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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 07:00

Comme au rugby, le britannique ne renonce jamais. Passé le rush de la meute j'entrainai ma chère anglaise à un truc qui m'a toujours plié de rire : un cocktail sur un stand d'une grande institution (je ne donne pas de nom car je me ferais encore des amis). Moi j'adore ! Tout d'abord il faut montrer patte blanche pour pénétrer dans l'enclos - bien que moi, comme je suis connu comme le loup blanc, on me laisse entrer les mains dans les poches - enclos où, bien sûr, se pressent les happy few qui gravitent comme des planètes autour des hautes personnalités présentes. Presque toujours les mêmes (là ce n'est pas la peine que je donne des noms vous pouvez le faire tout seul) qui se bourrent de canapés et de petits fours, picolent du champagne ou du whisky (boissons syndicales) et, bien sûr, échangent de hautes pensées sur le devenir de notre planète ou, parfois, du lumbago qu'ils ont récolté après leur partie de tennis ou pire de golf. Je suis très mauvaise langue. Ce qui me plaît par dessus tout c'est que le chaland, celui qui traîne ses guêtres et des kilos de prospectus, qui cherche la dégustation gratuite, qu'en a plein les bottes, qui va mâchonner un mauvais sandwich en buvant de la bière dans un gobelet en plastic, au lieu de regarder le jeune veau, tout juste né, de Flambeuse la belle Normande aux yeux tendres, y zieute tout ce beau monde qui se fait des ronds de jambes. Parfois, je sens dans son regard comme des envies de... 

 

Revenons à Mary. Mon pince-fesses semble lui plaire. Elle écoute aux portes si je puis m'exprimer ainsi. Je sens que je vais en prendre pour mon grade. Tiens cette année, certains qui m'ignoraient l'année dernière me saluent. Bizarre vous avez dit bizarre... Moi je bois un hypocrite : du jus d'orange au champagne. Fendant la galaxie de plusieurs directeurs mon anglaise fond sur ma pauvre petite personne. « Vous les Français vous adorez jeter l'argent du contribuable par les fenêtres... » me susurre-t-elle perfidement. J'ai beau lui dire que des fenêtres y'en a guère Porte de Versailles, elle ne goûte pas mon humour qui n'a rien de britannique. Pourtant, l'air de rien, je lui porte une attaque à laquelle elle ne s'attendait pas. « Voyez-vous, chère amie, c'est moi, si je peux m'exprimer ainsi sans vous paraître un peu outrecuidant, qui ai privatisé le Salon de l'Agriculture... » puis l'estocade « et en plus ce sont des anglais qui ont failli l'acheter... » Là, la pauvre, telle une carpe du bassin du Château de Windsor, arrondit sa bouche, manquant d'air. Je me venge d'Azincourt, lui expliquant que le CENECA (un zinzin public dirigé par un fonctionnaire) perdant de l'argent à pleins tuyaux, nous les spécialistes des poches percées, les adorateurs des déficits,  avions sans coup férir mis fin à la gabegie. Le tonneau des Danaïdes s'était trouvé un fond, pas de pension, mais un fond tout de même.

 

La donzelle sonnée avait trouvé son maître. Elle se vengeait en razziant les éclairs au chocolat. Moi, faux-derche de lui dire  « et si nous allions faire un tour sur le stand de votre beau pays... » Déjà déconfite par ma perfidie de mercanti, elle sombrait dans la mélancolie. Et savez-vous ce qu'elle m'a dit quand on s'est retrouvé là-bas : « en tant qu'anglaise, je suis rouge de confusion devant l'échantillon de nos produits. On les dirait tout droit sortis du placard de ma grand-mère dans le seul but de confirmer le cliché selon lequel la Grande-Bretagne est une contrée barbare située loin au-delà des limites du monde culinaire connu... » Bien sûr, j'ai fondu face à une telle détresse et pour me faire pardonner ma méchanceté je l'ai emmené sur le stand du CIV (Centre Interprofessionnel des Viandes) et nous nous sommes offerts - pour être franc c'est eux qui nous l'ont offert - une entrecôte à la bordelaise avec une bonne Folle Noire de chez Mourat - le ragoûtant -  des coteaux de Mareuil. Après, comme on était un peu flapi, sous les arbres de l'Office des Forêts on s'est endormi pour une petite mariénée...

