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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 00:01

Les temps sont difficiles pour beaucoup de vignerons, y compris ceux qui n’en laissent rien paraître, et il serait malvenu de ma part de leur reprocher de faire feu de tout bois pour vendre leur vin. Pourtant je ne peux me départir d’un sentiment de malaise lorsque je relève dans ma boîte e-mail le flot ininterrompu des sollicitations de dégustation qui ne fait que s’enfler. Je précise tout de suite que je ne vise pas ici des manifestations comme le récent salon millésime bio mais les micros dégustations. Pourquoi diable me direz-vous car, en première analyse, l’importance du flux, et son accélération, devraient être considérés comme des signes marquant le dynamisme commercial des vendeurs. Présenter son produit, se présenter, nouer des contacts, enregistrer des commandes, je n’y trouve rien à redire bien évidemment. Ce qui me gène aux entournures, sans que je puisse le vérifier, c’est qu’en trainant mes guêtres en ces lieux j’ai du mal à cerner la qualité des dégustateurs présents. Qui sont-ils ? Des duglandos de mon espèce ? Des amateurs désœuvrés qui racontent leur vie ou étalent leur science ? Des cavistes ? Des agents ? Des restaurateurs ? Des journalistes ? De simples particuliers ? Bref, l’origine de mon malaise est fondée à la fois sur ma vieille expérience de chineur et ma fréquentation d’acheteurs professionnels.

Je m’explique.

Un acheteur a, si vous me permettez l’expression, la gueule de l’emploi. Il ne baguenaude pas. Il sait ce qu’il veut. Il cherche. Il fouine. S’il trouve ce qu’il cherche il aborde vite la question quantité-prix. À noter que la promiscuité, qui semble être la règle dans beaucoup de lieu de dégustation, ne pousse ni l’acheteur, ni le vendeur, à se livrer à l’exercice. Certains vont me rétorquer que tout ça se passera ailleurs. Je veux bien mais un client ça se travaille au corps, à chaud. La plupart du temps, le vigneron vendeur me semble réduit à n’être qu’un verseur de vin et qu'un tendeur de tarif. Rares sont ceux qui vous demandent qui vous êtes, engagent le dialogue pour vendre. Beaucoup attendent, avec une forme de résignation, que ça se passe. Dans beaucoup de cas, la dégustation est organisée par un gentil organisateur ou une gentille organisatrice qui se chargent de rameuter le chaland, et plutôt que quelques amuse-gueules, qu’un simple pointage à l’entrée, un effort de professionnalisation de la dégustation serait souhaitable : distinction entre les vrais acheteurs et les autres ou réservation de tranches horaires pour les stricts professionnels ; aménagement de lieux de négociation ; catalogue des vins proposés à la dégustation accompagné d’une fiche sur le vigneron (nul besoin de papier glacé) ; meilleure disposition du lieu de dégustation ; matériel adapté et pratique pour le délicat exercice de rejet du vin... Je n’ai rien contre la bonne franquette ou le côté nous sommes entre nous, nous nous connaissons tous, mais je me mets à la place du vigneron qui donne de son temps et de son argent pour ce genre d’exercice, le retour sur investissement ne me semble pas toujours à la hauteur des ambitions affichées et surtout de ce que les vendeurs pouvaient espérer. 

Peut-être que mon sentiment de malaise est infondé, que mes réflexions sont totalement à côté de la plaque et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes de la commercialisation des vins « cousus mains ». Je suis preneur de tout éclairage sur ce qui m’apparaît comme une boîte noire. Peut-être que le sujet est tabou dans la mesure où braquer le projecteur mettrait en lumière des circuits qui alourdissent les prix de vente ou/et rognent les marges des vignerons.

Je crains que nous fussions face à un phénomène de mécanique des fluides où, face à un afflux concomitant de vignerons sur le même segment de marché, déjà fort encombré, ça bouchonne (sans jeu de mots bien sûr) Sur les autoroutes, tous les spécialistes vous le diront, afin d’éviter le phénomène il faut tout à fois accélérer le flux de ceux qui sont en aval et réguler la vitesse de ceux qui sont en amont. Appliqué au marché des vins cousus main, comme des autres d’ailleurs, ça signifie que pour ceux qui ont de l’avance la conquête du marché export est capital, pour eux comme pour les nouveaux entrants. Ceux-ci en effet avec la saturation de leur marché de proximité cherchent à étendre leur chalandise au marché domestique national. Le problème en ce moment c’est que, eu égard aux mauvais résultats à l’export, tout le monde se replie en désordre sur le marché national. Effet de thrombose garanti et, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, l’effet retard de la crise en France risque d’amplifier l’effet d’embouteillage (sans jeu de mot là aussi). 

