Vendredi 28 septembre 2012 5 28 /09 /Sep /2012 00:09

J’aime le vin, j’adore les fleurs, surtout les fleurs des champs et je me délecte des petits fruits rouges mais rien ne pompe plus l’air que la référence à des senteurs et des flaveurs qui, j’en ai fait l’expérience, varient en fonction de chaque individu. Dans les groupes de dégustation je suis toujours étonné par cette quasi-obligation qu’ont certains d’accoler à leur olfaction des soi-disant notes florales. Ce ressenti je ne le conteste pas mais, pour être crédible, il devrait être unique, universel alors que, bien au contraire, la palette du bouquet de fleurs évoqué a l’étendue d’une Flore. En effet, supposons que si un vin sentait la rose – bien que beaucoup de roses soient inodores – il ne pourrait dans le même sentir le genet… et qu’on ne vienne pas me dire que cette succession d’exhalaisons captées par des nez affutés est une réalité. Ce ne sont que des mots pour faire joli, pour meubler une certaine forme de vide, pour autant je ne dénie pas l’existence de notes florales mais je conteste leur mise en avant comme un élément d’appréciation d’un vin. Si vous souhaitez aller plus loin dans l'éducation objective de votre olfaction les séminaires Wine & Flavors dirigés par Alexandre Schmitt sont consacrés à l'éducation olfactive, et plus spécifiquement, aux arômes des vins. Ils ont pour but de structurer et de développer notre univers aro­matique, d'i­den­tifier les arômes des vins, de les classer, et d'en élaborer un discours objectif voir vidéo et link


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Puisque les Vendredi du Vin m’y exhortent je contribue donc à l’avancement de la science en recyclant une chronique tirée de ma vaste besace. Qu’écrivais-je en ce temps-là ? Question très christique : « en ce temps-là… JB disait à ses disciples… et bla, et bla et bla, bla, bla… »

« Les Français invités chez des amis, chez leur patron, chez des collègues de travail, ou lorsqu’ils rendent visite à leur parentèle apportent le plus souvent soit du vin, soit des fleurs coupées ou en pots. Dans le cas de l’amoureux transi qui tente de séduire l’être aimée la tendance est bien sûr au bouquet même si une belle bouteille peut aussi impressionner la belle. La plante en pot est plutôt tendance belle-mère ou mamie alors que la bouteille de Bordeaux est, elle, tendance beau-père ou patron. Bref, le rêve pour tout ce petit monde serait donc d’apporter les deux à la fois sous une forme idéale : une bouteille de vin de Fleur. Comme je suis, quoiqu’en médisent certains, un bon garçon un peu fouineur je vous ai dégoté un Vin de Magnolia. Oui vous avez bien lu, c’est du vin puisqu’étiqueté Vin de France (vin aromatisé à base de fleur de Magnolia) produit par un vigneron de la région nantaise www.lieubeau.com.


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Comment en suis-je arrivé à cette découverte capitale ? Tout bêtement en hantant un château : le Château de la Roche Guyon sur la rive droite de la Seine (les coteaux de Seine bien crayeux) où se tient chaque année une belle foire aux plantes. Je n’ai pas la main verte mais j’aime les fleurs : celles des champs, les fleurettes qui piquettent le vert des prairies ; celles des bas-côtés des chemins de traverse et des flancs de fossés : marguerites et coquelicots ; celles des bords de rivières : les coucous et les euphorbes réveille-matin ; celles des jardins embrouillés car elles n’y sont pas alignées comme des militaires ; même celles coupées en bouquet lorsqu’elles sont assemblées pour l’être aimé ou par la main d’une belle qui m’ensorcelle. Mais je n’aime guère les empotées ça me fait penser aux chrysanthèmes ou aux azalées de belle-mère.


Donc, un samedi, sous un beau soleil au zénith, j’arpentais la pelouse du château de la Roche Guyon pour dégoter une belle plante. C’est ici qu’il y a trois ans j’ai acheté ma superbe glycine. Je croisai aux milieux des roses une Yolande Moreau au look très Yolande Moreau : noir dominant. Pause : des marocains proposaient un bon couscous avec du gris Boulaouane (souvenir pas vrai Michel-Laurent). Remise en route : pour ne rien vous cacher j’avais depuis un certain temps ma petite idée mais encore me fallait-il dénicher l’oiseau rare c’est-à-dire un arbuste pouvant se plaire plein sud et ne pas se développer comme un baobab. Et vlan je me cogne le nez sur ma petite idée : un plant de Magnolia grandiflora « Namnetensis Flore Pleno présenté par les pépinières Ripoche de la Chapelle Basse-Mer www.magnolia-nantes.fr . Pour l’anecdote le Magnolia grandiflora peut atteindre 30 mètres mais ici il s’agit d’un cultivar de moyenne taille : 3 à 4 mètres à l’âge de 10 ans.