 

Rude journée pour la reine ! Au salon de l'agriculture la chaussure est l'outil essentiel pour tenir le coup. De ce côté-là mon anglaise est lourdement ferrée, le genre Méphisto en croute de cuir délavé. Sur le flanc de la descente, la Mary est une redoutable : elle écluse et distille en temps réel. Moi je suis plus douillet sur le liquide mais imbattable sur le solide. Après notre petite sieste nous déambulons dans les travées, sans but précis, au gré de nos envies. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le hall de l'Odyssée Végétale qui se veut le pendant du hall des bestiaux. En ce moment on se dirait au Salon de l'auto car les gars des céréales, du sucre, et bien sûr du colza y ne pensent plus qu'à la carburation. Roulez à l'huile de friture ! De mon temps les plaisantins foutaient du sucre dans le réservoir des gars qui pouvaient pas piffer et maintenant c'est tout ce qu'il y a de plus officiel, ça s'appelle le bioéthanol. Un de ces jours, y se pourrait que nous roulions au Bordeaux. Quand j'ose dire ça à mon anglaise elle me prend vraiment pour un fêlé. Merlot 33 aussi, c'est ainsi.

 

Juste après que j'eus prononcé ces fortes paroles nous sommes tombés sur une très bonne amie. Quand elle m'a vu avec mon anglaise elle l'avait un peu mauvaise car je lui dis toujours que le Salon ce n’est pas dans mes amours. Bon fallait que je trouve une dérivation : le terroir bien sûr ! On était à quelques encablures de l'huile d'olive. Mal m'en prit, voilà t'y pas que ma très chère amie se lance dans une diatribe où elle dit à Mary que tout cela est du freli frela car elle quand elle va à Carrefour : elle négative. Dans les caddies la plupart achètent du prix et que, comme le dit le Professeur je ne sais plus qui, l'ami de Michel H, les enfants obèses se recrutent dans les couches les plus défavorisées. Que c'est bien beau de se gargariser avec la qualité, l'authenticité, le terroir, mais qu'il faudrait quand même se préoccuper de ce que bouffent vraiment les gens. Arrêter de se raconter des histoires. Retrouver le lien avec la nourriture. Cesser d'interdire des trucs en disant qu'ils font mourir. Voir comment vivent les gens. Que, oui, l'ami de Michel H c'est le professeur Arnaud Basdevant. Moi, courageux comme un mec en présence de deux femmes qui discutent, je me suis discrètement esbigné, les laissant en plan, trouvant que ma journée au Salon était terminée. Je suis rentré en métro : la ligne 12.

 

 

Désolé je n'ai pas pu m'en empêcher : repasser les plats c'est un peu la tradition du Salon de l'Agriculture, non vous ne trouvez pas. Ces 4 chroniques dont je n'ai pas touché une ligne sauf à corriger les fautes d'orthographe (1-2-3-4) sur le Salon de l'Agriculture 2007, avaient trouvé leur origine dans la lecture d'un article du Daily Telegraph : Un anglais les pieds dans le terroir, sont à la fois le fruit de mes souvenirs de tout ces jours passés au Salon, inaugurations comprises, Ministre et Président compris, et, bien sûr aussi, un peu de mon imagination. J'espère ne pas vous avoir trop insupporté avec mes digressions mais, comme je suis persuadé que l'on peut traiter des questions importantes avec un peu de légèreté, je l'ai fait pour que les choses avancent, pour qu'on cesse de se payer de mots, surtout en ce temps où l'inflation des mots est de mise. Le bien manger, le bien vivre à la française, est un héritage qu'il ne faut pas se faire confisquer ni par les intégristes du terroir, ni par les faiseurs de nourriture hygiénique à soi disant deux balles... Quel beau challenge que de proposer au plus grand nombre des produits de qualité à un prix accessible pour leur porte-monnaie !

