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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 00:09

Comme tout le monde le sait, la France n’a pas de pétrole mais des éditorialistes et un éditorialiste ça doit pondre des éditoriaux qui, pour les plus prolifiques sont journaliers, pour d’autres à la petite semaine. Avec l’irruption de l’info en continu l’éditorialiste parisien court les plateaux de télé pour s’empailler avec la concurrence et faire monter sa cote d’audience comme Christophe Barbier ou ne pas sombrer dans l’oubli comme Philippe Tesson qu’a de la bouteille. Dans notre monde bien peu médiatisé du vin éditorialiser n’est point chose aisée alors mieux vaut se raccrocher aux marronniers, aux mots valises dont raffolent les confrères parigots tête de veaux.


Alors, avec l’arrivée des socialos aux manettes et la publication du rapport Gallois, le mot bien chantourné qui plaît aux éditorialistes c’est la COMPÉTIVITÉ, plus précisément la perte de compétitivité. Comme l’invocation de saint Antoine de Padoue pour la retrouver n’est plus de saison alors les plumitifs se contentent d’encenser le modèle allemand paré de toutes les vertus. Méfie te disent les normands, la vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain : un jour chantre de la rigueur, le lendemain des pleurs sur l’encéphalogramme plat de l’activité. Tout ça pour vous dire qu’il faudrait tout de même que tout ce petit monde lève son nez d’au-dessus de l’actualité. 


Je m’en tiens à la célèbre formule de Mendès-France : GOUVERNER C’EST CHOISIR et si les choix, forcément douloureux, ne sont pas faits au moment où il serait pertinent de les faire, alors arrive le jour où il faut payer l’addition. Alors, lorsque l’éditorialiste de Vitisphère titre : Export : Sous le verni, se cache la perte de compétitivité de la viticulture française alors j’aurais tendance à sortir mon révolver.


Une fois placé le couplet militaire Rafale, qui comme chacun sait est un énorme succès commercial, « Pour la première fois de leur histoire, les exportations de vins et spiritueux français ont dépassé les 11 milliards d'euros. L'équivalent de 150 avions Rafale ! » (Je préférais le couplet AIRBUS nous en avons vendu tout de même un peu plus) et proclamé notre légitime fierté le constat tombe, incontestable :


-        Le milliard d'euros supplémentaire (par rapport à 2011) est à 90% dû aux cognacs, bordeaux, champagnes et bourgognes, en comparaison les vins de France avec cépage n'ont contribué que pour 4 % de ce milliard...


-        Pour les seuls vins : les deux tiers des volumes représentent le tiers de la valeur !


-        « En 10 ans, les exportations de vins ont perdu 10 % en volume et progressé en valeur de 30 % alors que les échanges internationaux de vins ont doublé en l'espace de 30 ans. La France a vu sa part dans ces échanges diminuer de moitié. » Louis-Fabrice LATOUR Président de la FEVS.


-        « Les exportations de notre pays stagnent autour de 13,5 millions d’hl de vin, soit à peine 28% de la production moyenne. Pour maintenir son vignoble (environ 800 000ha), la France devrait exporter 35% à 40% de sa production »


Tombe le diagnostic sans appel, lourd comme un missile balancé d’un Rafale : « À part quelques exceptions, les entreprises viticoles françaises comme leurs consœurs des autres industries, sont en manque de compétitivité. »


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Vous comprendrez aisément que votre Taulier en apprenant une telle nouvelle en fut tout bouleversifié mais, comme vous le connaissez, il s’est tout de suite dit c’est bien beau de constater, de diagnostiquer, il faut soigner le mal « aux grands maux, les grands remèdes ! ». Et c’est là qu’est arrivé notre encore jeune Jérôme Despey, un gars que certains ne connaissent peut-être pas mais qu’est le président du zinzin vin d’un grand bouzin baptisé FranceAgrimer.


Que dit-il à l’agence AGRA notre Jérôme de l’Hérault ?


« Le segment des vins de table risque de ne pas être au rendez-vous cette année. L’absence d’un segment sur un marché est toujours préjudiciable à la constance de la demande. Cette situation est en partie due à la « petite récolte », mais surtout à un manque d’organisation du marché : on n’a jamais pu avoir de vraie politique contractuelle et produire spécifiquement pour ce segment. Le créneau des vins de tables (vins sans Indication Géographique de Provenance) est aléatoire, car il est le résultat des excédents des segments encadrés sur le plan des volumes, des cahiers des charges et des encépagements (AOP et IGP). » Jérôme Despey a appelé à une « réflexion stratégique » de l’ensemble de la filière.


Nous y voilà : faut réfléchir, réfléchir ensemble bien sûr. À quoi : à la compétitivité, à l’organisation, à la contractualisation… etc. ? Moi je n’en sais fichtre rien mais ce que je sais c’est qu’à forcer de botter en touche, de ne pas se situer sur le vrai terrain des opérations, de renvoyer les choix à la définition d’une hypothétique stratégie commune, au mieux on amuse la galerie, au pire on n’a rien compris. Agir plutôt que réagir ! Mais à quoi servent donc les grandes bassines où barbotent les soi-disant acteurs de la filière ? À faire joli ! Qu’est-ce qu’y fichent  les Préfets de région et leurs administrations ? Je ne sais, mais j’attends avec gourmandise les fruits de cette grande réflexion stratégique de l’ensemble de la filière.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

luc charlier 21/02/2013 09:22


@Winston : je me suis incomplètement exprimé. Sur le fond, mon Angevin peut utiliser TOUS les cépages qui donneront un résultat
intéressant au niveau gustatif, 100% d’accord.