La réalité se situera sans doute, non pas à égale distance entre mon pessimisme que certains jugeront outrancier et l’optimisme de rigueur affiché, mais dans une zone grise qu’il serait bon d’éclairer pour que les principaux intéressés, les entreprises vigneronnes, puissent se préparer  à piloter dans les meilleures conditions avec une visibilité incertaine. Pour ce faire, sans vouloir resservir encore le même plat je me permets de remettre sur la table mon projet de Fonds d’Investissement pour le secteur du Vin en écartant de suite l’objection que les micros entreprises ne bénéficieraient pas de l’action de se fonds. Elle ne tient pas car en effet, plus nous renforcerons les locomotives régionales (PME ou domaines), plus nous favoriserons l’émergence d’un poids lourd national, afin d’affronter les défis des marchés en expansion, plus nous désencombrerons notre marché domestique, lieu privilégié de vente pour les vignerons. Ce n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité mesurable qui devrait éveiller chez les responsables une prise de conscience de l’urgence de la mise en place de ce type d’outil. Comme il ne s’agit pas de faire du replâtrage, du sauvetage, ce Fonds, à l’image de celui du sieur Beigbeder, devrait être constitué d’un tour de table d’investisseurs privés ayant des racines agricoles ou régionales, suivez mon regard, que nous aurions su convaincre, qu’à moyen terme, avec la nouvelle donne des vins sans IG, des vins IGP, le secteur du vin sera un fort vecteur de croissance, d'emplois et de création de valeur à l'exportation. Sinon nous nous replierons sur le haut de gamme, l'épicerie fine et il n'y aura pas de place pour tout le monde. L'enjeu est de taille. La France a besoin d'une industrie du vin forte de sa diversité et de sa capacité à couvrir tous les créneaux du marché. Qui le dit, qui s'en soucie... pas grand monde... Chacun dans son coin, chacun pour sa peau...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 14/02/2010 10:16


Bon, on va pas s'engueuler une nouvelle fois Jean-Baptiste. Je mets de côté dans un coin de ma tête la première partie de ton dernier message. Si je vais à Vinisud, je jure de me taper au moins 3
ou 4 "off" (je l'ai déjà fait il y a un bail) pour vérifier les nouvelles tendances. Quant à la hiérarchisation, je n'ai rien contre une Pézenas ou un Larzac, si ça stimule le vigneron et le fait
progresser au point d'essayer d'être meilleur que son voisin. Mais de toute façon, je suis capable de fondre pur un Pays d'Oc autant que pour un simple Minervois. Décidément, faut que je vienne te
voir...


Jean-Baptiste 13/02/2010 10:49


Cher Michel,
Contrairement à ce que tu penses, la plupart des vignerons qui sont dans les off ne sont pas suffisants. Ce sont simplement des travailleurs acharnés qui ont une haute idée de leur travail et
qui c'est vrai se sentent mal à l'aise quand ils sont confrontés à un monde de fric, de mensonges et d'ambiguités. Pour le reste, je note que Vinisud n'échappent pas aux travers que tu dénonces,
notemment en organisant pour le Languedoc un véritable apartheid viticole en installant un hall des terroirs hiérarchisés !
Amitiés.
Jean-Baptiste


gus 13/02/2010 08:16


@ iris:c'est vrai que j'ai peut être été trop curieux !
Sur internet, un lien dans un texte  c'est un peu comme le  décolleté d'une jolie fille au milieu d'une assistance:on ne voit que ça.Mais c'est pas pour autant qu'on doit aller toucher
!
Bon courage dans votre si beau pays d'Olargues.


