Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 00:09

Lorsque les éléments naturels se déchaînent avec soudaineté et violence nous nous trouvons démunis, impuissants, nous subissons, et ceux qui sont en première ligne, les cultivateurs – j’emploie à dessein ce nom oublié – sont les premiers touchés très durement puisque c’est leur récolte, le fruit d’une année de leur travail qui disparaît en tout ou en partie. Hier, ce fut tout particulièrement les vignes de la côte de beaune qui eurent à subir les ravages des orages, de la grêle et du vent. C’est la désolation. Nos mots sont toujours impuissants à traduire ce que nous souhaiterions pouvoir dire face au malheur de ceux qui sont touchés par ces calamités.


Alors que faire ? Se taire. Dans un monde d’indifférence il est pourtant  important d’avoir une pensée, un geste d’amitié, simple et discret. Même si ça se situait dans un tout autre registre lundi j’ai accompagné Olivier Ameisen en sa dernière terre, nous n’étions guère nombreux, je ne connaissais personne mais être là, témoigner par sa simple présence auprès de ceux qui l'aimaient, ça me paraît important. C’est ce que j'essaie de faire ce matin. Moi qui chronique chaque matin sur le vin, je me tiens auprès de vous vignerons que je ne connais pas, le plus simplement et le plus discrètement possible.


Je le fais donc à ma manière en republiant une chronique du 2 août 2011 « On entend comme le roulement d’un train lancé à toute vapeur « C’est ce que je disais ; c’est plus de la pluie ; v’là la grêle »link extraite du livre « Moi, je suis vigneron » d’André Lagrange, un bourguignon né en 1909 à Chagny (Saône-et-Loire) d’une lignée de vignerons de la côte chalonnaise, publié en 1960. »


photo236.JPG 

 

« Le Toine bricole à son établi, devant la fenêtre du magasin ; il remet des manches à ses pioches. D’un œil, il regarde son travail, de l’autre, le Mont-Juillet, qui s’empanache de traînées d’un violet sombre. L’inquiétude le ronge : fin juillet, c’est la période la plus redoutable pour les orages, avec les environs du quinze août.

- « Pardi ! hier, c’était la Madeleine ; elle a pas fait sa fête ; des fois que nous, on pourrait ben, malgré nous, la faire aujourd’hui ! On a bougrement raison de dire :

« La Madeleine

Ne passe pas sans son étrenne ! »

Hélas ! Elle pourrait donc pas les garder pour elle, ses lugubres cadeaux ? Maudite pécheresse ! Elle sème à tous les vents le malheur de sa honte ; elle fait dégouliner, tout au long du ciel, ses larmes grosses comme des œufs ; un courant d’air, venu on ne sait d’où, les glace, et voici l’étrange couvée de grêlons qui s’abat sur le vignoble, pour le ravager.

(...) Il n’a pas le temps d’achever, qu’une espèce de queue rouge, attachée à une boule de feu, fouette tout du long la brume jaune ; ave ça, un craquement, oh ! mais, un de ces craquements ! Comme une charpente qui s’effondre.

-« Le tonnerre est tombé à Mercœur ! souffle l’Ugène à mi-voix. Un coup tout seul, comme ça, c’est le signal de ce qu’on sait que trop.

- Oui, répond le Toine. Misère de Dieu ! Tout est foutu. Ecoute !... »

On entend comme le roulement d’un train lancé à toute vapeur.

- « C’est ce que je disais ; c’est plus de la pluie ; v’là la grêle.

Les visages se figent ; sur celui de l’Ugène, se creusent les sillons des larmes silencieuses, prélude de la révolte qui gronde intérieurement.

Ça a duré au plus dix minutes, une éternité pour les deux hommes. Le bruit s’assourdit, s’estompe, s’éloigne. Le brouillard s’enlève, comme une toile de tente, pour ne rester attaché que d’un côté, là-bas, vers Rosey.

A la lumière retrouvée, l’Ugène bondit vers les ceps les plus proches. Le Toine le suit en reniflant et, machinalement, enlève son chapeau, comme on fait devant un mort.

-« Regardez-moi ça, hurle l’Ugène, si c’est pas une pitié ! Toutes les grappes par terre, les feuilles aussi ! Hein ! Travaillez donc ! A quoi ça sert ? Vous vous échinez toute une année, et au moment où ça commence à promettre, en cinq minutes, crac ! plus rien ! Ça fait déjà quatre fois que je vois ça, et j’ai guère que trente ans ! Nom de Dieu ! Vous voulez vivre avec ça, vous Toine ? »

 

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

commentaires

Luc Charlier 24/07/2013 09:12


Je viens d’avoir Marie-Anne Nudant au téléphone (Ladoix-Serrigny). Alors qu’ils sont d’une autre pointure que moi, et que nos convictions divergent parfois, ils me font l’amitié de m’avoir gardé
la leur lorsque je suis devenu collègue. C’est tombé à Savigny et un peu sur Corton apparemment. Mais c’est surtout sur le Charlemagne qu’ils ont morflé ! Bon courage et bonne chance à eux,
après un millésime 2012 pas folichon.

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents