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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 00:09

L’un des joyaux de notre vieux pays démocratique est sans conteste le scrutin d’arrondissement uninominal à deux tours car il permet parfois au 2ième tour, grâce à des triangulaires, d’accoucher de résultats extravagants et ainsi de faire élire un outsider qui n’en demandait pas tant. Les triangulaires que je préfère sont bien évidemment celles où deux membres du même camp : par exemple l’investi par le parti parachuté de Paris et celui qui attendait son heure depuis longtemps, s’étripent et font élire le 3ième larron qui se contente de tirer les marrons du feu. Je ne remuerai pas le couteau dans la plaie de certains en énumérant tous ces bienheureux élus par la grâce d’ambitions contrariées de leurs adversaires politiques.

 

Nous sommes donc le pays des constitutionnalistes – j’ai été formé en cette matière par Jacques Georgel et j’ai côtoyé l’un des constitutionnalistes des plus brillants Guy Carcassonne –, il est vrai que nous avons aligné 5 Républiques et que nous adorons modifier nos chères Constitutions. Bref, nous sommes les Paganini des modes de scrutins et nos Ministres de l’Intérieur n’aiment rien tant que les découpages électoraux que certains qualifient de charcutages ce qui me semble bien déplaisant pour les charcutiers qui sont d’habiles artisans qui savent bien que dans le cochon tout est bon.

 

Hormis ce brave scrutin d’arrondissement qui met sur un pied d’égalité la voix d’un député de la Lozère et celle d’un député de l’Essonne en dépit du fort déficit de voix du premier, je dois signaler à nos jeunes générations que sous la IVe République la «loi des apparentements» fut en vigueur pour les législatives de 1951 et celles de 1956. Dans le cadre du scrutin proportionnel, elle permettait aux partis qui se déclaraient apparentés de concourir séparément lors du scrutin, tout en additionnant leurs résultats pour l'attribution des sièges. Les partis apparentés pouvaient ainsi obtenir ensemble, au niveau de la circonscription électorale concernée, une majorité des voix et donc la totalité des sièges à pourvoir. Au passage, ils éliminaient leurs rivaux politiques communs. Ainsi les membres de la Troisième Force socialistes SFIO, MRP, RGR qui l'instituèrent, et aussi le CNIP, purent limiter la puissance électorale du PCF et du RPF. En 1956, elle joua également au détriment de l'UDCA de Pierre Poujade.

 

Ce long préambule, qui n’est pas celui de la Constitution, pour introduire un affrontement des plus pacifiques entre 3 représentants de l’Appellation Picpoul de Pinet. Que voulez-vous j’ai un faible pour elle car je trouve cette dénomination à primesautière, légère, en effet ça part comme la comptine enfantine Pic et pic et colégram, ça rebondi sur poule de pour atterrir sur Pinet charmant petit village situé au nord de l’étang de Thau. Pour les férus de précisions diverses et variées ils n’ont qu’à se reporter sur http://www.picpoul-de-pinet.com/appellation.asp

 

Mais pourquoi diable provoquer une triangulaire à propos de ce petit vin blanc – le qualificatif petit étant sous ma plume une mention valorisante – me direz-vous ? Tout simplement, comme vous avez pu le constater, parce que ça m’a donné l’occasion d’étaler toute l’étendue de ma science politique et, plus prosaïquement, parce que je suis un grand amateur d’huîtres et que les huîtres aiment le Picpoul de Pinet  Caillou-9254.JPG

Ma triangulaire regroupera :

1 Vert : un Picpoul vin issu de l’agriculture biologique du Domaine Azan

1 Rose : un Picpoul provenant de la cave de l’Ormarine

1 Indépendant : un Picpoul provenant du domaine Félines Jourdan.

 Caillou 9257Caillou-9258.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Caillou-9260.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien évidemment les étiquettes – pas celles des flacons qui sont assez traditionnelles à l’exception de celle du vin AB – n’engagent que moi et n’ont aucun rapport avec une quelconque coloration politique des vignerons en question.

 

Le millésime c’est 2009. Le Vert et le Rose affichent 12°5 et une contre-étiquette assez succincte situant l’appellation et indiquant que c’est bon avec les crustacés et le poisson, l’Indépendant lui n’a que son étiquette et titre 13°5. Tous contiennent des sulfites. Les flacons du Vert et de l’Indépendant arborent sur le goulot la Croix du Languedoc alors que le Rose est frappé des armes de Pinet. Le Vert et le Rose se rattachent à l’Appellation Coteau du Languedoc Contrôlée et l’Indépendant à l’Appellation Languedoc Contrôlée.