Michel Smith 13/02/2010 07:53


Réponses que j'espère rapides aux 10, 11, 12, etc., bref aux tenants du ou des "off".
1) Maugio n'est pas en face de Vinexpo, mais de Vinisud. Si les lieux de dégustation étaient à distance pédestre j'irais peut être volontiers. Mais autour de Vinisud je ne connais guère de lieux
proches (hormis le Balladin, un lieu romantique à souhait) et je préfère éviter d'avoir à prendre mon char, me taper les embouteillages, chercher une place de parking, revenir, faire la queue de
nouveau, changer de verre, etc.
2) Quand je circule dans un salon j'arbore toujours un badge qui dit en principe qui je suis. De mon côté je dis toujours bonjour et je demande poliment si je peux goûter quelques vins. Mais
l'heure n'est pas à la conversation. Je vais droit à la rencontre d'un vin et si le vin me plaît, s'il m'interpelle, si ses géniteurs ne sont pas débordés par une vague de dégustateurs, je
m'empresse d'entamer une conversation. C'est le jeu, il faut l'accepter, sinon ce n'est pas la peine de dépenser de l'argent pour s'offrir un stand. C'est un peu comme au début d'un bon film ou
lorsque l'on aborde la lecture d'un roman : si quelqu'un vous dérange dans votre "dégustation" par du bavardage, il vaut mieux tout arrêter et reprendre plus tard. Si quelqu'un vous raconte la fin
avant, alors vous craquez. Je comprends l'empressement qu'ont certains vignerons qui ont payé cher leurs stands et qui veulent le rentabiliser par une forme de racolage, mais ils doivent aussi
comprendre que la dégustation est un moment d'isolement, un instant intime où l'on ausculte le vin avant de le recracher et de noter ses impressions. En revanche, quantité de "clients" aiment bien
tout savoir dès le début. Alors là, faut pas se gêner. On peut tout leur dire. Pas moi. Que voulez vous, j'aime le mystère du vin. C'est un peu mon moteur quand j'entre en dégustation. N'oubliez
pas que si je me déplace pour 3 jours ce n'est pas pour faire des mondanités : c'est pour travailler.
3) Très souvent, j'évite de m'arrêter sur les stands de vignerons trop médiatisés préférant de loin les sans-grades, privilégiant ainsi jusqu'au bout ma soif de curiosité. Un salon tel Vinisud est
l'idéal pour cela car il rassemble une grande diversité de vignerons.
4) J'évite les stands où le vigneron - ou son "commercial" - semble vautré dans la lecture du journal, le réglage (ou le jeu) de son portable, ou la dégustation d'un casse-croûte.
5) Je vais souvent vers les jeunes vignerons car l'avenir leur appartient.
6) À de rares exceptions, les "off" me gonflent car ils réunissent des vignerons suffisants, "bande à part", qui se prennent pour des stars, qui font le plus souvent goûter des bébés bombes en
cours d'élevage (navré, mais je préfère le vin fini, en bouteilles, celui que le consommateur boira) et qui refusent de se mélanger au vulgum pecus. Les jours de l'année ne manquent pas pour
organiser des dégustations informelles en des lieux uniques avec des vignerons exceptionnels qui s'écoutent parler. Dans ce cas, si le coeur m'en dit, toujours guidé par mon instinct de curiosité,
je me déplace volontiers, à mes frais.


Tibulle 13/02/2010 01:08



Encore un article savoureux à souhait. Il traite de plusieurs sujets dont les micros dégustations…


Ici, depuis ma ville de Bruxelles, je vois plusieurs familles de "salons" du vin. En premier lieu, la France est
ses grandes messes (Salon des Vins de Loire, Vinisud, Vinexpo… rien à dire, bien organisé, intéressant, on y découvrent des "stars" et de "découvertes");  les salons "Off" des premiers cités (ils sont parfois mal organisés, un rien bordélique, ressemble souvent à une secte, et vous devez faire partie de la
"famille"); en Belgique maintenant : nous avons "Megavino" (un salon "pro", mais les visiteurs viennent surtout pour picoler) et puis les dégustations "officielles" de nombreux pays (Chili,
Espagne, New Zélande……en plein d'autres); et puis les dégustations des Importateurs (certaines très luxueuses, professionnelles et d'autres franchement ridicules, pas très propres et lugubres !);
suivent les dégustations – salons "des vignerons" ! Alors ici, deux familles, le salon de belle réputation, et organisé de longue date (des clients et exposants fidèles) et le salon des vignerons
de "dernière minute", organisé pour écouler des invendus en France. Les verres sont sales, les vins rouges glacés et les seaux (crachoirs) se renversent sous les coups de pieds d'amateurs bourrés
dès 11h du matin ! Ce genre de salon / dégustation se multiplie comme des petits pains ! En 2010, chaque minuscule village de Belgique aura son salon des vignerons ! Certains d'entre eux, avec 4
vignerons sont de véritables "micros dégustations" non ?


Reste encore les sommeliers, les restaurateurs, les traiteurs, les coiffeurs (oui, oui), les dentistes (et oui oui
aussi) et aussi les associations de tout poil qui organisent des "micros dégustations"….. Avec les invitations que je reçois, il serait possible de passer les 365 prochaines soirées à déguster
!


Hors de période de crise, aucuns vignerons reconnus ne devraient faire de salon/foire/dégustation puisqu'il aurait
tout vendu depuis longtemps. Sauf pour gâter une clientèle de longue date qui l'aurait aidé il y a des années, lors de sa première participation !?


Avec la crise, certains qui ne se déplaçaient jamais, viennent à présent dans nos campagnes pour essayer de vendre
(moins cher que les cavistes en place) leur excédent de production.


Bon, j'arrête là, j'suis fatigué, y a trop à dire ! J'm'en vais finir mon chtit canon de Chinon et aller au lit !
Bonne nuit Monsieur Jacques ! ;-)


 


"Quelques salons" de chez nous !


http://www.lesvins.be/



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