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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 00:09

En ce lundi de Pentecôte qu’un Premier Ministre, dont on a retenu que les saillies poussives et besogneuses, a voulu bouter hors des jours fériés chers aux français, j’en reviens à mon imagerie enfantine qui voyait tomber du ciel des langues de feu au-dessus de nos têtes. Le Saint-Esprit, l’Esprit Saint, le troisième de la Sainte Trinité, sans aucun doute le plus mystérieux, le plus étrange, le plus désincarné qui, je l’avoue, m’est toujours apparu comme le plus ésotérique de la littérature biblique. En glissant du Saint-Esprit aux beaux esprits qui foisonnent, encombrent, obstruent les médias j’en arrive à mon sujet d’aujourd’hui.

 

Il est de bon ton dans les milieux journalistiques ou intellectuels de vilipender le côté fond de chiottes de l’Internet. Ce n’est pas tout à fait faux, en effet certains concombres masqués y sévissent en déversant leur vomis, tout comme d’ailleurs des petits marquis ou autres comprimés qui pansent leur mal être avec leur vinaigre. Cependant, la blogosphère reste encore un espace ouvert où l’éventail des expressions est beaucoup plus large, plus représentatif de la diversité des opinions que ce l’on peut constater tous les jours sur les médias traditionnels. Bien entendu, et c’est le cas sur mon petit espace de liberté, des règles minimales de courtoisie et de vivre ensemble doivent être observées. Pour autant la vivacité de ton et la verdeur de la langue doivent être préservées. L’eau tiède et une fausse courtoisie, bon chic bon genre, salonarde permettent certes d’être bien avec tout le monde, de préserver le flux des bailleurs publicitaires, mais n’apporte rien au débat nécessaire. Bien sûr en nos vieilles démocraties nous sommes à cent lieues des pays bouclés, sous tutelle d’un pouvoir répressif, où ce sont les nouveaux outils du Net qui ont fait sauter le couvercle de la marmite et qui ont démultiplié la contestation. La Chine elle-même connaîtra un jour des turbulences.

 

Chez nous donc, dans les médias traditionnels les filtres permettent certes d’éviter les débordements mais, le plus souvent, ils ne laissent passer que ce que la ligne éditoriale exige ou ce que l’audimat impose. Ainsi on caste, on propulse sur les plateaux des experts, des éditorialistes, des porte-voix de lobbies plus ou moins masqués, des messieurs et madames tout le monde soigneusement choisis en fonction de profils soi-disant sociologiques... Les dés sont pipés, soit l’outrance est privilégiée ou au contraire la bien-pensance mise en avant. Ces filtres règnent en maître dans les émissions en faux direct (enregistrée dans les conditions du direct) car les coupes des propos de trublions sont faciles. Alors reste le direct où, de temps en temps, la parole dérape, trouble le flux de la bien-pensance. Mais il ne s’agit, comme dans le cas récent de Luc Ferry, de petites éruptions de stars médiatiques en mal de retour sur le devant de la scène. Mon propos va bien au-delà de ces petites escarmouches sans lendemain. Les grands médias verrouillés ne savent plus, ne veulent plus programmer des émissions où la parole serait libérée. Trop dangereux pour les maîtres de ces lieux. Depuis que Francis Bouygues a viré Michel Polac et son émission bordélique, échevelée, souvent partiale, « Droit de Réponse » de l’écran de la Une nous sommes dans l’aseptisé ou la fausse provocation versus « Zemmour-Naulleau » les néo-virés de « On n’est pas couché »

 

