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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 13:00

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Lorsque chaque dimanche je me laisse aller, sur mon espace de liberté, à la fiction, et ce depuis l’origine de ce blog, j’en suis au chapitre 10, pour certains lecteurs nouvellement arrivés le narrateur qui mène le récit ne peut être que moi et ainsi, à travers lui, j’y conterais ma vie en m’adonnant à l’autobiographie. Qu’ils se rassurent le seul lien entre le narrateur et moi c’est le calendrier : il suit la chronologie de ma vie mais sa vie n’est pas la mienne. Bien sûr je suis l’auteur mais la fiction ouvre des horizons quasiment illimités, même si parfois la réalité dépasse la fiction, alors que la chronique ne permet pas de prendre beaucoup de liberté avec cette fichue réalité.


Tout ça pour vous dire, chers amis lecteurs que ma chronique d’hier matin « De source sûre un des Grands Crus Classés 1855 va opter pour le vin nature en 2013 »link n’était en rien un poisson d’avril, même si de ma part le choix de la date de sa publication n’était pas innocent, mais tout simplement une fiction un peu à la manière de celle qui avait occupé l’été 2011, ma grande saga de l’été « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie »link qui avait connu un réel succès dans les chaumières des deux rives de la Gironde. Si ça vous dit, relisez-là ça vous éclairera sur ma manière, fort légère, de mêler la fiction à la réalité. D’exposer mes intuitions. De dire ou d’écrire ce que beaucoup ne veulent ni entendre, ni lire. En effet, sous la surface des faits et des choses, qui souvent apparaît à jamais figée, lisse, j’ose écrire momifiée, des mouvements souterrains, imperceptibles, furtifs, insignifiants en apparence, travaillent la pâte même si celle-ci semble bien lourde.


Relisez ce j’ai écrit hier en ne tenant aucun compte des serpentins et des confettis que j’ai jeté dans mon texte pour faire joli et cherchez, non pas une quelconque vérité mais tout bêtement le constat qu’illustre si bien la superbe formule du grand roman de  Giuseppe Tomasi, prince de Lampedusa, Le Guépard « Il faut que tout change pour que rien ne change». La campagne sicilienne inerte, accablée de soleil ; l’effondrement du monde ancien ; la fin de la toute-puissance de l’aristocratie sicilienne ; les échos de conversation pleine de sous-entendus qui annoncent le renversement des valeurs et des rôles ; lente dégradation, putréfaction d’un passé momifié. Oui tout change et le jeune Tancredi (Alain Delon dans le film de Luchino Visconti)  l’opportuniste peut affirmer avec superbe à son oncle le prince de Salina, authentique incarnation de l’ordre ancien (Burt Lancaster dans le film) « Il faut que tout change pour que rien ne change ».


Ma petite chronique de rien du tout, un peu outrée, emplie d’une foi qui ne peut être qualifiée ni de mauvaise, ni du charbonnier, que je me suis contenté de jeter sur ces chemins de traverse que j’emprunte chaque jour que Dieu fait pour marquer mon petit territoire, tel un des petits cailloux du Petit Poucet, résistera-t-elle à l’épreuve du temps ? Les paroles s’envolent, les écrits restent, dit-on, alors qui vivra verra mais mon petit doigt me dit que la recherche de l’authenticité, la quête d’une vraie expression des terroirs fruits de l’histoire, de la géographie, de la politique, du commerce, le déclin de l’obsession d’une sécurité absolue à la mode des process industrialisés, automatisés, normés, l’ennui de l’uniformité née des beaux formatages, pas un pli, rien qui ne soit pensé, étudié en 3D, j’exagère à dessein, seront autant de petits cailloux dans les chaussures bien cirés de l’establishment des GCC. Je pressens. Je ne sais combien ça prendra de temps mais l’appétit du vrai, du réel cousu main, cette main de l’homme, dont se prévalait un peu trop facilement le vigneron de la chronique matinale, qui n’est que l’instrument de son esprit, de son intelligence, devra s’éloigner de la facilité, des justifications qui ne sont là que pour nourrir un discours de marque, sera la marque d’un retour à l’essentiel. À force de faire barboter les marques châtelaines dans des mots creux, des images sans rapport avec la matière dont elles sont censées illustrer l’authenticité,  le lien avec ce qu’on appelle, faute de mieux, le terroir, sera tellement distendu qu’il n’aura plus aucune valeur si ce n’est celle d’un placement financier.