 

(1)  Aux culs des vaches avec une anglaise

(2)  Quelle est la profondeur des terroirs de France ?

(3)   La vengeance est un plat qui se mange froid

(4)   Avec Carrefour je négative

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 23/02/2011 11:23



@ Denis : Ce blog est un des plus fascinants de ceux existant en langue française et ayant, peu ou prou, le vin comme thème
central. C’est JB qui détermine ce qui « passe » ou pas et, si j’ai bien compris, il n’enlève que ce qui est franchement anonyme ou franchement grossier ou réellement de mauvaise foi.
J’ai moi-même exprimé l’idée (auto-censure) que je ne m’étendrais pas sur le thème de la bipolarisation (très française) du débat politique mais, ayant été – gentiment – interpellé sur le sujet,
j’ai précisé ma pensée. En outre, la politique est PARTOUT et c’est tant mieux. Enfin, si JB ou moi plus modestement – je n’ai ni son expérience ni son aura, et pas la nationalité française –
mettons cet échange de vues sur la place publique, c’est sans doute car nous croyons qu’il peut apporter quelque chose et s’ouvrir à d’autres intervenants, dont TOI. Sinon, on le garderait pour
des conversations plus privées : j’espère qu’il me rendra un jour visite dans mon antre vineuse et, en attendant cela, il ne m’a pas ajouté à la liste des indésirables sur son e-mail privé.
Qu’il en soit remercié. Peut-être aurons-nous l’occasion d’en discuter de vive voix sur ton île, d’ailleurs ?


Tu sais que les VRAIS décideurs, y compris pour toutes les matières agricoles, sont justement ces hauts fonctionnaires non-élus
(Strauss-Kahn, Lamy, Van Miert ....) du grand barnum européen ou mondial. Il n’est donc pas indifférent de s’intéresser un peu à leurs idées, leurs penchants, leurs intentions. Je pense que les
fameux think-tanks sont les outils les plus dangereux contre la démocratie participative et contre le bien-être des petits. Ils pourraient bien un jour sonner le glas des
wine-tanks (cuves de vin) dans les petits vignobles français.


Autre sujet : Tu te souviens de notre ami à tous, le vieux Joseph, bien entendu. Je vais le paraphraser : « La Folle
Noire, combien de divisions ? » ... ou bien : « Excelitas Technologies, quelle division ? ». Tu fais bien la pub de ton employeur, mon cochon ! Et je vais t’y
aider. Pour les non-initiés, Perkin-Elmer est une société connue, entre autres, pour la fabrication d’instruments de mesure de grande qualité dans le domaine des analyses et du développement des
sciences médicales (et vétérinaires), des techniques agricoles (oenologie p.e.) et autres. Souvent, mais pas exclusivement, l’analyse de la lumière (sous toutes ses formes) constitue une des
compétences nécessaires. Tu me corrigeras, hein Denis, c’est l’anniversaire de Jacques Séguéla, aujourd’hui,  pas le mien. Toutefois, je livre à nos
lecteurs ébahis la déclaration d’intention de ta société : « The name of the new company - Excelitas Technologies - reflects
our guiding principle - excellence is embodied in everything that we do ». Respect à toi.



JACQUES BERTHOMEAU 23/02/2011 11:28



Depuis que je modère suite à un délire anonyme d'un certain Y rien n'est passé à la trappe.



Denis Boireau 23/02/2011 10:10



Mon cher Jacques, votre espace est tres libre, mais laissons-le plus ouvert au vin qu'a la politique.


Juste un mot suite a votre question: pour moi, un homme de gauche ne peut pas etre un fervent partisant du capitalisme. Mais comme le plaisir du vin ca reste un point de vue personnel!



Denis Boireau 23/02/2011 09:47



Je ne veux pas m'immiscer dans le debat Luc/JB sur DSK, mais quand meme! Qui pourrait sans rire le qualifier d'homme de gauche?