Reste l’Internet, l’ouverture et la préservation de réels « espaces de liberté » à ne pas confondre avec les petites chapelles où seule la parole des zélotes est admise, tolérée, me semble de la plus haute importance. Le mien, même s’il est dédié au vin, s’efforce de s’ouvrir sur des sujets plus larges : les OGM, la politique de nutrition et de santé publique, la qualité des produits, les questions économiques, l’avenir de nos territoires, la faim dans le monde...etc. Le débat ouvert, comme vous pouvez le constater à propos de ma dernière chronique sur l’ANPAA et l’utilisation du baclofène, les participants au forum qui s’instaure échangent des arguments, se posent des questions, cherchent à comprendre, à se comprendre. Et pourtant je ne suis qu’une chiure de mouche sur la Toile. Je suis seul avec les seuls petits moyens qui sont miens. Je ne tends pas ma sébile et je n’ai nul besoin de ménager Pierre, Paul ou Jacques grands pourvoyeurs de mannes et de bienfaits. Alors je l’affirme avec hauteur, je me contrefiche des soi-disant bloggeurs qui ne sont que des haut-parleurs, des répétiteurs, de simple-passeur de plats. C’est leur droit mais, de grâce, qu’ils ne viennent pas donner des leçons en se drapant dans leur professionnalisme qui d’ailleurs est au journalisme ce que la musique militaire est à la musique.

 

Tout ça pour dire aux amoureux du bien vivre : profitons de la Toile pour créer et nouer des liens  par-delà nos différences, nos divergences, nos engagements, ce qui ne signifie pas baigner dans une unanimité de façade, un consensus mou, bien au contraire. Débattons ! Echangeons. Confrontons-nous. Respectons-nous. Retrouvons ce sens du vivre ensemble, de la fête, du voisinage. Ne nous laissons pas emporter par le flux ininterrompu d’une actualité privilégiant l’émotion, l’instantané, le dérisoire, l’horreur... Nous nous disons les héritiers d’une longue Histoire, celle de la vigne et du vin. Nous affirmons être porteurs de certaines valeurs. Alors, ne tombons pas dans le piège que nous tendent les récupérateurs en tout genre. Gardons-nous à, gauche, gardons-nous à droite, laissons nous aller à la curiosité, à l’enthousiasme, à la controverse, car sur le lisse de certains tout glisse. Tout doit entrer dans le format. Si nous ne préservons pas, bien au-delà de pures chroniques sur le vin, des espaces de liberté nous ouvrirons grandes les portes de la pure contestation stérile et se multiplieront les mouvements d’Indignés permanents. Sur ce point je partage le point de vue du philosophe espagnol (Bilbao) Daniel Innerarity dans El Païs pour qui l’indignation n’est pas une politique : « S’indigner pour rien ne change rien» et je souscris à sa question « Et si l’indignation agissait au profit de ceux qui se satisfont ou même qui sont responsables de l’état de fait contre lequel nous nous indignons ? »

 

En écrivant ce que je viens d’écrire j’encours les foudres de ceux qui se prélassent sur les deux rives du monde du vin : « mais tout cela n’est que de la politique, lâche-nous la grappe Berthomeau, laisse nous savourer nos doux plaisirs, ne nous prends pas la tête avec tes histoires d’indignés nous avons tant à faire avec le prix des GCC... » Ils ont sans doute raison mais moi je n’arrive pas à découper ma vie en caissons étanches, je ne sais pas dissocier dans son flux ce qui relèverait d’une pure passion : le vin par exemple, et ce qui toucherait le quotidien, le cambouis, les soucis, de ceux qui le font. Le vin, le vin, le vin, oui bien sûr, mais à force de n’avoir que le nez dans le verre, de n’être que des polars du vin, de se regarder le nombril entre soi, de gloser toujours entre les mêmes, de ne privilégier que la superficie des choses, on se coupe de la vraie vie. Et comme dans la vraie vie il y a d’étranges créatures, identifiées comme des consommateurs, le gap entre eux et nous est immense. Nous les ignorons. Nous ne nous intéressons qu’à une petite poignée d’entre eux. Ainsi nous trimballons nos certitudes, nous cultivons dans nos petites chapelles et confréries la bien-pensance, une forme de mépris pour tous ces gens qui ne sont pas de notre bord. La chose la plus partagée en notre monde du vin est « le contentement de soi ».

 

Désolé de vous avoir tartiné, une fois encore, une de mes ritournelles rituelles, mais vraiment ce que je vois, ce que j’entends dans le petit monde du vin ou comme on dit des métiers de bouche *, ce que je lis aussi, si loin des réalités du monde, des grands enjeux de notre agriculture, me donne des envies, comme le déclarait Woody Allen lorsqu’il entendait du Wagner, d’envahir la Pologne... mais comme je n’ai que comme char d’assaut mon vélo je me contente de jouer du clavier debout et je vous inonde de mes mots...