 

Le Vert a été acquis chez Biocoop 55 rue de la Glacière dans le 13ième pour 5,89€

Le Rose a été acquis chez Monoprix Bièvre toujours dans le 13ième pour 3,95€

L’Indépendant a été acquis à la Grande Epicerie du BM dans le 7ième pour 7,90€

 

Le scrutin étant à 2 tours :

- au 1ier dégustation à l’aveugle (n’y voyez aucune ironie par rapport au choix des électeurs dans certaines votations) le matin dans ma cuisine ;

- au 2ième à l’heure du déjeuner face à un plateau d’huîtres les 3 candidats seront testés en situation réelle (là encore aucune malice de ma part).

 

Étant à moi tout seul le peuple souverain je procéderai au dépouillement des suffrages et proclamerai les résultats. En cas de contestation de la validité du scrutin vous aurez la possibilité de déposer un recours auprès du Conseil d’Etat.  Caillou-9279.JPG

Mercredi je fais l’acquisition rue Daguerre d’une douzaine de Fines de Claires N°2, de pain de seigle, je rentre at home j’ouvre mes huîtres, fait ma vinaigrette à l’échalote, je dresse la table, je fais ouvrir les flacons et emplir 3 verres pour le 1ier Tour qui se déroule sur la paillasse de la cuisine, l’évier se révélant un beau crachoir. Je déguste. C’est serré mais je penche pour le n° 3, le 1 et le 2 sont vraiment au coude à coude.

 

Ensuite 2ième tour, une huître nature et une gorgée du Picpoul dit Indépendant, puis même opération pour le Rose, puis pour le Vert. L’Indépendant est le plus Picpoul mais le Vert se tient bien et le Rose n’est pas ridicule.

 

Je confronte les résultats du 1ier Tour où le N°1 était le Vert, le N°2 le Rose et le N°3 l’Indépendant et ceux du second. C’est vraiment serré même si l’Indépendant garde une courte tête d’avance.

 

Je procède alors à un test redoutable le couple infernal huître+vinaigrette puis gorgée de Picpoul pour voir si ça change la donne. Pas vraiment même si le Vert y gagne quelques voix.

 

Les Résultats :

 

Le Picpoul provenant du Domaine Félines Jourdan par C. M.H et S. Jourdan à 34 Mèze est élu avec 35 % des suffrages exprimés.

Le Picpoul provenant du Domaine Azan Floriane&Olivier Azan 34850 Pinet obtient 33% des suffrages exprimés.

Le Picpoul L’Etang de Sol provenant de la Cave de l’Ormarine 34850 Pinet obtient 31% des suffrages exprimés.

 

Commentaires de JB le Alain Duhamel de la dégustation politique : 3 candidats de qualité dont les vins expriment bien ce qu’un amateur d’huîtres attend du Picpoul de Pinet : couleur franche jaune paille, beau nez plein de fraîcheur, vivacité en bouche, petite pointe d’acidité laissant une bouche nette et légère. Si l’Indépendant l’a en définitive emporté c’est qu’il allie un peu plus de soyeux à sa vivacité que ses concurrents. Reste qu’un élément qui n’a pu être pris en compte dans le choix de l’électeur unique, étant donné les particularités du mode de scrutin, c’est le prix. En effet nous allons de 2 € en 2€ du simple au double entre le gagnant et le 3ième alors que les écarts sont extrêmement faibles. Cette structure de prix, assez explicable en fonction, tant de la structure qui produit le vin : coop, Domaine dont un AB que de la distribution : Monoprix, Biocoop et GE du BM, reste difficilement compréhensible du consommateur moyen qui, il est vrai, n’est pas forcément en mesure de faire des comparaisons car il ne fréquente pas forcément les 3 types de magasins. Quoi qu’il en soit, ce qui serait intéressant c’est que mes confrères et concurrents papier se collent un peu plus à ce genre d’approche croisant les circuits de distribution et l’origine des vins (au sens des entreprises qui les font) pour vraiment aider ceux des consommateurs qui se trouvent confronter à ce type de constat.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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Luc Charlier 26/10/2010 19:40



Où l’on reparle de l’huître ...


 


Elles venaient de chez Boniface, sur l’étang de Leucate. Oui, je sais, ses collègues ne l’aiment pas car il a gros appétit ... pour sa
part du marché. Je devrais écrire « ils » car ce sont à présent deux frères qui gèrent l’entreprise familiale.


Il est aussi marginalement plus cher ; enfin, faut s’entendre : 5.60 € TTC le kilo pour les moyennes, hyper-super-fraîches
dans le vivier d’eau courante et légèrement oxygénée.


Oui mais voilà, il était 12 h 33’ et ... lui seul (eux seuls) était encore ouvert. Le succès, cela se mérite aussi, en
Sarkozie !


