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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 00:06

« Ce qui fait la richesse de notre langue. Ces papilles qui vivent comme des filles de pape dans un palais bordé d’ivoire, sont liées à notre cerveau qui fabrique la gourmandise et la gastronomie. Le vocabulaire gastronomique et alimentaire est d’une grande richesse comparé à la pauvreté relative des capteurs du goût, nettement inférieurs en nombre à ceux de la vue ou de l’odorat [...] La gastronomie occupe une place primordiale dans la vie humaine. Ne passe-t-on pas à table deux ou trois fois par jour, trois cent soixante-cinq jours de l’année, pendant toute une vie ? Serions-nous capables de faire l’amour trois fois par jour toute l’année et toute une vie ? »   Genou-7946.JPG

Claude Gudin, auteur de ces lignes, extraites d’ « Une histoire Naturelle des Sens » (voir chronique « Et si le 6ième sens était celui de l’humour » http://www.berthomeau.com/article-et-si-le-6ieme-sens-etait-celui-de-l-humour-mm-les-degustateurs-de-vin-devorez-une-histoire-naturelle-des-sens-49426553.html )démontre que l’on peut être savant et léger et que les culs pincés, dont je tairais le nom, seraient bien inspirés de mettre un soupçon de légèreté dans leur sérieux par trop pesant. Je lui redonne la parole afin d’assurer la transition « Il peut paraître surprenant que le goût, avec si peu de terminaisons nerveuses, ait pu conquérir un si grand champ sémantique de la perception des saveurs, des préférences et des aversions alimentaires étendu au désir en général (« avoir du goût pour »), aux inclinaisons alimentaires et amoureuses, aux préférences et aux jugements esthétiques. L’agueusie (absence de goût) est moins invalidante que la cécité et la surdité, et pourtant ce sens est d’une importance capitale, peut-être à cause de la fréquence de sa mise en jeu. Il y a dans le système nerveux central des liens étroits entre la gustation et le système de régulation de l’humeur (par l’intermédiaire du système ventral hypothalamo-limbique). Ainsi, le goût est un sans fortement imprégné d’affectivité et d’émotion. Un sens qui a force de loi et qui débouche sur une réponse affective, comportementale, d’acceptation ou de refus. On peut presque dire que le jugement gustatif annonce le jugement moral. »

 

Beau sujet de symposium ne trouvez-vous pas ? Mais tel n’est pas mon propos du jour, je reviendrai sur ce sujet dans une prochaine chronique à propos d’un groupe de vrais amateurs qui, autour d’Anne-Claude Leflaive, se sont efforcés de « désapprendre la dégustation ». Comme vous vous en doutez mon passage par la langue organe n’avait d’autre but que d’en venir à la langue, le langage véhicule de l’échange entre les hommes. Pour organiser des symposiums ou tout autre rassemblement d’humains pour débattre, échanger, manger et boire repose sur l’exigence minimale de s’appuyer sur un socle de compréhension commun : soit la langue « majoritaire », soit les langues des invités accompagnées de traduction simultanée. Avant d’en venir à la fonctionnalité du langage et surtout à son utilité, une citation d’Alain Rey dans le Dictionnaire Culturel de la langue française « LE ROBERT » : « Le discours philosophique séculaire n’a cessé de jouer sur les ambigüités et les contradictions de ce concept, le « langage » voué à se mordre la queue puisqu’on ne peut le « définir » qu’en employant ses propres pouvoirs. Le langage, faculté, aptitude, virtualité, est inobservable, ce qui le rend apte aux mythes et aux théologies ; il ne peut être appréhendé qu’à travers d’autres notions, de plus en plus perceptibles. La première est celle de « langue », que certains idiomes distinguent du « langage », d’autres non (anglais language), et que beaucoup affublent du nom de l’organe charnu et mobile qui se trouve dans la bouche (l’anglais lui-même a mother tongue, « langue maternelle »). Mais « la langue » est encore une abstraction, construite à partir d’un flux qu’on peut appeler discours soit vocal (parole, palabra, parola, speech), soit graphique (écriture, writing...)

Pour en revenir, sans noms d’oiseaux ou outrances langagières, à la langue officielle du symposium sur le Grenache, je vais faire dans l’extrême simplicité en distinguant 3 usages de la langue où chacun pourra retrouver ses petits sans jouer les donneurs de leçons. 

1-     La langue à usage commercial : c’est forcément celle du client. Simplement je fais remarquer à HB (pas Human Bomber mais Hervé Bizeul) que lors d’une grande présentation de vins américains à l’ambassade des USA à Paris où les braves producteurs californiens et d'autres régions viticoles étasuniennes affichaient en anglais désirer un importateur freenchie et ne présentaient que des documents de présentation de leur gamme qu'en anglais. Je me réjouis donc comme HB que nos exportateurs parlassent, non la langue de Shakespeare, mais tout bêtement l’anglais lorsqu’ils s'en vont vendre leur vin dans des contrées lointaines où cette langue est pratiquée ou sert de langue véhicule.

