Tous les vignerons historiques ne sont pas encore avec des hautes densités et des poteaux bois, mais ils se
sont fixés comme objectif d'y passer en totalité, et ceci est obligatoire pour toutes les nouvelles plantations depuis quelques années. Donc mon groupe de vignerons entrant a choisi de faire
pareil. nous n'y étions pas obligé par la loi ou un règlement, mais ainsi nous avons pu montrer le respect que nous avions pour le groupe humain du Pic Saint Loup et ses choix. Ce sont les hommes
qui font l'aoc presque plus que le terroir à mon point de vue d'ailleurs, le fait qu'un groupe arrive a faire les mêmes choix ensemble pour préserver un environnement commun, des valorisations
communes. 



Lalau 15/02/2011 22:39



Luc, superbe choix de chanteurs. Sans doute mes préférés aussi. Pour une retraire au Cazot, jajouterais Higelin et Bashung. Et puis, si je remonte aux 60-70: Trénet, Brassens, Brel, Ange et
Stivell. Une petite place pour Véronique Sanson, aussi, peut-être, première période. Et puis quelques titres de Julien Clerc avec Roda Gil.



Lalau 15/02/2011 22:33



Je krois que le Bart faisait de la provok... Agit-prop, kwa. Et moi, personellement, je crois que je le connais.



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