Mais moi, vieux con qui bois depuis que j’ai 5 ans environ presque tous les vins de l’Europe d’avant le rideau de fer, je me suis fait
ma « bibliothèque à moi des saveurs ».


J’avais la réputation, avant de devenir vigneron, de « bien déguster à l’aveugle ». Ça ne veut rien dire. En fait, je
RECONNAISSAIS souvent les vins. D’une part, j’en ai bu beaucoup, vraiment beaucoup dans ma chienne de vie (je ne parle pas du volume, mais du nombre de fois) et je me concentre facilement, même
quand il y a du monde autour. Mais surtout, j’ai la mémoire des tiroirs. Donc, l’Anjou, ce sera forcément du chenin. Si on m’y met aussi du chardonnay, du sauvignon, du melon, du romorantin ...
je serai perdu. Et si on rajoute du Antão Vaz, du Grüner Veltliner, du Kujunđuša, j’aurai encore plus de mal. Mais il se pourrait que ce soit excellent.


En fait, quand on voyage maintenant, toutes les villes se ressemblent : le même zoning commercial en périphérie, les mêmes
marques, les mêmes banques, les mêmes pièces dans les théâtres, et la même Diana Krall dans les mêmes salles de concert  ... La seule chose qui
change, ce sont les paysages des campagnes, la bouffe (de moins en moins, hélas) et .... le vin ! Je préfère boire du chenin en Anjou et du sauvignon à Bourges.


Mais sur le principe, tu as raison, 100.000 fois.

Winston Smith 20/02/2013 11:40


@ luc : pourquoi l'angevin dont tu parles aurait besoin obligatoirement d'utiliser un cépage angevin ? Ca me depasse il faut prolonger cette logique et aller encore plus loin...


Sur le reste du constat, c'est bien parce que la bête est malade, que tout ces parasites nous sucent la moelle. La survie des parasites demande que la bête reste malade et non qu'elle se
rétablisse.


Je pense que les AOP sont moribondes et pour que le vin vive il faut autre chose que ce truc là. Les remèdes de grand-mère, les réformes internes ne changeront rien.


L'aop n'est qu'un pis-aller... alors que le vin doit rester vivant. Une indication géographique suffirait-elle ? 


 

luc charlier 19/02/2013 11:48


Jacques, et ici je m’adresse à 3 casquettes (et un bô-net, grave, trop ...) : le chroniqueur, l’amateur et le rapporteur de
2001 : il y a une chose qui me surprend toujours dans les exposés officiels, c’est que l’on refuse de voir que la décision d’élaborer un VDF (ou VDT c’est similaire) plutôt qu’une
appellation ne résulte pas toujours – j’ai envie de dire de moins en moins – des fameux « excédents, inadaptation des cépages » etc ...


Il s’agit de plus en plus d’une décision volontariste (stratégie commerciale, choix personnel, lassitude face à l’administration,
désaveu des cahiers des charges retenus, provoc’ ...).


Le but du monde des consommateurs n’est pas de maintenir en vie tous les apporteurs de raisins, ni même tous les artisans-vignerons de
France ou d’Italie. Les amateurs veulent se faire plaisir, dans un créneau de prix donné.


Ce n’est pas un « contrat de négoce » qui va les inciter à payer deux fois plus cher un vin sans âme français que le même
vin sans âme venu d’un autre pays, qu’il ait une appellation X ou pas.


Enfin, les consommateurs sont archi-manipulés par les grands canaux de distribution (GD et presse qui lui est inféodée) et la France,
qui pense être la reine du marketing, ne l’est peut-être pas. Parker est sûrement plus influent que Bettane, et Broadbent plus que Lecouty. La communication de Concha de Torro ou sans doute de
Mondavi est « mieux faite » que celle des Coteaux du Tricastin (disparus) ou des vins d’Entraygues et du Fiel. «  Sud de France » fait s’esclaffer tout le monde, même
Marius !


Toutefois, et c’est un expat assez critique de son pays d’adoption qui l’écrit : la diversité des possibilités, la passion des
producteurs, la multitude des excellents vins de ce pays permet de penser que le seul vrai rival c’est l’Italie, en termes de qualité. Et les Italiens, même s’ils inventent une nouvelle
appellation par semaine, n’attachent plus guère d’importance à la « pyramide hiérarchique ». Parmi les vins les plus chers (sont-ce les meilleurs ? ) d’Italie, il y a bcp de
Vini da Tavola.


Quand un Angevin, qui produit du bon vin dans la région d’Angers et avec les cépages locaux, aura le droit d’écrire « produit en
Anjou par M. XYZ », sans du tout essayer de faire croire qu’il produit une AOP du même nom, la France aura fait un pas en avant. Et quand par contre un « Quarts de Chaume AOP »
devra obligatoirement correspondre à la définition légale de ce produit, la France aura aussi fait un pas en avant. Moi, je préfère acheter un bon
« vin de l’Anjou » sans AOP et un bon « vin moelleux de Loire » sans AOP, plutôt que de payer cher un « Anjou blanc AOP » chaptalisé, sulfité à mort et issu de
raisins botrytisés (pas noble évidemment) ou oïdiés à 80 % ou un « Quarts de Chaume AOP » sorti tout droit d’un concentrateur (tu peux choisir la méthode).


Mais, bien sûr, le roi des cons a son trône en Flandres, tout le monde le sait.

stan 19/02/2013 06:49


Voilà qui est bien écrit et bien dit !

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