Lundi 3 septembre 2012 1 03 /09 /Sep /2012 10:50

 

HB

L’actualité prime sur le farniente : Hervé Bizeul a un fichu caractère, car il en a beaucoup de caractère le bougre, et nos passes d’armes sur mon espace de liberté ont parfois pris des allures de combats au sabre d’abordage. J’adore la belle castagne, sans coups bas, loyale, où tout à la fin les protagonistes déposent les gants et se serrent la main. Avec Hervé il en a toujours été ainsi et, celles et ceux qui nous croyaient fâchés après nos prises de bec en ont toujours été pour leurs frais. J’ai de l’estime et du respect pour son travail car Hervé est de ceux qui font et, croyez un vieil expert des Pyrénées-Orientales, il fallait de la moëlle et de la pugnacité pour s’implanter et réussir dans ce département en pleine décadence post-vdn.

 

En revanche, je l’avoue, pendant tout un temps, celui où j’étais sous le feu, la RVF, ne m’a jamais paru briller pour son avant-gardisme, sa capacité à capter les nouvelles tendances et à mettre en avant des vignerons border line, son courage dans les débats professionnels où ses rédacteurs étaient le plus souvent aux abonnés absents. Surtout ne pas choquer l’establishment, rester engoncé dans une conception très grands vins prout, prout ma chère, ignorer les vins roturiers, bref une vieille dame digne avec permanente, napperons sous les vases, guéridons enjuponnés et gâteaux secs incorporés. Bref, tout ça était bel et beau mais ne s’adressait plus qu’à un lectorat vieillissant alors, avec la foi des nouveaux convertis, la vaillance des ouvriers de la vingt-cinquième heure, la RVF s’est mise à la mode avec plus ou moins de bonheur. Tant mieux pour la cause du vin même si les gloses de Denis Saverot sur la loi Evin frisent souvent la bonne démagogie et que les blogueurs ne sont guère appréciés de la vieille dame rafraîchie.

 

Alors, je dois avouer que la lecture de l’article d’Antoine Gerbelle m’a laissé un sale petit goût de règlement de comptes à OK  organisateurs de salons en tout genre. Son titre « Peut-on juger en toute sérénité les vins du Roussillon ? » laisserait augurer d’une profonde réflexion de ce cher Antoine sur les évolutions qu’ont connu les vins du Roussillon. Mais tel n’est pas l’objectif du papier, il s’agit essentiellement de river le clou à Hervé, le renvoyer dans ses 18 mètres, lui brandir sous le nez un carton rouge : « Trublion de la blogosphère et figure du Roussillon, le vigneron Hervé Bizeul s’en prend aux commentaires de l’édition 2013 du Guide Vert de La RVF dans sa région. A-t-il raison ou pousse-t-il un peu trop loin le bouchon ? » Est-ce vraiment la bonne question ? J’en doute vraiment à la lecture du papier de ce cher Gerbelle qui après l’évocation des bisbilles avec Hervé se clôt par une bordée de méchancetés. Je cite :


« Mais l’inventeur de La Petite Sibérie vendue à plus de 200 euros la bouteille a suivi depuis une trajectoire difficilement lisible : un temps négociant soit disant équitable pour la grande distribution avec sa marque Walden, puis égaré sur les collines ventées du domaine de La Chique avec de gros volumes de petit vin à vendre, il a fini par manquer d’oxygène au point de céder une large part du capital de son Clos des Fées. Toutes ces péripéties ont fait de lui un homme pressé, qui ne voit dans les critiques qui lui sont adressées que des obstacles à son rêve de devenir le premier golden vigneron catalan. Il le confiait d’ailleurs à La RVF, en mars 2011 : « Il y a trois secrets pour réaliser un grand vin : l’argent, l’argent et l’argent », ajoutant un peu plus loin : « Si je ne bouge pas, je vais vivre pauvrement et mourir riche, comme un paysan. » Espérons pour lui qu’il a fait le bon calcul... »

 

