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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 00:09

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Immanquablement, dans certains débats décousus et cafouilleux sur Face de Bouc, lorsque les échanges deviennent vifs, sur des sujets chauds concernant le petit monde du vin, débarque un chevalier blanc pour tancer ce petit monde gaulois d’un « Vous feriez mieux de parler du vin ! »


Sous-entendu, en vous chamaillant ainsi publiquement, vous nuisez à la juste et belle cause du vin.


Le monde du vin, dans toutes ses composantes, vit, comme chacun sait, hors du monde, c’est tout juste s’il fait de l’agriculture, du jus fermenté, du commerce, tout le monde s’y aime, s’y apprécie, s’y congratule. La convivialité consubstantielle à la nature du vin rejaillit sur tous les membres de la communauté, les extirpant du commun des mortels. Comme le chantait Jean Yanne « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »


Le monde du vin ne serait donc qu’un long continuum de communiqués de presse flatteurs, repris tous en chœur, twittés par de petites mains aux ongles carminés. « Tous ensemble, tous ensemble… »


Sus aux mauvais coucheurs, des deux sexes bien évidemment, ces empêcheurs de tourner en rond qui osent aborder devant le bon peuple les sujets qui fâchent. Il faut les mettre à l’index, les blacklister, les jeter hors du paradis terrestre. Ce ne sont que des envieux, des qui n’aiment pas la réussite, des moutons noirs.


Tout est donc bien dans le meilleur des mondes, celui du vin. Les plus aventureux concèdent, avec une belle dose d’hypocrisie, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire qu’il faut se contenter de laver le linge sale en famille, à huis-clos loin.


En famille, le mot est lâché.


Je pourrais m’en sortir soit avec le « Familles, je vous hais » d’André Gide ou avec la chanson de Maxime Le Forestier « On choisit pas ses parents/on choisit pas sa famille/On choisit pas non plus les trottoirs de Manille /De Paris ou d'Alger/Pour apprendre à marcher »


Mais comme j’ai mauvais esprit je préfère me référer à un bordelais pur sucre grand pourfendeur de l'hypocrisie sociale, en effet nul n’a surpassé la force subversive d'un Mauriac dans le domaine du pesant  huis-clos familial.link 


«Alors, jeune homme, on me prend ma clientèle?» lança François Mauriac, l’auteur du Nœud de vipères, à Hervé Bazin, dans les couloirs de Grasset, alors que ce dernier venait de publier Vipère au poing.


therese-desqueyroux.jpg

 

Hervé Bazin, le petit-neveu de René Bazin de la Terre qui meurt, osait écrire, dans ce roman qui connut en 1948 un immense succès, « que toutes les mères n'étaient ni parfaites ni sacrées, même dans la bonne bourgeoisie catholique de province ». Après le succès du roman, sa mère, avec qui le romancier entretint des rapports réciproques de «malveillante estime», dira : «Mon fils m'a maltraitée, mais il m'a rendue immortelle.» Sa mère, la tyrannique «Folcoche» du roman, qu'interprétera Alice Sapritch à l'écran. Folcoche, du patois angevin pour désigner la truie qui mange ses petits aussitôt après avoir mis bas.


Avec « le mariage pour tous » la famille a fait un retour en force dans une société où l’on divorce comme l’on change de chemise et où triomphe le concept de famille recomposée.


Mais qu’est-ce donc que la famille ?


« Tout le monde sait ou croit savoir ce qu'est la famille. Elle est inscrite si fortement dans la pratique quotidienne, elle est d'une expérience si intime et si « familière » qu'elle apparaît de façon implicite comme une institution allant de soi, un « donné » naturel et, par une forme d'extension somme toute logique, comme un fait social universel.


 La catégorie de donné naturel et celle de fait universel se confortent mutuellement : la famille doit être universelle si elle est naturelle ; elle est naturelle si elle est universelle. En l'occurrence d'ailleurs, à ce niveau, qui est celui des représentations populaires, la croyance en une universalité naturellement, presque biologiquement fondée de la famille ne renvoie pas à une entité abstraite qui serait susceptible de prendre des formes variées dans le temps et dans l'espace ; elle renvoie, au contraire, de façon précise, au seul mode d'organisation qui nous soit familier en Occident. Les traits les plus marquants en sont : la dimension réduite au couple formé par un homme et une femme et à leurs enfants ; la monogamie, tout au moins dans un même temps ; la résidence virilocale ; la transmission du nom par les hommes ; l'autorité masculine.


Je m’égare me direz-vous.


Pour faire la transition avec mon sujet un titre dans la presse du WE : Sarkozy, chef de famille décomposée.


« Le terme famille est également utilisé par analogie symbolique pour désigner des regroupements dont les liens ne sont pas fondés sur la parenté. De même, des individus partageant des pratiques ou des idéologies communes peuvent parler de famille, alors qu'aucun lien de sang ne les lie : on parle ainsi de famille politique, de frères d'armes, etc. Il existe par exemple la famille religieuse dans les couvents et les communautés : ainsi les religieux s'appellent-ils entre eux frère, sœur, père, mère. Des entreprises ont également ce type de politique : mettre les employés dans une atmosphère et des relations telles qu'ils se sentent appartenir à la même famille que les autres employés et que leurs dirigeants. On utilise alors parfois le terme de gestion paternaliste du personnel. »


En ce sens-là on peut estimer que la famille des gens du vin existe, qu’elle a même une certaine consistance, même une cohérence, mais elle ne constitue pas pour autant un bloc monolithique, indifférencié. Elle est soumise aux mêmes tensions que tout groupe social de grande dimension, elle est traversée par des contradictions, des oppositions, et donc n’est pas réductible à une image d’Epinal pour dépliant oenotouristique.


J’ai toujours préféré le néo-réalisme italien, bien cru, au péplum hollywoodien, en technicolor. À chacun son job, je laisse aux lustreurs de poils leur travail, ils en vivent plus ou moins bien. Cependant, cette promiscuité nuit bien plus largement à la crédibilité du monde du vin que les rares écrits tentant de cerner la réalité.


Alors ma plume, qui a commis à ce jour 4630 chroniques, se porte là où j’ai envie d’aller, sans contrainte ni recherche d’un quelconque retour. Elle glane. Ça m’est facile d’être libre car je ne fais pas vraiment parti de la famille, je ne suis même pas une branche rapportée, simplement un consommateur parmi d’autres, un buveur assis qui ne passe pas sa vie à chanter les louanges du Dieu vin.


Alors camembert les adorateurs, j’estime avoir le droit de dire, d’écrire, ce qu’est le monde du vin, cette grande famille, et ce faisant je participe bien plus qu’eux à l’extension du domaine du vin en ouvrant portes et fenêtres en grand.


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

patrick axelroud 05/12/2014 11:10


A quelqu'un qui ventait l'esprit de famille des siens l'humoriste rétorqua"Comme les Atrides ?" Pour PICABIA c'est la famille qui rendit l'homme carnivore, alors que Jules JOUY trouvait utile de
préciser que : " Les repas de famille ne consistent pas à se manger entre parents."



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