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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 00:09

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Vous ne vous voyez pas rétorquer cela à un sommelier imberbe, look croque-mort, grappe à la boutonnière, air inspiré, droit dans ses bottes, sitôt qu’il vous eut déclaré, après avoir versé une légère rasade dans votre verre, pour que vous goutiez le nectar qu’il vous a proposé comme état le nec plus ultra de l’accord avec le plat que vous avez commandé : « escalope tiède de cuisse de palombe rôtie sur sarments de château Lafite sur lit de pousses de bambous marinées dans de la jouvence de l’abbé Soury, purée de topinambours non OGM à la fleur de sel de Noirmoutier ramassée grain par grain à la pleine lune par un paludier agréé par Nicolas Joly »


Avant même que vous ayez reposé votre verre et que vous ayez eu le temps de donner ou non votre imprimatur au nectar, le Paganini de la Sommellerie vous a déjà placé ce qu’il croit être son estocade « Ce château Ducos-Ader 1993 est vraiment puissant, généreux et d’une élégance raffinée… » Ne vous précipitez pas, essuyez vos lèvres, inspirez, laissez le chef de rang décliner le CV du plat « escalope tiède de cuisse de palombe rôtie sur sarments de château Lafite sur lit de pousses de bambous marinées dans de la jouvence de l’abbé Soury, purée de topinambours non OGM à la fleur de sel de Noirmoutier ramassée grain par grain à la pleine lune par un paludier agréé par Nicolas Joly », posez vos mains bien à plat sur la nappe immaculée et balancez, sans élever la voix, comme si vous étiez dans un confessionnal : « Sommelier, reprenez ce vin il est impuissant, pingre et mal fagoté ! »


Croyez-moi, vous aurez alors bien plus qu’un succès d’estime car l’assommant sommelier n’ayant reçu aucune formation pour faire face à la contestation, et pis encore à la contestation radicale utilisant un vocabulaire non-agréé par la chambre syndicale, restera coi. Si vous êtes un peu sadique, vous pourrez aussi pousser votre avantage jusqu’à le plonger dans la déréliction en ironisant sur la réduction du noble nectar conseillé : « Carte senior ou famille nombreuse ? » Dans l’hypothèse où notre sommelier es-dégustation aurait eu le temps d’insister auprès de vous sur la noblesse du château Ducos-Ader vous pouvez lui demander de vous apporter le bottin mondain afin que vous puissiez vérifier la véracité de ses dires.

 

Mon exemple un peu outré, primo ne relève en rien d’une quelconque allergie à l’égard de la profession de sommelier, deuxio ne vise qu’à un seul but : mettre en exergue que tout mot à son contraire, son avers et que l’utilisation unilatérale de la face valorisante décrédibilise, ou du moins affaiblit, la pertinence de la critique. Trop d’encens est émollient, les mots s’amollissent, perdent de leur force s’ils ne s’appuient sur leur contraire. Tout le monde est presque beau, un peu, beaucoup, mais assez peu souvent passionnément. Je mets au défi mes chers confrères de me produire l’une de leur critique où ils auraient utilisés des mots forts. Je ne vais pas vous refaire le coup de la détestation mais, une fois de temps en temps, se laisser aller à une saine franchise ferait souffler un peu d’air frais sur le marigot des amoureux du vin. L’amour-vache ça existe, pas vrai.


Ainsi dans le Robert :


Puissant : impuissant, faible, petit, maigre, fluet.

Généreux : bas, lâche, mesquin, petit, vil, avare, cupide, égoïste, pingre.

Élégant : commun, grossier, inélégant, vulgaire.


Du côté des sommeliers et des commentateurs de plats qui exigent le silence pour leur péroraison permettez-moi une supplique : dites à vos patrons que nous sommes des CLIENTS et que c’est à nous, et à nous seuls, de nous inquiéter de ce nous souhaitons boire et manger. Nous savons lire. Je déteste les visites guidées. En revanche je trouve très plaisant d’engager la conversation tant avec un sommelier ou la personne venue prendre la commande. Il n’existe ni lien de subordination, ni de supériorité, mais rien que du respect pour le travail des uns, leur compétence aussi, et la tranquillité des autres.


Au cas où j’aurais affaire avec une jeune et accorte sommelière il se peut que je l’amène sur le terrain de la bouche tendue chère à mon ami Jacques D…


 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 10/01/2013 12:39


Moi, je l’ai reconnu, Gérard G. Lui, il mérite la grappe à la boutonnière d’ailleurs. Et je lui adresse mes meilleurs voeux ... en lui serrant la grappe.

Vincent Pousson 10/01/2013 09:12


"dites à vos patrons que nous sommes des CLIENTS."


Rien à ajouter∞

Gérard G 10/01/2013 01:48


C’est justement le tact, le professionnalisme, et je dirais même le talent, d’un véritable Maître d’Hôtel ou d’un sommelier de savoir (de « sentir ») à quelle table il doit faire
« une visite guidée » et à quelle autre, il est préférable d’être court et concis.


J’admets néanmoins que le nombre de professionnel (en salle, comme en cuisine), diminue malheureusement d’année en année. Il est donc triste de croiser aujourd’hui plus de « porteur
d’assiettes » et des sommeliers imberbes, look croque-mort !


Pour la grappe à la boutonnière, si elle est méritée et gagnée, il ni a pas de mal ! 

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