 

* lors de l’épisode du concombre tueur j’ai entendu l’analyse planétaire « je ne vois que midi à ma porte » d’un restaurateur parisien qui m’a foutu en rogne. En effet j’ai plutôt tendance à écouter sur ces sujets des penseurs comme Jean-Claude Ameisen président du comité d’éthique de l’INSERM, qui lui ouvre la focale, s’exprime en prenant en compte tout le faisceau des causes et en replaçant à sa juste place l’épidémie... Sans doute suis-je un vieux con j’en suis resté aux maîtres : Sartre-Aron, Camus-Sartre et non à la mise en plis de Luc Ferry.Je laisse à François Morel la conclusion : Ferme ta gueule, Luc Ferry. Merci à François Morel de sa contribution à la langue de feu !


Ferme ta gueule, Luc Ferry par franceinter

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Marco Bertossi 14/06/2011 23:56



Oui la curiosité est notre arme la plus sure face à notre asservissement (qui a dit que la curiosité était un vilain défaut? un dictateur certainement). S'intéresser au seul vin c'est se couper
de la réalité ... intéressons nous au monde qui nous entoure et remettons le vin dans son contexte, ainsi nous éviterions des débats souvent stériles et de passer devant l'essentiel, se
rapprocher les uns des autres ....



le petit télégraphiste pour François Audouze 13/06/2011 21:21



François Audouze rencontrant ses problèmes techniques j'inclus son commentaire


"Je suis un admirateur de la plume de Jacques, mais toute ma vie, j'ai surtout privilégié l'attitude suivante : "tu mets ton nez dans le guidon, et tu avances". Le fait de penser comme certains
le font (pas ici pour le premier cas) "tous pourris", ou "tout est politique", ou "les autres n'ont rien compris", me fait toujours peur. Chaque être a ses motivations liées à sa situation. Et
penser que les autres ont tort est une grossière erreur. Les autres intègrent d'autres critères et fondent leurs jugements sur ces autres critères. Ont-ils tort ? Pas forcément.
J'ai toujours agi en survalorisant l'opinion des autres et en pensant : "et si c'était eux qui avaient raison". Ça permet d'avancer, et d'anticiper les coups des autres.
Je bois les plus grands vins du monde et je le fais sans être militant. Et je refuse de le faire en étant militant. En tant que citoyen, le problème des branches économiques m'intéressent. Mais
verre en main, c'est le vin qui me parle.
L'internet permet à tout le monde de s'exprimer. Il y a à prendre et à laisser comme dans toute activité humaine et même dans le vin et la vigne. Quant à l'épisode Luc Ferry, c'est un
épiphénomène sans importance lié au besoin d'exister médiatiquement.
Là-dessus, je ne cacherai pas ma joie d'avoir lu le : "INVIGNEZ-VOUS" de Nadine. Très beau trait d'esprit."



François Audouze 13/06/2011 19:39







Michel Grisard 13/06/2011 19:33



Suite à une soirée projection - discussion avec Walter Bassan, qui a fait partie du Conseil National de la Résistance, j'ai eu un échange à propos de la politique avec un "politique de carrière:
les "politiques" sont pris entre leurs électeurs et leur budget, et ne vont pas toujours dans l'intérêt général... Après de grands mots sur son "travail de politique", je me suis bien gardé de
dire à ce "politique" que tout est politique: si j'achète mon saucisson à la grande surface ou chez un artisan boucher-charcutier, je fais un choix politique. Il aurait franchement mal pris,
cette dérision sur la politique. Dans notre société très évoluée, faudra-t-il peut-être revenir à un conseil des sages, comme il en existe encore en Afrique, pour défendre l'intérêt général, et
construire, mieux qu'on ne le fait aujourd'hui.


Le lien du très beau film de Gilles Perret, à voir:


http://www.walterretourenresistance.com/



Michel Grisard 13/06/2011 19:08



Très beau billet, Jacques!


"S'indigner pour rien ne change rien", bien sur, mais il il y aujourd'hui matière à s'indigner et nous devons le faire, même au travers de la toile. Ne pas rester anonyme...


 



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