Bien sûr le mouvement, que je dis pressentir, ne sera pas un raz-de-marée mais rien qu’une toute petite vague dont nul ne se souciera car celle du luxe tapageur, bien haute, si forte, à encore de très beaux jours devant elle. Je sais que les railleurs patentés vont railler. Qu’ils se rassurent je suis vacciné par plus de 10 années passées à voir les ouvriers de la 25e heure se rallier sans vergogne et sans honte à ce qu’ils avaient vilipendés pendant des années. Ainsi va la vie des hommes, plus encore dans notre vieux pays qui cultive avec un soin étrange le scepticisme, l’aquoibonisme, la faute des autres. Je ne sais où je serai dans 10 ans mais en ce début d’avril j’ai  décidé de faire mien le proverbe : je ne me découvrirai pas d’un fil me contentant, sur mon espace de liberté, de jeter au rythme de mon pas des petits cailloux qui viendront, je le crois et l’espère, se loger au bon endroit, au bon moment. Pour finir, permettez-moi de balayer une objection que l’on va m’opposer : mes petites histoires de vin nature n’intéresseraient que les petits Français branchouilles… et quelques allumés dans notre vaste monde mondialisé. C’est à la fois vrai dans l’instant et faux sur le long terme. Pour moi, à l’avenir, les vins, non pas simplement nature au sens strict, mais ceux élaborés en prenant et en assumant des risques liés à la nature, vont, face au beau paquet des vins de luxe tels qu’ils sont formatés par la grande majorité des GCC et leurs cousins germains, devenir des musts, des produits rares, recherchés par de nouveaux amateurs qui ne se contenteront de plus d’acquérir de belles étiquettes ou des bouteilles hors de prix.


Je rêve me direz-vous ! Oui, un peu, mais à la manière de ceux qui préfèrent regarder les étoiles plutôt que le doigt qui les montre. Alors, rendez-vous dans dix ans, c’est tout le mal que je me souhaite, pour boire avec vous un GCC 1855 nature. Le coup est parti dès 2008, c’est mon ami Jacques qui me l’a dit alors patience et longueur de temps… 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Michel Smith 02/04/2013 14:50


Je suis sûr que tu as raison, Jacques. On a déjà au moins un GCC en biodynamie (Pontet Canet) et j'attends l'arrivée comme toi d'une cuvée sans soufre et sans reproche... Quoi que, pour
d'obscures raisons techniques, cela ne soit pas forcément compatible avec un long élevage en barriques. Enfin, Denis, qui vivra verra ! Et goûtera... 

Denis Boireau 02/04/2013 13:45


Souvenons-nous que le Domaine de la Romanee-Conti a experimente puis applique la biodynamie bien avant d'en faire etat publiquement.


Aujourd'hui les leaders de la Bourgogne sont tous bio ou savent qu'ils devraient l'etre; Aubert de Villaine declare " aujourd'hui un domaine qui produit des grands crus ne peut pas ne pas etre
bio"...je laisse les psy epiloguer sur la double negation.


Ce petit mot sur les Grands Crus de Bourgogne pour faire comprendre que soit les Bordelais sont aveugles, soit l'avenement du bio et/ou nature est en cours dans les GCC.


Conclusion: je parierai qu'il ne faudra pas attendre 10 ans pour voir un GCC nature, ou a tout le moins bio. Mais je serais au regret de ne pas pouvoir en boire avec mon cher Taulier car le
prix en sera certainement exorbitant. 


 

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