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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 00:09

Chablis 034

 

Sans tomber dans l’image facile il est incontestable que dans le petit monde du vin « la biodynamie » sent le soufre, elle déchaîne les passions, provoque des jugements péremptoires et définitifs, clive bien plus que le bios, fait voler des noms d’oiseaux au-dessus de la tête de ceux qui la pratiquent, ses adeptes dit-on pour bien leur coller une étiquette de secte.

 

J’avoue que moi je ne mange pas de ce pain-là pétri trop souvent dans les fiches techniques des grandes firmes de l’agrochimie et de l’agrofourniture. Loin des rubans lisses et impeccablement goudronnés j’aime les chemins de traverse profonds, secrets et mystérieux, façonnés par les pas des hommes et des bêtes de leur charroi, car ils me permettent de redonner au temps sa dimension humaine.


« Au village sans prétention, j'ai mauvaise réputation

Qu' je me démène ou qu' je reste coi, je passe pour un je-ne-sais-quoi.

Je ne fais pourtant de tort à personne, en suivant mon chemin de petit bonhomme

Mais les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux... » chantait Brassens.

 

La semaine passée mon village était Courgis et mes vignes celles d’Alice et Olivier de Moor, de Thomas Pico et des Brocard père&fils… Bio, biodynamique et même pour les derniers une partie non reconvertie. Qu’importe ! L’important c’est de revenir à des pratiques plus respectueuses de l’environnement, des sols, des vignes et des vignerons eux-mêmes.

 

Loin de moi les batailles de chapelles mais il y a longtemps que j’ai choisi le labour contre le round up, les vignerons qui doutent et cherchent, sans oukases mais avec ténacité et une capacité inépuisable à se remettre en question. Allez donc passer, comme moi, une journée entière dans les vignes et dans le chai d’Alice et Olivier de Moor et je suis persuadé que beaucoup de vos préventions seront levées.

 

Mais ce matin je ne suis pas là pour tresser des couronnes de lauriers à mes amis, ça ferait jaser : copinage dira-t-on. J’assume bien sûr et je n’ai pas besoin, comme certains, de m’affubler de faux-nez pour le faire.

 

Ce qui m’amène à tourner autour du pot du bio c’est le loup.


En effet, dans mes lectures matinales j’ai découvert ce titre « Délicieuses aubaines en biodynamie » par David Santerre qui déclare « Quelques-uns des meilleurs vins à moins de 25 $ disponibles en SAQ depuis quelques années sont l’œuvre d’un Montréalais. Qui est-il? »

 

« Alain Rochard, propriétaire du vénérable restaurant Continental, depuis plus de 20 ans dans le Plateau-Mont-Royal, est depuis le début des années 2000 propriétaire d’un chouette domaine de 18 hectares dans le Minervois, dans le Languedoc. Une propriété qu’il a rachetée après quelques années de formation en viticulture et de patiente recherche de l’endroit idéal où il irait bichonner sa vigne. Avec ses associés, il a jeté son dévolu sur ce lopin de terre qu’il a baptisé le domaine du Loup Blanc.

 

Ses vins, aux étiquettes rappelant les contes de notre enfance, Mère grand, Méchant loup ou Petit chaperon rose, sont faits de raisins cultivés en agriculture biologique et biodynamique et Alain n’hésite pas à parfois délaisser l’appellation Minervois pour produire des vins plus singuliers, issus de cépages non traditionnels de l’appellation. Ils porteront les mentions d'Indication géographique protégée Aude Val de Cesse, ou de vin de France, selon le cas. »link


 

Et dans ma tête un peu folâtre me revenait ce texte signé JMG dans le Rouge&Blanc «  au milieu d’un océan de vignes désherbées chimiquement c’est presque un jeu d’enfant de retrouver celles de Thomas Pico : géranium sauvage, mouron, cardamine, séneçon, liseron, coquelicot, vesce et autres muscari et boutons d’or cohabitent entre les ceps. Le domaine de Pattes de Loup compte 2,40  ha en appellation Chablis, dont 40 ares plantés sur le 1er Cru Montmain (ici sans s) dans les années 60 par Gilbert Race le grand-père maternel. »


 Justine-2726_dpp.png

 

Et de titrer « un jeune loup qui épate ! ».

 

Thomas, l’enfant de Courgis, sensibilité à fleur de peau, est tout sauf un jeune loup, c’est un jeune homme qui a fait des choix courageux, les défends bec et ongles face à un écosystème Chablisien bien installé dans ses certitudes. Rien ne vaut le regard d’un autre jeune, Egmont Labadie, qui a recueilli dans Terres de Vins en mars 2013 les propos de Thomas Pico « Un club de dégustation m’a dit que mon Chablis n’est pas typique, que c’est du Jurançon ! », raconte Thomas Pico. « Mais est-ce qu’ils sont faciles à boire, les pinards qu’ils ont bien notés?» Teigne au cœur tendre, qui a su imposer à son père l’odyssée vers le naturel, Thomas revendique « des vignes en bio, vendangées à la main, des raisins récoltés mûrs, un vin pas levuré, pas collé, pas filtré, et ce serait moins typique qu’un Chablis pâle, vert, sulfité et filtré à mort, récolté en sous maturité pour faire croire qu’il est minéral ? »

 

Pour ce matin je n’irai pas au-delà sur Thomas. Je reviendrai, à tête reposée, vers ses vins dans une prochaine chronique.

