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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 00:09

La-grande-illusion--une-scene-du-film.jpg

 

«La vie doit continuer, mais rien ne sera plus jamais comme avant… Rien n’a changé, les problèmes sont les mêmes… La vie doit reprendre sa place. Nous devons en sortir plus fort. Et à ceux qui s'interrogent : faut-il reprendre ses activités ? Je réponds oui »


Je vous laisse le soin de mettre un nom et une fonction sur l’auteur de ces propos mais beaucoup d’entre nous ont jugé qu’il fut à la hauteur de ces évènements dramatiques, ces dix jours d’effroi et d’émoi.


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Pour chanter la liberté et le goût de la vie je vous propose donc ce matin un extrait d’une thèse sur Jean Renoir présentée et soutenue par Séverine CALAIS pour obtenir le grade de Docteur d’Université de Nancy 2 Sciences de l’Information et de la Communication. (2006-2007)


Le titre « La politique d’un auteur ? Une analyse critique des personnages renoiriens link » ne donne pas forcément envie mais, malheureusement, au nom du sérieux doctoral, l’Université ne laisse guère de liberté à l’imaginaire, ce qui, pour une thèse spécialisée dans l’information et la Communication, est tout de même paradoxal.


Le contenu est beaucoup plus intéressant et je remercie par avance l’auteur d’excuser  mon petit emprunt à sa thèse. C’est pour la bonne cause !

 

 

« Mais pour Renoir aimer la liberté et aimer la vie passe nécessairement par l’amour de la “bonne bouffe” et du bon vin. On raconte que lorsque son père le vit pour la première fois, il se serait écrié: « Quelle bouche ! C’est un four ! Ce sera un goinfre ». Le petit Jean sera à bonne école entouré de son père peintre et de ses modèles aux formes appétissantes :


« Cette faiblesse [la gourmandise] le ravissait [Auguste Renoir]. Cet homme sobre haïssait les régimes, considérant ces sacrifices volontaires comme des marques d’égoïsme : « c’était un plaisir que de voir manger ta mère. Quelle différence avec ces femmes à la mode qui se donnent des rétrécissements d’estomac pour rester minces et pâles.»


Il est en effet amusant de relever la quantité de scènes qui se déroulent à table, dans une cuisine, autour d’un bon repas chez cet « Internationale de la fourchette – la seule probablement qui soit sérieuse, d’ailleurs parce qu’il est bien connu qu’on ne parle pas la bouche pleine et que ne pas parler est le plus sûr moyen pour ne pas dire des choses désagréables. » Dans tous les films de Renoir on pourrait s’amuser à dresser un menu gargantuesque digne d’un Octave amoureux, car on sait que pour lui, la nourriture est un baromètre du moral. Quand tout va bien il mange, quand quelque chose le perturbe, il perd son appétit ou du moins le laisse-t-il supposer pour amadouer ses amis.


Pourquoi ne pas commencer par un petit déjeuner qui serait composé des sablés de Célestine (Le Journal d’une femme de chambre), de croissants (French Cancan) ou de tartines de miel tant convoitées par la grand-mère de L’Homme du Sud. Tout ceci sera arrosé de lait (que Madame Lory a réussi à trouver pour son fils malgré les restrictions de la guerre : Vivre libre) ou de café amoureusement préparé par Nona Tucker (L’Homme du Sud) sur le vieux poêle.


Pour le dîner, un petit apéritif avec orangeade prise à l’ombre des arbres dans le jardin des Duvallier (Le Roi d’Yvetot) ou pastis sur la place du village pendant que les hommes jouent à la pétanque. Ces boissons peuvent être accompagnées de caviar « ces œufs de poissons [qui] ne sont supportables qu’en masse » (Le Dernier réveillon).


En entrée le chef vous propose un choix de salades : salade de tomate (ces pommes d’amour que le bataillon des Marseillais a rapportées avec lui (La Marseillaise) ou salade de pommes de terre dont le vin blanc a été versé lorsqu’elles sont encore chaudes (pour cela il faudra demander conseil au chef Léon Larive de La Règle du jeu). Ceux qui préfèrent la charcuterie ou les pâtés ne sont pas oubliés puisque le buffet propose des terrines (Le Déjeuner sur l’herbe), des pâtés de porc (mets de roi dans Le Carrosse d’or), ou du fromage de tête (Partie de campagne). Les Octave préféreront peut-être « une grande tranche de jambon » ou des rondelles de saucisson comme les Roubaud de La Bête humaine.


