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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 00:09

Les purs buveurs d’eau tout comme les hydrophobes militants me saoulent grave car je déteste les poseurs d’oukases. Pourquoi se priver d’un bon verre de vin pour faire couler la miette ou d’un bon verre d’eau fraîche pour se rafraîchir ? Rien ne le justifie sauf des raisons médicales ou une forme de crétinisme militant. L’interprétation favorable au vin de la célèbre phrase de Louis Pasteur « Le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons » est à relativiser car elle ne vaut que parce qu’à l’époque l’eau potable était rare. À trop vouloir prouver on s’expose à des prises de manche de râteau dans la gueule du type de celle que nous balance la Mireille Matthieu du coaching télévisuel : j’ai nommé  Christelle Ballestrero qui a de nouveau sévit au cours de l'émission Télématin en empruntant le versant médical de la consommation : boire du vin ferait grossir? Débat inepte puisqu’en effet comme me le faisait remarquer un grand prof de médecine, qui pouvait se le permettre car il y était passé : « Il n’y avait pas d’obèse à Mauthausen ». En effet, manger et boire au-delà des calories nécessaires fait grossir. Dans ma Vendée profonde les vieux pochtrons étaient aussi secs que des sarments de vigne.

 

Tout ça pour vous dire que ce matin je vais vous offrir un bel hommage à l’eau par le truchement d’un érudit des champs : Elisée Reclus (1830-1905) géographe anarchiste internationalement reconnu qui, dans son petit livre Histoire d’un ruisseau, glisse de la poésie dans la géographie. Comme le fait remarquer Jean Cornuault dans son Introduction le choix par Elisée Reclus du ruisseau pour nous parler de l’eau répond aux qualités de celui-ci. Il en retient trois qui me plaisent énormément :

- le ruisseau permet de faire de la géographie près de chez soi,

- le « simple » ruisseau ne paie pas de mine,

- le ruisseau isolé, l’ »humble courant » se joignant à d’autres fait de grandes rivières.

 

Et puisque l’origine d’un ruisseau c’est sa SOURCE je vous propose de lire le premier paragraphe du livre d’Elisée Reclus chez Infolio www.infolio.ch

 

« L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ; elle aussi est un monde comme les astres énormes qui roulent dans les cieux, et son orbite se développe de cycle en cycle par un mouvement sans repos. »

reclus_dessin.jpg

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

le petit télégraphiste 11/03/2011 09:42






Vignerons d'Oléron Il est vrai qu'on prend un agréable
plaisir à lire cet extrait du livre d’Elisée Reclus.

Il y a 17 minutes · J’aimeJe n’aime plus




natoli 11/03/2011 08:38



Cher Monsieur Berthomeau,


Juste un petit éclairage supplémentaire sur la cohabitation de l'eau et du vin. En desprogien convaincu, vous avez certainement déjà utilisé ce texte magnifique tiré des "chroniques de la haine
ordinaire". Il est nommé "l'aquaphile" et je vous engage à le retrouver sur tout site normalement constitué.


Jean Natoli






"J’étais littéralement fou de cette femme…


Pour elle, aux soirs d’usure casanière où la routine alourdit les élans familiers en érodant à coeur les envies conjugales, je me voyais avec effroi quittant la
mère de mes enfants, mes enfants eux-mêmes, mon chat primordial, et même la cave voûtée humide et pâle qui sent le vieux bois, le liège et le sarment brisé, ma cave indispensable et secrète où
je parle à mon vin quand ma tête est malade, et qu’on n’éclaire qu’à la bougie, pour le respect frileux des traditions perdues et de la vie qui court dans les mille flacons aux noms magiques de
châteaux occitans et de maisons burgondes…


En sa présence, il n’était pas rare que je gaudriolasse ainsi sans finesse, dans l’espoir flou d’abriter sous mon nez rouge l’émoi profond d’être avec elle. Elle
avait souvent la bonté d’en rire, exhibant soudain ses clinquantes canines dans un éclair blanc suraigu qui me mordait le coeur. J’en étais fou, vous dis-je.


Ce 16 octobre donc, je l’emmenai déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables, au fond d’une impasse endormie du XVème où j’ai
mes habitudes. Je nous revois, dégustant de moelleux bolets noirs en célébrant l’automne, romantiques et graves, d’une gravité d’amants crépusculaires…


J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé. J’avais commandé un Figeac 71, mon saint-émilion préféré. Introuvable. Sublime.
Rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si
grand que Dieu existe à sa seule vue.


Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée."


 Pierre Desproges - Chroniques de la haine ordinaire 




JACQUES BERTHOMEAU 11/03/2011 08:51



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