2-    La langue des États : c’est la langue officielle et l'on imagine mal notre flamboyant de Villepin prononçant son discours à l’ONU en anglais sous prétexte qu’il se trouvait aux USA (certes dans une enclave internationale). Plus prosaïquement, dans les négociations européennes (j’ai pratiqué au temps de Miss Tatcher) chaque représentant utilise son idiome national et les traductions sont simultanées. Les documents officiels sont traduits par des juristes-linguistes dans toutes les langues de l’UE. J’ai écrit dans la chronique qui a attiré l’ire de HB « Je suis profondément européen, ce que ne sont pas la majorité de nos amis anglais – c’est leur droit – le Traité de Rome est un acte majeur que trop de baragouineurs semblent bien facilement passer par pertes et profits. Résultat : alors que la langue française est une langue officielle les grisouilloux de la Commission ne se donnent même plus la peine de publier leurs torchons en français. Ça me fâche. Je suis pour la stricte égalité de traitement. » Je persiste et je signe. Nos amis québécois dans un océan anglophone font exister leur langue, la nôtre. Deux anecdotes rapides : j’ai eu un Ministre : Michel Rocard pratiquant un anglais impeccable qui s’auto-traduisait, très commode ; ensuite j’ai beaucoup discuté avec mes homologues anglais, où qu’ils fussent:à Londres à Bruxelles, à Paris  ils étaient toujours monolingues : la leur. Depuis je me rattrappe face aux monologues qui ne font aucun effort.

3-    La langue des colloques : pour moi celle qui doit être utilisée est celle dans laquelle les intervenants conceptualisent le mieux, rien n’est plus désagréable que d’entendre un sabir mal maîtrisé, du baragouinage besogneux ou pire la lecture d’un papier avec un accent à faire frémir le plus bienveillant des bienveillants. Je suis profondément admiratif à l’égard de certains de nos amis étrangers qui pratiquent un français de haute tenue. Chapeau bas ! Pour le questionnement même jurisprudence, ça évite bien des incompréhensions et l’utilisation de faux-amis. Dans le cas d'espèce je rappelle que mon seul souhait était que le programme soit rédigé dans les deux langues. Le reste, c'est-à-dire les élucubrations de HB sur mon refus de venir pour cause d'anglais obligatoire tiennent à sa mauvaise humeur que je ne me sois pas déplacé pour recueillir ses augustes paroles. Je plaisante bien sûr !  IMG00133.jpg

Reste l’after Work, là c’est la convivialité qui prime et chacun se débrouille avec son bagage. Pour ma part, comme je suis incorrigible j’adore me voir flanquer d’une adorable traductrice qui remédie, comme dirait le souriant HB, à ma bêtise crasse. C’est très agréable d’être idiot en référence à une « Ravissante idiote » bien sûr. Sans conclure, je me permets tout de même de conseiller au pourfendeur de mes modestes et parfois trop ironiques écrits de les lire d’abord, de tenter de les comprendre ensuite avant d’enfourcher des haridelles fourbues qui ne mènent nulle part. 

 

Hier matin mon hébergeur Overblog n'a pas envoyé le message habituel pour vous prévenir de la mise en ligne de ma chronique. Certains de vous s'en sont émus je les remercie de leur fidélité. Si cela se renouvelle à l'avenir il vous suffit d'aller sur www.berthomeau.com et vous pourrez ainsi lire mon impérissable prose. Désolé que vous ayiez ensuite reçu dans la journée 2 messages puis une newsletter vous prévenant de l'incident déjà réglé je ne suis qu'un petit locataire et suis à la merci du bon vouloir de mon hébergeur.  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

David Cobbold 08/06/2010 20:37



Cher Hervé, Je serais probablement venu si on m'avait invité plus tôt que deux ou trois jours avant l'évènement, car le sujet semble intéressant, mais là n'est pas l'essentiel. Evidemment, pour
débattre de la manière la plus large possible (et cela est très souhaitable), il faut une langue commune. Mais il suffit peut-être de dire que deux ou trois langues soient disponibles en
traduction, et chacun parlera dans la langue de son choix. L'essentiel étant d'écouter et de se faire entendre. C'était justement le sens de ma remarque à propos de Montesquieu, qui faisait
comprendre des choses "inaudibles" ou 'inacceptables" à son public en utilisant les yeux d'un étranger. Ce n'est pas une question d'époque que d'évoquer cela. Pour le reste, je défends la langue
français bien entendu, car je l'aime, mais bien loin de moi d'ériger des barrières autour d'un tel sujet. Je trouve souvent les québécois absurdes dans leur défense acharnée d'une
langue dont ils méconnaissent parfois les origines et les méandres. Savent-ils, par exemple, qu'au moins la moitié de la langue anglaise a une origine française ?