 

Je reviens à notre Québécois Alain Rochard et à ses associés link

 

C’est un biodynamique « Pour préserver la nature qui nous entoure, le bon sens et l’observation nous guident. Notre priorité est accordée à la vigne pour que la matière première soit de la plus haute qualité possible. Le vin de terroir est le produit de 3 éléments indissociables que sont le sol, le climat et le cépage. Pour faire parler ce terroir il est essentiel que les sols soient vivants.

 

Nous nous sommes logiquement orientés vers l'Agriculture Biologique et une vinification la plus naturelle possible. Les vendanges sont entièrement manuelles. A la vigne comme à la cave, aucun produit chimique de synthèse n’est utilisé et le désherbage est mécanique.

 

Nous pratiquons l’Agriculture Biologique depuis 2005 et nous sommes contrôlés depuis 2007 par Ecocert.

 

Pour aller encore plus loin dans notre recherche du vivant et du lien de la vigne à son environnement, nous pratiquons la biodynamie pour choisir au mieux les périodes correspondantes aux interventions sur le sol (labours, plantation, buttage, binage) et sur la plante (pulvérisation, taille, récolte). Toutes nos mises en bouteille se font en jours fruits.

 

La Biodiversité fait également partie de nos engagements : nous sommes heureux d’accueillir sur nos terres 50 ruches et nous participons à la réintégration de l’Aigle de Bonnelli dans son environnement Méditerranéen. »  

 

J’en reviens au choix de notre Québécois que je remercie du coup de main :


 loup_blanc--2-.png

 

« La cuvée Les trois p’tits C 2011, toute chaudement arrivée sur les tablettes de nombreuses succursales de notre monopole cette semaine, en est un bel exemple.

 

Je me souviens de mes premières dégustations de ce vin populaire, fait du singulier assemblage des cépages espagnols carignan, grenache, tempranillo et alicante bouchet. Il y a cinq ou six ans, je le considérais comme un vin délicieux, charmeur, mais plus charnu que raffiné.

 

Force est d’admettre qu’avec le 2011, on est ailleurs. On a considérablement évolué vers un vin toujours d’une belle amplitude mais au fruit noir (cassis, mure) plus pur et croquant, plus frais et plus délicat dans lequel on décèle même une certaine minéralité. Les tannins sont soyeux. Bref, un vin complexe certes, mais surtout facile d’approche, gouleyant à souhait, sans lourdeur, dont on ne se lasse pas. À boire sur des filets d’agneau aux herbes.

 

Aussi parmi les nouveaux arrivages du Loup, la «petite» cuvée, Soif de loup, issue d’un assemblage différent. Généralement plus floral, épicé, pimpant, c’est le vin de soif de la maison. Pour les plateaux de charcuteries et à peu près toutes les viandes et légumes qui sortent de votre BBQ. À ce prix, votre vin de tous les jours ! »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

olivier de moor 26/08/2013 10:12


Bon, j'avais écrit une réponse assez longue et puis perdue dans le méandre de mes manips....


Une monoculture en chimie, bio, biodynamie devient clairement ingérable écologiquement. Cette concentration générée par les appellation et cela d'autant plus qu'elle est prestigieuse, étendue et
concentrée donc, est d'une absurdité agronomique, agricole, écologique, et humaine.


La chimie, le soufre le cuivre, les plantes orties, prêle, tisanes, décoctions, racine de rhubarbe, écorce de bourdaine, limonème, huiles essentieles, préparats divers 500, 501, les d7 de thuya
si tout cela peut aider ponctuellement, cela ne nous permet pas de résoudre notre fuite en avant, et nous allons je le pense droit dans le mur...


Un petit signe: notre vignoble ici perd 5% des pieds chaque année. Je rappelle qu'ici encore le phylloxera avait mis trente ans à éffondrer notre vignoble.


Mais à l'époque, nous avions mis les moyens pour trouver des solutions...


Je n'en vois pas. 


 

Alain Drillat 24/08/2013 23:05


Juste pour revenir sur la célèbre histoire de couper les arbres en lune "montante" ou "descendante". Une remarque : est-ce que cette "constatation" a été faite ailleurs que chez nous ? Parce que
des paysans, et des bons hein, de ceusses qui observent le monde qui les entoure et qui ont une grande mémoire - par ex les Dogons* - on en trouve en Asie, en Afrique, en Amérique, en Australie,
et ??? rien, nada, que tchi, pas d'influence de la lune sur la croissance des plantes.


... (ça c'est pour le temps de la réflexion)


Bizarre non ? Quels piètres observateurs ce sont !!!! Ou alors...