Désolé Gerbelle moi je ne mange pas de ce pain-là. Comment un plumitif, dont je suis moi aussi, peut-il se permettre de juger la trajectoire d’Hervé ? Si elle n’est pas lisible Antoine Gerbelle c’est que tu ne sais pas lire et, qui plus est, de quel droit la qualifies-tu ainsi en alignant des qualifications outrageantes et désobligeantes ? Pour sûr, quand on a simplement le cul assis sur une chaise, ce que je suis moi aussi, on ne risque pas de s’égarer sur des sentiers difficiles. C’est plus pépère pour tailler un petit costar à un gars certes doté d’un sale caractère qui entreprend, se bat et cherche la réussite et la reconnaissance. À chacun sa philosophe mais, que je sache, le groupe Marie-Claire, actionnaire de la RVF, n’est pas à classer dans les tenants d’une économie solidaire pour petits vignerons en sandales : pas vrai le sieur Lubot grand maître du club de la Vendée entreprenante ! Bref, sans prendre parti, car je n’ai aucun parti à prendre dans l’histoire des échantillons du Guide Vert, cette façon de faire me déplaît et je l’écris. Oui, entre la RVF et Hervé Bizeul, en l’espèce j’ai choisi. Ce qui ne m’empêchera pas bien évidemment de titiller Hervé si l’occasion se présente. Du côté de la RVF, ce dont je suis certain, c’est que mes petits bruissements ne les troubleront guère : ils ont mieux à faire !

 

Je pars me baigner !

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Commentaires

Bonjour, dites donc çà castagne par chez vous ! Il y a comme un combat entre les capitalistes du vin et les ouvriers (les prolétaires) du vin ! Est ce que la politique a vraiment çà place dans les vignes où dans ce type de débat? Est ce que la vigne et le vin (quel qu'il soit) s'offrent à nous (l'ensemble des acteurs du secteur viti-vinicole) avec une étiquette politique ?

Commentaire n°1 posté par eric le 03/09/2012 à 11h34

désolé pour les coquilles

Commentaire n°2 posté par eric le 03/09/2012 à 11h35

Même les Sudéois s'y intéressent!

http://hlalau.skynetblogs.be/archive/2012/09/03/bizeul-la-rvf-tout-ca-un-commentaire.html

Alors, pour toi, doit-on aimer une région pour parler de ses vins?

Commentaire n°3 posté par Lalau le 03/09/2012 à 12h13

je ne sais à qui s'adresse votre question. Il suffir de boire et d'aimer le vin pour en parler ;)

Commentaire n°4 posté par eric le 03/09/2012 à 13h33

le principal c'est que gerbelle et bizeul soient toujours des amis de 30ans, ils l'affirment cryons les, c'est si rare une amitié sincère

Commentaire n°5 posté par bref le 03/09/2012 à 13h42

Je n'ai pas (encore) le plaisir de connaitre Hervé Bizeul, certains m'ont beaucoup parlé de lui, en des termes plus ou moins élogieux : j'attends de voir pour avoir un avis, il se pourrait même qu'il n'ait pas du tout envie de me rencontrer. Moi, je le connais quand même un peu parce que j'ai déjà rencontré ses vins (Le Clos des Fées et les Sorcières). Ils figurent même à ma carte (sauf la Petite Sibérie, parce que je n'ai plus de clientèle qui puisse acheter des vins à ce prix là, quand bien même je ne prendrais que 2 ou 3 Euros sur chaque col).

Mais je lis le commentaire de "Machine" dont j'ai déjà oublié le nom, que la postérité oublie dans quelques jours, semaines ou mois et qui répète comme une vérité absolue ce qui, à mon avis, n'était qu'un bon mot, un mot qui avait plutôt un "air de deux airs":

je re-cite : "Il le confiait d’ailleurs à La RVF, en mars 2011 : « Il y a trois secrets pour réaliser un grand vin : l’argent, l’argent et l’argent », ajoutant un peu plus loin : « Si je ne bouge pas, je vais vivre pauvrement et mourir riche, comme un paysan. » Espérons pour lui qu’il a fait le bon calcul... »

 Non, je ne connais pas encore Bizeul, mais en lisant ce que rapporte "Machine", j'ai vraiment envie de le rencontrer. Alors qu'elle, non, pas du tout

Commentaire n°6 posté par Sylvie Cadio le 03/09/2012 à 23h45

Chère Sylvie, je serais heureux de vous rencontrer, au domaine ou ailleurs. Je ne pense pas être "l'ogre prétentieux" que décrivent certains de mes détracteurs et je passe beaucoup de temps, au domaine, à expliquer mon travail et mes rêves. Donc, welcome.