 



Alain Leygnier 08/06/2010 18:59



Un procédé aussi vieux que la polémique elle-même, consiste à attribuer à autrui une opinion que l'on s'acharne ensuite à matraquer. Peu élégant, mais efficace.



herve bizeul 08/06/2010 18:27



Cher David, ce commentaire me fascine, venant d'un anglophone particulièrement au courant des mentalités du monde du vin et expert en marketing...


Vouloir attirer de grands vignerons et de grands journalistes anglo saxons mais aussi de toute l'Europe ou des pays émergeants, en Province, pour discuter ensemble autour de tables rondes en
français est purement et simplement impensable, et tu le sais, tant sur le plan pratique que sur le plan marketing : on attire pas les mouches avec du vinaigre et personne ne serait venu si les
débats entre pro avaient été en Français. Tu le sais. Je le sais. FB le sait. Mais il tape, et dur, et viens jouer les victimes ensuite en m'insultant bien plus que je l'ai fait. Le débat est
public, chacun jugera...


Laisse t'on alors le Grenache aux Rhone rangers ? Aux hospices du Rhône en Californie ? Ne fait on rien ? Ne s'adapte t'on pas au monde dans lequel on vit, en se refermant encore et encore ? Tous
les vignerons parlent aujourd'hui plus ou moins bien l'anglais, pour les autres (dont moi), il y avait un traducteur dans chaque groupe afin de ne rien déformer et aider tous ceux qui avaient
quelque chose à dire. Et c'était parfait.


Penser aujourd'hui que la viticulture française peut survivre à la mondialisation sans parler anglais et rêver que les pro du vins apprennent tous le français c'est du Poujadisme à la petite
semaine. Nous ne sommes plus au temp de Montesquieu, la France ne domine plus le monde, il serait tant de s'adapter sous peine de perdre totalement vignes et vignerons. Et sans "adorable
traductrice", les dames qui ont un cerveau en s'en servent apprécieront...


Dommage que tu ne sois pas venu, tu aurais je pense apprécié et apporté ta compétence et ton regard aux débats.


P.S. : JB, avi d'apprendre que Rocard parlait anglais. J'aurais tellement déjà aimé comprendre ce qu'il disait déjà en Français...



David Cobbold 08/06/2010 16:50



Dire que l'anglais (ma langue maternelle et paternelle), tel qu'il est pratiqué dans des colloques (parlons ensemble) constitue, bien trop souvent, un appauvrissement de cette langue
est une banalité. Et je suis bien d'accord que l'arrogance des anglophones (de langue maternelle en tout cas) envers les autres langues dépasse, malheureusement, celle des francophones en
pareille situation.


C'est pour cela que je défendrai bien la position de JB par rapport a ces instances situées en France. La langue du pays doit primer, quitte à la traduire. Mais en le faisant bien.


Mais prenons aussi la position d'un Montesquieu, capable de regarder, avec étonnement et lucidité, des comportements parfois étranges de ses compatriotes (Les Persanes).


Je suis un peu navré de ce débat, comme souvent excessif, entre des personnes qui sont pourtant capables de se comprendre. Un Mal-Entendu, je crois, avant tout. Le vin mérite surtout que nous
l'aimons, et que nous passons sur ces petites choses, tout en en parlant, comme nous le faisons. Tout débat est sain, tant qu'il y reste de l'esprit.


Et bravo à Clermont !


 



Jacques Sallé 08/06/2010 12:02



Super ce papier sur la langue et ce classement en trois espèces. Il n'y manque qu'un seul élément : l'appauvrissement - ou l'enrichissement dans la transmutation d'une langue à l'autre. A ce
propos, je vous livre ma petite expérience éditoriale du passage de l'anglais au français et vice versa - je fais référence à la parution dans ces deux langues d'un même texte. Il
en résulte, statistiquement, une perte de 20% en moyenne, en calibrage, du français à l'anglais. Le français s'en trouve appauvri, et l'anglais enrichi. Ce fut le cas général dans le
"Larousse des Vins - Tous les Vins du Monde" et dans "VINTAGE".


Autre exemple : les guides de Robert Parker pour lesquels la traductrice (Annick de Scriba) doit faire preuve de beaucoup d'imagination pour comprendre ses notes en anglais et les traduire
ou, plus exactement, les adapter en français... Un énorme travail!


J'ai le sentiment que le français mérite d'être défendu : les francophones canadiens l'ont compris depuis longtemps en effet.



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