Puis la carte présente un large choix d’œufs : œufs sur le plat (La Règle du jeu), œufs à la coque (Les Bas-Fonds), ou œufs battus en omelettes diverses : omelette à l’estragon (Partie de campagne) ou omelette au jambon (La Bête humaine). Ceux que les œufs ne satisfont pas peuvent les remplacer par des sardines à l’huile. Attention, ne vous essuyez pas les doigts sur la nappe car ceci est aussi mal perçu que d’essuyer le cirage de ses chaussures sur le couvre-lit en satin ou sur les rideaux de la patronne (Boudu).


Le menu vous propose, en plat de résistance, un ragoût d’opossum abattu par Sam Tucker (L’Homme du Sud) ou de la volaille chassée en Sologne sur les terres du marquis de La Chesnaye (La Règle du jeu). Peut-être préférez-vous du gigot dont le meilleur morceau est réservé au professeur Alexis (Le Déjeuner sur l’herbe), ou du poulet rôti (mets royal dans La Marseillaise). Tout ceci accompagné de pommes de terre (dont doivent se contenter les Marseillais arrivés à Paris). Il faut que vous sachiez que la plupart des viandes proviennent de gibiers abattus à la fronde par Cabri sur les terres seigneuriales (La Marseillaise) ou pris au collet par Marceau sur les terres de la Colinière (La Règle du jeu).


Vous préférez le poisson ? Qu’à cela ne tienne. Une petite friture vous contenterait certainement. La direction vous promet que son poisson n’a pas été pêché par Anatole (Partie de campagne), qui taquine le chevesne (et non pas le “ch'val”comme le pense Anatole). Il ne sera pas non plus cuit par Paulette la servante des Duvallier qui sert un poisson cru, car il n’y a plus de gaz dans la bonbonne. Non rassurez-vous, ce poisson a été pêché par Sam Tucker à mains nues (L’Homme du Sud).


Nous vous laissons encore le choix d’un bon cassoulet spécialement préparé par Ballochet (Le Caporal épinglé).


Ici, c’est fromage ET dessert.


En fromage, il y a le camembert volé par Nini chez sa mère (French Cancan). En dessert la maison propose différents gâteaux : à la crème (La Chienne), ou au chocolat (La Femme sur la plage). Si vous préférez des fruits, vous aurez un vaste choix : mûres sauvages (L’Homme du Sud), grappe de raisins (rassurez-vous les abeilles ont été éloignées par Toni) ou vous aurez la possibilité de croquer dans une pomme comme Marceau-Adam croque dans le fruit défendu présenté par Lisette-Eve (La Règle du jeu).


Le repas sera copieusement « arrosé » par différents vins : vin blanc (pour Boudu), Bordeaux rouge ou vin d’Argenteuil (Partie de campagne). Nous vous ferons grâce de l’huile de ricin (On purge bébé) et de l’élixir du Docteur Cordelier. Par contre si vous le souhaitez, vous pourrez vous délecter d’une coupe de Veuve Clicquot (Le Journal d’une femme de chambre). Puis nous passerons au jardin déguster des chocolats et des bonbons comme Nana ou croquer quelques pétales de roses comme ce bizarre Capitaine Mauger (Le Journal d’une femme de chambre).


Pour ceux qui auraient encore un petit creux, le chef peut confectionner très rapidement des sandwichs appréciés par l’inspecteur Maigret lorsqu’une enquête le retient sur le terrain. Et surtout n’oubliez pas de vous brosser les dents, brossage dont Louis XVI aurait volontiers « tâté » (La Marseillaise).


Ceci n’est qu’un bref aperçu d’un menu que l’on constituerait à partir des films de Jean Renoir. Mais outre les allusions directes à la nourriture, on pourrait relever de nombreuses allusions indirectes comme le contremaître de Toni qui résume sa théorie du flirt en expliquant qu’il a horreur « de la sauce sans le rôti », ou encore Toni qui déclame que « [son] pays, c’est celui qui [le] fait bouffer » ou encore dans La Marseillaise, « l’estomac est un organe qui ignore les subtilités de la politique ». Nous retrouvons le même intérêt pour la « bonne bouffe » dans Les Cahiers du capitaine Georges : « La boustifaille d’abord, les bagatelles après ».


Pour Renoir:


« Rien n’est plus délicat que la dégustation en commun de nourritures de qualité. Ce sont les convives eux-mêmes qui transforment un repas quelconque en une fête des sens. Comme toute œuvre d’art cette réunion de palais ne prend son importance que pendant qu’on lui fait un sort » 


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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