Mardi 5 mars 2013 2 05 /03 /Mars /2013 00:09

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« Vous les voulez fines vos tranches madame Michu ? » Le taulier s’imagine parfois derrière un comptoir maniant avec volupté sa machine à trancher avant de déposer son œuvre sur du papier sulfurisé. Ne me reproche-t-on pas parfois d’avoir des opinions pas assez tranchées pour me conseiller d’y aller franco de port…


Lorsque je portais des culottes courtes et que j’allais faire les courses de la maisonnée chez le charcutier de la place des Halles, Patry de son nom, les premières tranches qui m’ont mis en émoi furent celles si fines du salami. Contempler la douce et un peu triste madame Patry, ceint de sa blouse blanche, empoigner ce drôle de gros saucisson rose bonbon pour le poser délicatement à fleur du tranchoir puis actionner le poussoir me fascinait. Mes yeux ne quittaient pas les mains de la dame, l’une poussait, l’autre recueillait les tranches si fines, presque translucides. J’aimais cette geste qui se terminait par dépôt des tranches empilées sur le plateau d’une balance étrange où une longue aiguille pleine de chiffres me semblait être l’œuvre d’un savant fou. Le mystère de la tranche de salami, sorte de volute rose de dentelle, peupla mes rêves de petit vendéen crotté en me faisant rêver aux belles italiennes.


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Je sais j’abuse de votre patience en vous bassinant avec mes tranches mais, que voulez-vous, il faut bien que je vous fasse des confidences pour que vous puissiez apprécier à leur juste valeur mes tranches fines des Tronches de Vin. D’ailleurs, mes élucubrations sur les tranches n’ont rien d’acadabrantesques puisque les livres ont aussi une tranche grâce à laquelle on peut les repérer sur les rayons de sa bibliothèque.  

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Bref, si j’ose encore utiliser ce mot, m’étant vautré dans mon premier billet en opérant un échange standard, comme on le dit pour les moteurs, entre Guillaume et Antonin, cette fois-ci on ne m’y reprendra pas, mon assortiment de tranches fines tiendra à mon seul choix sans avoir besoin d’identifier l’auteur des lignes du guide des vins qui  ont d’la gueule.


Ne cherchez aucune logique il n’y en a pas, j’ai picoré,  souligné, découpé mes tranches fines parce que je les trouvais savoureuses, insolites, rarement insolentes, sincères, belles,


Ma première tranche est une affirmation d’Ernest Hemingway correspondant de guerre de l’US Army en 1945 dans le Val de Trebbia« Aujourd’hui, je suis passé dans la plus belle vallée du monde ! » « Était-ce par une de ces journées radieuses, où la rivière coulant vers le Pô, semble irradier une douce lumière jusque sur les collines alentour ? » se demande GNB qui lui passe du côté de chez Giulio Armani – Azienda Agricola Denavolo.


La seconde, n’est pas de jambon d’York, mais une saillie de Toby Bainbridge, natif d’une petite ville non loin de Birmingham, à propos du minimalisme de ses étiquettes « le vigneron de  Chavagnes admet volontiers son côté très pragmatique – « c’est mon côté anglais, pas très sexy ! » - Et que cela s’oppose parfois au côté fonceuse de Julie, éducation américaine oblige. »


La troisième me fait me souvenir de la première rencontre avec Sonia vantant son Pierre Beauger, le dernier volcan d’Auvergne, et son « vendangé en tongs ».  « C’est une connerie. Certains mettent élevés en fûts de chênes, ou pourraient inscrire vu à la TV. Alors moi je mets vendangé en tongs. Mais je ne  vendange pas en tongs. Et sur les nouvelles étiquettes, je vais faire pire. »


La suivante est tranchée par les mains aux ongles carminés d’Eva qui, du haut du Mont Rachais, au cœur du massif de Saint-Thierry, est épatée par les « petites fleurs jaunes printanières qui tapissent au printemps le sol de cette vigne biodynamique et qui ne laisse aucun doute sur l’identité du propriétaire […] Partout autour, le sol est net, clean, désespérément vidé de sa substantifique moelle. Pas l’ombre d’un pissenlit, pas de quoi se constituer une petite salade agrémentée de deux ou trois lardon en saison. » Sacré Francis Boulard, il déroule tapis…


La cinquième, qui n’est pas la République, mais c’est tout comme, nous apprend que le sieur Comor Jean-Christophe, a quitté les ors de la république, au lendemain du funeste 21 avril 2002. Ce conseiller de Seguin, Pasqua, puis Chevènement, a « quitté le vain pour le vin » pour s’installer sur des « Terres Promises »


La sixième ne doit rien au hasard puisqu’il y a fort longtemps que j’ai découvert Alain&Isabelle Hasard, fin 2008 ICI link  « On est loin d’un quelconque mysticisme ici, juste une bonne connaissance de ses vignes et de son terroir, et le fait de s’y adapter. Ce qui donne des vins d’une grande pureté, très équilibrés, dans lequel l’élevage se trouve bien fondu. Une jolie mélodie qui varie, selon les millésimes, les vins, mais une mélodie toujours joyeuse et souriante comme lui. »

La septième s’apparente au 7e ciel « C’est qu’elle fait des huiles de beauté pour le gosier, qui tapissent le palais de leurs parfums superposés. Des onguents à boire, dont on  se tartine d’autant plus volontiers les entrailles qu’on sait qu’ils n’ont rien d’artificiel. » Noëlla Morantin, se fait aussi poète « J’aime beaucoup la Vallée du Cher, c’est beau, c’est blanc, avec les tuffeaux c’est vert… Il ne manque que la mer ! Quand je serai riche – ce qui arrive rarement chez les vignerons nature – j’aurai une cabane au bord de l’océan… »


La huitième et dernière c’est pour ma pomme « On dit qu’ici l’eau a toujours été rare. Les différents puits du village ne suffisaient pas à abreuver les habitants et le bétail. D’ailleurs, le puits familial ne donne plus guère plus de dix litres d’eau par jour en été. Est-ce pour cela que les villageois avaient la réputation de boire plus que de raison ? Les coteaux alentour ont toujours été plantés de vigne, sur un terrain très sec, très caillouteux. Le granite est tout proche. » C’est près de chez moi, le domaine de la Pépière (la pépie c’est avoir soif) chez Marc Ollivier qui fait du Muscadet.

 

En bonus, concocté par Olif, parvenu au Taulier à 22H30 en direct du Jura link Nature morte au vin nature vivant, une tentative d'accord de vin nu avec du Comté, à la demande du Taulier, et un titre à la con aussi long que les siens, il n'y a pas de raison !

 

 Pour réceptionner les Tranches de Tronches de Vin rendez-vous vendredi prochain 8 mars 2013   19:00 – 22:30 au Lapin Blanc 84 rue de Ménilmontant, 75020 Paris ;


Cinq vignerons seront présents :


- Iris Rutz-Rudel (la wonder woman qui repousse les sangliers au Domaine Lisson)

- Eric Callcut (The Picrate himself, avec du vin et son propre livre, "Banlieue Bible")

- Benoit Tarlant (l'homme qui a mis du champagne en amphores)

- Raphaël Gonzales (l'elfe-biodynamiseur du Clos des Cimes)

- Jean-Pascal Sarnin (une moitié de Sarnin-Berrux qui vaut son pesant d'or)

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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