Un peu d’Histoire avant de déboucher sur ma petite histoire de Vin de Magnolia. Tout d’abord, je m’inscris en faux sur la thèse des Claudette : non le Magnolia ne tire pas ses origines de la chanson de Claude François (écouter plus bas). Ce nom a été attribué par Linné en l'honneur de Pierre Magnol, médecin et botaniste de Montpellier (1638-1715). Il conçut l'idée de classer les plantes par familles, idée que Linné améliora et généralisa. L’origine : espèce endémique d'Europe, chassée par les glaciations. Les magnolias ont été réintroduits d'Amérique du Nord, de Chine et du Japon. L'introduction du Magnolia grandiflora en France est du en 1711, au gouverneur de la Louisiane, Roland Michel Barin de la Galissonière (1693-1756), qui expédie en Europe des espèces végétales. Elles sont débarquées au port de Paimboeuf et sont acheminées par la route à Nantes. Le maire de la ville, René Darquistade, qui se trouve être fin botaniste, fait mettre un échantillon en serre. Quelques années plus tard, alors que la plante ne s'est pas franchement développée, il décide de la jeter. La femme du jardinier qui passait par là, repère l'arbrisseau sur le tas de fumier et l'emporte. En extérieur, le spécimen ne tarde pas à retrouver une seconde jeunesse, pour le plus grand plaisir du botaniste. Il s'empresse d'en confier l'analyse à la faculté de Montpellier où un certain Pierre Magnol, contemporain de Linné et de Plumier, en fera la première description avec François Bonamy.


Et voilà je suis revenu à mon point de départ le Vin de Magnolia qui bien sûr se nomme : Le Galisson en mémoire de Michel Barin de la Galissonière. En compagnie de mon plant de magnolia il m’attendait dans un beau petit pochon violet à fenêtre. Cadeau donc ! C’est un vin blanc né dans le vignoble du Muscadet récolté en surmaturité qui se voit aromatisé par la fleur blanche du Magnolia grandiflora cultivée par l’association « Magnolia de Nantes ». Comme le magnolia est une fleur à l’arome puissant, pour faire ce vin, même s’il existait de vieilles recettes, il fallait un vin d’une grande douceur et Pierre Lieubeau avec son œnologue ont du expérimenter le bon dosage pour tirer toute la subtilité du magnolia. Belle initiative pour le Tricentenaire 1711-2011 du Magnolia grandiflora que ce joli vin de Fleur qui, bu bien frappé à l’apéritif, pour ceux qui aiment les boissons douces, est agréable avec de beaux aromes de pamplemousse. Dans ces temps difficile pour le Muscadet allez-donc faire un petit tour sur le site de Pierre Lieubeau www.lieubeau.com ou si vous passez du côté de Château Thébaud c’est à la Croix de Bourdinière...


 


 

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Vendredi du Vin
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Commentaires

Prenant ma retraite de salarié ce soir, je suis particulièrement sensible à ton clin d'oeil au sujet de Boulaouane (que nous recevions par bateau à Rouen)!! Peut-être sommes nous en train d'y revenir quand on voit le succès annoncé de la Bulk Exhibition d'Amsterdam.

Commentaire n°1 posté par Michel-Laurent Pinat le 28/09/2012 à 11h01

Bonne et fructueuse nouvelle vie MLP coïncidence maon afterwork fait référence à la Place des Vosges... à bientôt.

Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 28/09/2012 à 14h08

Un vin de fleur, il fallait y pensée... ;-)

Commentaire n°2 posté par Sonia Lopez Calleja le 28/09/2012 à 11h23

Jacques est bien severe avec les odeurs de fleurs dans les vins: quelques references de gouts et d'odeurs peuvent aider a compendre, memoriser et apprecier un vin. Et il n'y a aucune raison pour que ce soit unique et universel. On peut ressentir plusieurs fleurs a la fois dans le meme vin, comme, a l'inverse, un parfum de fleur pourrait me faire penser a du muscadet avec en meme temps du sauvignon et une touche de Meursault.

Par contre les etudes serieuses prouvent que d'un degustateurs a l'autre on n'a que 50% de correlation dans les referents olfactifs. Deux raisons a ca: on n'a pas la meme bibliotheque de gout/odeurs en memoire, et on n'a pas tous la meme sensibilite aux memes molecules aromatiques.

Donc dans un groupe de degustateur, si un vin sent la fleur, il est probable que la moitie du groupe, ou meme moins, lui attribue la meme fleur comme association de gout ou d'odeur.

Ne jamais se sentir frustre ou se remettre en question si autre trouve un truc evident dans un vin et pas vous: toujours se rappeler qu'il y a une chance sur deux que deux degustateurs trouvent la meme chose.

Commentaire n°3 posté par Denis Boireau le 28/09/2012 à 11h58

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