Bon, revenons au vin: la Folle Noire de Bellet est vraiment celle qui doit etre appelee Folle Noire, selon son nom d'origine en Italie. Elle n'a rien a voir, ampelographiquement parlant, avec la
negrette. C'est pour cela que j'avais mis mon petit grain de sel dans ce blog pour demander que la negrette soit appelee negrette ou ragoutant, mais pas folle.


Luc, tes jeux de mots sur Perkin-Elmer sont tres fins mais plus d'actualite pour moi: ma division est ressortie de ce groupe et s'appelle desormais Excelitas Technologies.


 



JACQUES BERTHOMEAU 23/02/2011 09:51



C'est qui l'homme de gauche ?



Luc Charlier 22/02/2011 16:19



(Avertissement : cette petite réponse à Jacques Berthomeau mélange de l’humour grinçant et beaucoup de
nostalgie. On a raté une belle occasion. Il me semble néanmoins que tout n’est pas perdu.)


Je ne suis pas sûr que c’est l’endroit pour détailler mon opinion concernant un homme politique d’un pays souverain où je suis toléré
(l’ingérence n’est jamais un droit, pour moi). Non, je blague, il ne fallait alors pas que je la donne tout court, et puisque tu m’interroges, voici. D’abord, aucune haine, c’est un sentiment que
je ne nourris qu’exceptionnellement, et pas dans ce cas-ci. Mais le parcours du monsieur (HEC, Sciences-po, Chevènement après avoir été l’ami de Kessler, une affaire de non-lieu - comme presque
tous les politiques - dans un procès, puis le FMI avec sinon le soutien, au moins l’aval de votre président ...) ne me le fait pas ranger dans la ... droite ligne d’un homme de gauche comme je
les souhaite. Il n’est PAS un anti-capitaliste, moi bien. Idem pour sa femme, journaliste intelligente et très beaux yeux, mais pas la nouvelle Ibárruri non plus. Or, il me semble qu’il sera le
candidat du PS (vu de mon indigente expérience de la politique française), et donc le candidat de la « gauche » française. J’aurais préféré une femme (et pas la même qu’il y a 5 ans).
Voilà, hormis cela, il ne m’empêche pas de dormir.


Quant à notre subjonctif - il s’agissait du plus-que-parfait, les lecteurs dans leur
indulgence nous pardonneront - tu as raison : il fait « vieux jeu ». Je ne sais pas pourquoi, à chaque fois qu’une forme grammaticale compliquée existe, la langue française
s’ingénie à l’escamoter depuis une 30aine d’années. C’est une des seules dispositions du programme commun de la gauche qui ait vraiment été mise en application : (i) pas
l’amélioration des conditions de travail et de vie, (ii) pas la sécurité de l’emploi, (iii) pas la promotion des travailleurs, (iv) pas la libération des citoyens au moyen d’une décentralisation
profonde, (v) pas l’amélioration de la santé publique, de l’éducation nationale, du logement et du statut de la femme, (vi) pas les libertés individuelles, (vii) pas une politique de paix mais
BIEN : attribution à Jack Lang de tous les moyens nécessaires pour qu’aucun français de moins de 40 ans ne sache encore parler sa langue et l’écrire sans faute, pour que tous
« taguent » comme des chefs le maximum de surface disponible et que le rap, le hip-hop et le macdo envahissent la « PAF » (prolifération  automatique de la fainéantise).



Luc Charlier 22/02/2011 13:23



You’ve got no coffee that’s perkin’, Denis, chez toi, c’est l’Elmer. Voilà sans doute la raison de ta précision. On l’appelle aussi parfois le « dégoûtant », paraît-il. Et
à Bellet, leur folle noire serait aussi la négrette ? Galet en voit à Villemur (Tarn, superbe bourgade avec un excellent restau juste en dehors : la Ferme de Bernadou). Donc, outre les
Pyrénées et la Loire, nous voici également dans le Sud des Alpes et dans le Quercy. Les Etatsuniens semblent l’appeler le « Pinot de St Georges », si j’en crois les livres. Bon, on va
pas y passer la ... Nuits (avec « s »).



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