 


De Leucate, me direz-vous ! Je vous rassure, les naissains sont atlantiques ; on m’a expliqué que la Méditerranée ne se
prêtait plus au captage. Oui donc, Madame, de Leucate et en élevage vertical : les « collées », quoi !


 


Bon, les premières, comme cela, après 15 min de frigidaire bien froid : elles s’ouvrent mieux (impression ou réalité ?) et
surtout, je les aime un peu rafraîchies. Un trait à peine visible de citron (rétraction, mon colon), un chouia de poivre (noir, quelle honte pour les puristes mais j’aime cela), et surtout, un
grand verre de Riesling (Wiebelsberg 1997 du beau Marc Kreydenweiss, à l’époque où, n’étant pas encore vigneron, je pouvais me permettre ses tarifs).


 


Et ensuite, ensuite, ma compagne en a encore les larmes aux yeux : pâte à beignet bien dense, sauce tartare de ma façon (en fait
une mayo légère, bien vinaigrée, avec un oignon jeune haché, des câpres et un rien de cornichon, le tout réduit en bouillie), proche du ... vinaigre à l’échalote de Jacques. Mais vous verrez que
la suite le justifie. Et hop, les huîtres dans la pâte, la pâte dans la friture (100 % huile végétale, pas ma graisse à frites, bien sûr), la friture sur 170 degrés et, chauffe Marcel. Quand tout
cela est bien doré, Sopalin (on dit Kleenex en Belgique, mais c’est pareil). Et zou, la sauce, l’huître et ... encore plus de Riesling !


 


Cette recette, je la dois à ... M. Morisson, de la famille qui reste encore partiellement propriétaire du whisky de Bowmore, sur le
Loch Indaal. En effet, au cours d’une visite mémorable en 1992 pour le compte d’In Vino Veritas (à mes frais, je vous rassure), il m’avait invité à aller dîner avec lui au meilleur (seul ?à
l’époque) pub/restaurant de la petite ville, non loin de la fameuse église circulaire. Comme je ne me sens pas l’âme d’un pique-assiette, j’avais prétexté la fatigue et la mauvaise connaissance
de l’anglais de ma compagne de l’époque (jeune mère de ma fille) pour refuser. Elle se débrouille bien en anglais et affichait la grande forme pourtant, mais mon indépendance
l’exigeait !


Cela ne nous empêcha pas d’aller manger ... exactement à l’endroit indiqué, mais sur mon budget. Et les huîtres du Loch Indaal, en
beignet, sont devenues une de mes recettes chéries.


En lieu et place du Riesling, un verre de Bowmore jeune fait tout à fait l’affaire !



Luc Charlier 23/10/2010 20:12



Au Pays Basque aussi, on accompagne les huîtres de petites saucisses de mouton (agneau ?) rehaussées de piment d’Espelette, le
tout façon merguèz. Très peu pour moi.


 


Mais j’ai vu (et pas mangé) pire : sur le Fisherman’s Wharf – c’était au temps où je n’étais pas encore interdit de séjour aux
USA ; ça fait chic, non ? – on vous apporte des huîtres du Pacifique (forcément), énooormes (genre « pied de cheval »), trois par assiette, translucides et verdâtres.
Jusque là, ça va. On vous propose aussi du citron (OK), du vinaigre de malt (vous savez, tout sucré, comme sur les frites au UK, beurk , j’aime encore mieux l’échalote !), du ketchup (Heinz,
le plus ignoble de tous, famille Busch par alliance etc...) et ... je vous jure, une gelée de chou blanc (légume coupé en petits dés et emprisonné dans de la gélatine encore vivante) :
ignoble.


 


Comme le chante le mari – talentueux, lui - de la grande maigre emmerdeuse ex-jolie, ex-yéyé et astrologue : « tous les
dégoûts sont dans la nature ».



Michel Smith 22/10/2010 20:37



Pour ma part la réelle façon de consommer l'huître saintongeaise, celle des marais de la Seudre, la fine de claires, est de l'accompagner de petites saucisses plates au vin blanc. Le contraste
chaud froid est sensationnel ! Point final !



luc charlier 22/10/2010 16:51



Fombrauge blanc ? On cherche et on trouve.


Le sauvignon gris ? On re-cherche et on trouve.


Mais pourquoi lui, pourquoi maintenant ? On scrute ... et on trouve.


Magrez ..., Rolland  ...


Bravo Stéphane, beau boulot !



le petit télégraphiste pour Marco Bertossi 22/10/2010 12:36






Marco Bertossi J'aurais ajouté un 4ème candidat, Mas
St Laurent plus atypique, plus petits rendements donc plus concentré et long en bouche. Aurait il été accepté par l'electeur Bertomeau? car on sait qu'en matière d'élection, les candidats trop
engagés ne récoltent pas forcément les suffrages....



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