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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 00:09

Le livre est paru en fin 1958, mon compteur affichait 10 ans et de Gaulle venait de renvoyer le père Coty en Normandie pendant que l’amer Michel Debré pondait la Constitution de La Ve République. « Je vous ai compris lançait le 4 juin, «  jours après son investiture, le Général au balcon du gouvernement général d’Alger… » La foule crie, applaudit, mais entend-elle, comprend-elle ce que le futur chef de l’Etat est en train de dire, le chemin qu’il prend et qui verra avec les accords d’Evian un dénouement que peu d’entre eux n’envisageait.


Si vous avez 10 petites minutes visionnez la vidéo et vous comprendrez que sur ce forum d’Alger où se mêlait le petit peuple « des français d’Algérie » et « ceux d’origine musulmane » qui n’avaient pas les mêmes droits que les premiers espéraient encore une communauté de destin qui ne résistera pas au vent de l’Histoire.


Nous l’avons écouté avec mon père à la radio, pendant que ma mère espérait que de Gaulle allait mettre un terme à cette guerre sans nom pour que mon grand frère Alain puisse quitter son piton à la frontière tunisienne face à la fameuse ligne Morice électrifiée pour empêcher les infiltrations des « fellaghas »


En écrivant ces lignes j’ai le sentiment que tout le monde, ou presque, a oublié ce temps où nous étions angoissés pour la vie de nos frères. C’était le temps du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes auquel succédera, en grande partie du fait de notre incapacité à générer des élites dans les pays décolonisés, à des pouvoirs durs. J’ai vécu deux ans dans l’Algérie de Boumediene dominée par l’omnipotence de l’armée et je puis témoigner que le peuple algérien n’a jamais vraiment pu disposer de son destin.


Nous allions entrer dans la décennie des Sixties, celle du grand basculement sociétal où mai 68 ne fut qu’un épiphénomène. Pour ce qui concerne le vin, la boisson-totem, le vin de tous les jours des classes laborieuses il allait lui aussi suivre les évolutions de la société : le déclin du nombre d’agriculteurs, l’érosion et l’évolution de la classe ouvrière, la montée en puissance des cols blancs et des bureaucrates.


En 1958, les vins fins, les vins bouchés sont le privilège de la classe dirigeante, des bourgeois des villes, et ils ne pèsent pas très lourds dans la consommation des ménages. Alors les grands amateurs sont un club fermé qui cultive un langage qui se veut raffiner et qui nous apparaît aujourd’hui désuet et compassé.


Mais si les ordres de grandeurs se sont radicalement inversées entre le vin de table et ceux d’appellation les grands amateurs semblent, pour certains d’entre eux, restés accrochés au modèle initial. Ils sont dans l’Olympe, au-dessus du commun, sûr de leur supériorité, confit dans leurs certitudes. Bien sûr,  sous les coups de boutoir des jeunes fous, ou de moins jeunes tel notre ami Denis, les lignes bougent et les vieux bonzes concèdent de plus en plus de terrain. Même que certains se mettent à courir derrière eux pour faire oublier leur ostracisme suffisant.


Donc le livre dont je publie la préface ci-dessous est un livre raffiné, bien écrit, couronné du Prix de l’Office International du Vin. Pour l’heure j’en tairais le nom de l’auteur et le titre pour y revenir dans une prochaine chronique.


Habit_vert.jpg

 

Cette préface est signée de la main d’un académicien, homme de lettres jouissant à l’époque d’une certaine notoriété et dont aujourd’hui l’œuvre est tombée dans l’oubli. Comme je suis facétieux je ferai silence sur son nom pour tester votre capacité à résoudre une petite énigme : anglophile son nom, sous une orthographe différente, évoque un ancien Premier Ministre de la République et l’une de ses œuvres fait référence « aux silences »


Je m’en tiens là. Bonne lecture. Je suis aujourd’hui à Nantes toujours pour mes vaches mais aussi pour goûter la cuisine d’un autre Berthomeau.


« Un ami suisse dont la famille cultive un vignoble dans le canton de Vaud m’a raconté l’histoire suivante : Un jour comme il rentrait avec un camarade d’une longue promenade en montagne son père lui dit :

 

-        Venez tous deux dans la cave, je vous ferai goûter la nouvelle récolte.


Solennellement, devant les fûts immenses, il offrit aux deux garçons le vin de l’année. Ils avaient soif et burent d’un trait. Le père s’indigna :


-        Assez, dit-il. Si vous buvez pour vous désaltérer, il y a une fontaine dans la cour.


Ce père avait raison. Un véritable amateur de vin ne boit pas pour se désaltérer. Il hume le parfum ; il analyse une saveur ; il jouit d’une œuvre d’art. Qui ne comprend cela n’est pas digne du vin. J’aime à entendre de savants dégustateurs parler, avec une ferveur toute religieuse, d’une grande bouteille. Le vin leur dicte de belles et surprenantes images.


-        Il a de la cuisse, il a du panorama… Il a le chapeau sur l’oreille.


Les civilisations du vin sont fines et délicates. C’est qu’elles respectent les plus précieuses valeurs humaines : le temps, la patience, le goût, le jugement. Le dégustateur de qualité acquiert nécessairement le sens des nuances. Il devient un artiste. L’auteur de ce charmant livre en est un exemple excellent. Il écrit avec grâce parce qu’il exprime avec naturel des sensations fortes et vraies. » Chaque sens, dit-il, est l’occasion d’un art. » Il l’a prouvé. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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Aredius 25/02/2014 14:34


André Maurois et Les silences du colonel Bramble.


http://quoras-tu-chabat.hautetfort.com/archive/2011/08/30/le-domaine-d-essendieras-a-cote-d-excideuil.html


Je me souviens de l'époque où André Maurois venait sur les terres de sa seconde épouse à Essendiéras à côté d'Excideuil. Il y recevait de nombreux écrivains. Puis la terre fut transformée en
plantations de pommiers sous le propriétaire suivant, Sylvain Floirat qui était natif de Nailhac, patron de la Sofirad.


Et aujourd'hui c'est un néerlandais qui a repris le domaine.

Jean-Marie Faivre 25/02/2014 11:01


André Maurois, auteur de Les silences du colonel Bramble, très présent dans les bibliothéques des internats de lycée.

Gérard Poirot 25/02/2014 09:13


A travers le cristal. Préface d'André Maurois. Propos liminaire de Georges Rozet. Illustrations de Luc BARBIER.


ORIZET (Louis) et Luc
BARBIER.


Date d'édition : 1955

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