Un mot sur "l'argent, l'argent, l'argent". Ce n'est pas un "bon mot" mais la réalité de notre métier. Pour bien travailler, il faut du matériel. Donc de l'argent. Sous ce matériel, il faut acheter ou planter des vignes. Encore de l'argent. Pour vinifier, il faut du matériel pour espérer simplement être au départ de la compétition. Pour élever, il faut du temps, pour vendre aussi, car personne ne nous attend quand on est comme moi au fin fond d'une région oubliée. Pour se déplacer, aller vers le client, il faut encore du temps et de l'argent, pour pourvoir aussi avoir quelqu'un, à votre place, qui travaille quand vous êtes sur la route. Et ça, c'est juste pour faire du vin. Pour espérer faire un "grand vin", il faut réfléchir tout ça sur une bonne dizaine d'années. C'est ainsi qu'une vieille blague court dans le monde du vin, celle des trois "secrets" du "grand" vin, en tout cas du vin de garde : l'argent, l'argent, l'argent. C'est sûr que quand on va de crus classés en déjeuners de presse, ce genre de considérations doit un peu vous passer au dessus de la tête. En fait, les journalistes de la RVF n'ont aucune idée de ce que vivent aujourd'hui, au quotidien, les vignerons.

Sur la deuxième phrase, je m'interrogeais, lors de mon interview, sur ma capacité, après avoir tout risqué et tout donné pendant quinze ans (tout, au domaine, appartient encore aux banques...), à risquer à nouveau tout, y compris le bien être de ma famille, pour tenter de courrir dans une catégorie "formule 1" où certains de mes concurrents directs au niveau mondial alignent des investissements de plusieurs dizaines de millions d'euros en bâiments, vignobles, marketing, publicité, etc. Peut-être valait-il, finalemement, lever un peu le pied et vivre, enfin, un peu mieux, en tout cas un peu plus sereinement. C'est cette réflexion qui m'a emmené à ouvrir mon capital à 100 de mes clients, ce qui me permet, aujourd'hui, de ne plus avoir peur, en particulier des jounralises, et de m'interroger sur la légitimité de leur compétence et sur le décalage entre ce qu'il disent et ce qu'ils fond.

Je pensais, naïvement, que la réussite de cette levée de fond, la première de ce genre dans le monde du vin, serait saluée et présentée comme une opportunité, pour des vignerons débutant et sans capitaux comme moi, de pouvoir espérer, dans leur vie physique, réaliser certains de leurs rêve. Je vois qu'aveuglé par des sentiments fort étranges, tout peut être déformé et sali. 

Tout ça ne me fait pas regretter un instant d'avoir rendu mon étoile...

Commentaire n°7 posté par herve bizeul le 04/09/2012 à 12h34

Merci Hervé de m'avoir répondu, et plus généralement à la communauté de notre Taulier. Il est vrai que chaque phrase, lorsqu'elle est sortie de son contexte n'a plus de sens que ce que le pisse-copie veut lui donner. Mais je réitère, je persiste et re-signe: il ne m'intéresse pas de rencontrer Madame RVF
Pour le reste les précurseurs ne sont que rarement compris. Il existe d'ailleurs une formule pour cela "nul n'est prophète en son pays"

Commentaire n°8 posté par S.Cadio le 04/09/2012 à 12h49

@Sylvie : Après les vendanges, organise 3 jours de libre pdt votre fermeture annuelle. Emmène Pépé Cad ici, on lui fera à manger, et rien que des choses qui lui conviennent – nous avons les mêmes soucis métaboliques. Il doit même rester quelques « vieux » Bordeaux dans ma cave perso. Je n’en bois plus jamais mais lui en est friand : ce sera « l’occasion qui fait le pochtron ». Et on rendra visite à Hervé Bizeul.

Nous avons des divergences de vue occasionnelles mais lui au moins il fait du vin du Roussillon, il dit ce qu’il croit penser (on ne sait jamais soi-même quelle est la part du conscient et celle de l’acte manqué dans nos comportements, moi y compris), et il continue à s’impliquer personnellement.

Et je ne suis plus allé à Vingrau depuis ... que je suis installé. J’ai continué à déguster ses vins, dont la majeure partie me plaisent toujours autant que quand j’avais une plume officielle, mais lui ne boit jamais les miens, peu exposés dans ce département. Ce sera l’occasion de lui en apporter deux ou trois, sans étoile au firmament, sans argent non plus mais avec la même passion que celle qui l’anime ! Tu auras compris que je me range de son côté, sans équivoque.

A deal ?