Alain Drillat


* les Dogons savent que Sirius a un compagnon. Et effectivement c'est un système d'étoile double. Sauf que (au moins aujourd'hui) le compagnon n'est pas visible à l'oeil nu. Mais les astronomes
disent que ce n'est pas impossible que la distance entre les deux étoiles ait été plus grande dans des temps historiques lointains et ait été observable. Sauf que ce sont des temps trèèèèssss
lointains. Mais la mémoire chez les Dogons c'est quelque chose. Faut dire que chez eux on s'amuse pas tous les jours : la principale fête a lieu tout les 49 ans. (Et on atteint l'âge adulte à 42
ans : avant cela on n'a pas le droit de prendre la parole en assemblée - ou plutôt on n'écoute pas ce que vous dites. A méditer ???...)

Luc Charlier 23/08/2013 11:50


@Denis : tu sais qu’on t’adore. Il y a en toi une dualité rare. Tu es une des personnes les plus intègres et honnêtes que j’aie rencontrées (mon père était comme toi, sur ce point). Donc,
pas de compromis et rarement tu transiges.


... mais, dans ton subconscient il y a un petit quelque chose qui dérape dès qu’il s’agit des vins que tu aimes. Tu trouveras bons certains vins – qui le sont sans doute d’ailleurs – car ils
appartiennent à tel ou tel courant, et tu oublieras un grand nombre d’autres que tu as trouvés bons également, car ils étaient – pauvrettes ! – sans appartenance particulière. Je vais te
surprendre, mais je bois souvent des vins « biodyn » qui sont bons, et cela ne me dérange nullement.


Autre chose : j’ai écrit des dizaines de fois depuis 20 ans que la majorité des vignerons se réclamant de la biodyn n’avaient jamais lu Steiner, et certainement pas dans le texte original.
Sa prose est d’ailleurs indigeste (très « allemand du 19ème siècle ») et les traductions françaises sont souvent incomplètes et imparfaites. Donc, pas d’agglomérat chez moi
mais ... ce sont quand même les amis de Rudolf qui sont venus jeter des projectiles dans mes fenêtres, comme ils me l’avaient d’ailleurs promis.


Il faudrait donc se mettre d’accord sur les termes : si on est « en biodynamie », on applique  les « recettes » steineriennes et on est certifié. Si on est « en
bio » (organic farming) on suit la charte et on se fait certifier. Moi, je « colle » en tout point aux exigences du cahier des charges... mais ne réclame pas le label et
ne dis donc pas que je suis un organic farmer.


 


A fortiori, nous avons mis « La Loute » 2012 en bouteille hier (664 cols seulement !!!) et elle est délicieuse, avec l’analyse suivante : SO2 total < 10 mg/l , SO2
libre < 7 mg/l, SO2 actif = 0.19 ( ?? ), volatile = 0.57 g/l, alcool : 14,49 vol %, sucres réducteurs (y compris les non-fermentescibles) = 1,4 gr/l,  pH = 3.31, CO2 en
mg/l = 419 et plus d’acide malique détectable. Elle n’a pas été collée, ni filtrée. J’avais « mis » 6 gr / hl de solution à l’encuvage (c’est mon standard) mais mon flacon était sans
doute un peu détitré (du 18 % à l’origine). Mais je ne dis pas que c’est un vin « nature » (normal, je le trouve bon, LOL !).

Sonia Lopez Calleja 23/08/2013 11:35


JMG sont les initiales de Jean-Marc Gatteron, rédacteur et dégustateur de la Revue le Rouge & le Blanc.

JACQUES BERTHOMEAU 23/08/2013 11:36



Merci Sonia Gatteron pas Gaperon 



Denis Boireau 23/08/2013 10:50


Quelques remarques en vrac pour relancer le débat bio/biodynamie:


Je constate que ces 2 dernières décennies la grande majorité des vins qui m'ont plu venaient de
biodynamistes. J'admets qu'ils puissent appliquer leurs bonnes pratiques en partie pour de mauvaises raisons, mais qu’on les laisse tranquilles avec ça!


Que Steiner ait été déjà complètement incompétent ne me gêne nullement. En fait je n’ai rencontré qu’un
seul biodynamiste qui ait fait référence à Steiner. En général ils s’en foutent. Le rapprochement que fait Luc entre biodynamie chez les vignerons et sectes Steineriennes est très exagéré.


Notons que Steiner a pondu son
anthroposophie des décennies après que Hegel, Marx, Nietzsche et d’autres soient passés par là. Une théosophie (une de plus) était donc déjà largement obsolète. Un peu comme si de nos jours on
voulait proposer l’alchimie comme science…


Autre truc amusant : ses fameuses conférences sur l’agriculture étaient destinées à faire retrouver
du rendement aux agriculteurs Allemands. L’idée initiale était donc productiviste!


La certification n’est qu’un argument commercial. Luc a raison, pas besoin d’y revenir. Un exemple
éclatant nous en est proposé par le vin certifié Demeter de Gérard Bertrand : aucun caractère de vin bio ou biody, vin complétement boisé, international, sans âme, techniquement parfait,
indifférentiable d’un produit de Californie ou d’Australie.

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