 

Commentaire n°9 posté par Luc Charlier le 04/09/2012 à 13h01

Excellente nouvelle. Cochon qui s'en dédie...;-)

Commentaire n°10 posté par herve bizeul le 04/09/2012 à 13h29

Mon cher Luc, il se pourrait bien que la fermeture soit de surcroît une fermeture définitive. Ce qui nous laissera ENCORE plus de temps pour venir vous voir, Christine et toi, Bizeul, et peut-être même quelques autres. Les vignes de novembre seront sans doute moins belles à regarder que celles de la fin d'été et j'espère que, comme ce fut le cas en novembre dernier tes photos du joli ptit couple bien vaillant que nous formons pépé Cad et moi seront tout aussi ratées

Commentaire n°11 posté par S.Cadio le 04/09/2012 à 13h38

Et le Taulier dans tout ça : Sylvie dites-moi à quelle date la maison ferme, j'espère pas définitivement, pour que je tienne parole ; Luc bonpour les vendanges faut que je vois car mon employeur semble vouloir que je bosse pour lui mais pour une virée dans les profondeurs des PO pourquoi pas, accompagné bien sûr

Réponse de JACQUES BERTHOMEAU le 04/09/2012 à 14h06

Pour la date mon cher Berthomeau je ne vous demande que le choix.

Ceci dit sans commune contrepèterie. Et quand bien même je devrais vous accueillir dans une caravane et devant un feu de camp, sachez que Pépé Cad sait AUSSI bien cuire les grillades. Vous viendrez avec votre bonne humeur et votre mauvais caractère. Nous pourrons en parler plus avant sur des voies plus privées

Bien à vous

(j'aime le "bien à vous" qui fera, je n'en doute pas, causer en dessous le petit peuple)

Commentaire n°12 posté par s.cadio le 04/09/2012 à 15h17

@Tous

1) La cave est prête et propre, le groupe de froid ne s’est pas grippé pendant l’hiver et mon oenologue chouchou (il a 25 ans de moins que moi et est jeune papa) vient de m’apporter les flacons propres pour les futurs échantillons, la levure (à vin blanc) que j’utilise pour mon rosé, depuis 8 ans et à mon entière satisfaction et .... rien d’autre. Quoi, pas d’enzymes, pas de perlimpinpin, pas de salsepareille ? Eh non !

Il ne reste que les caisses à vendange à descendre du grenier (198, j’en ai perdu 2 l’année passée, tombées du pick-up un jour de grand vent ...), sur mon dos et par une échelle de meunier. Hervé a raison, si j’avais de l’argent, il y aurait un treuil ou même un chariot élévateur.

2) Ça promet, le souk : mes fils du 13 au 20 septembre. Un sommelier belge, pays du chanteur Arno (Ostende), après le 20 et le Taulier à partir du 20 s’il le souhaite. Invitation officielle.

En goguette avec des VIP belges invités par l’interprofession le 29. Accueil de ma mère dès le 8 octobre. En « représentation » dans le Quercy vers le 26 octobre. Arrivée d’amis autrichiens le 30. Présence requise à Ostende mi-novembre et à Waterloo à la fin du mois. Ensuite, début de la taille le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas. C’est une tradition à Coume Majou, reprenant l’antienne des potaches de mon pays : « Grand Saint-Nicolas patron des escaliers/ Descendez par la rampe pour pas user vos pieds / Arrivé su’l’ palier, il fait un vol plané / Et va s’casser la gueule sur la planche du WC / Venez, venez, Saint-Nicolas ; Venez, venez, Saint-Nicolas / Venez, venez, venez Saint-Nicolas, prout de chat ! ». C’est beau, non.

3) Entretemps visite du tandem Cad.

 

Jean Ferrat avait raison : « Que c’est beau, la vie ! »

Commentaire n°13 posté par Luc Charlier le 04/09/2012 à 18h09

Dans mon esprit Waterloo est restée morne plaine.
A Ferrat j'ai toujours préféré Ferré et Ferrer, Grand Ma Cad confondait les trois.
Pour les caisses je crains de ne rien pouvoir faire pour t'aider (ni pour les déplacer ni pour les remplacer.
Quant à ton oenologue s'il a 25 ans de moins que toi il est bien jeune pour avoir déjà des enfants

 

Commentaire n°14 posté par s.cadio le 04/09/2012 à 19h37

Pour tous : je rapelle le proverbe , pour faire une petite fortune dans le vins , il suffit de partir d'une grande ...

A bon entendeur ,salut

PS. les sous , c'est vrai que ça aide pour vinifier , élever , et vendre ...

Commentaire n°15 posté par dopey le 05/09/2012 à 13h36

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