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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 00:09

Pourquoi diable ne parle-t-on du mont Ventoux que lorsque les gars du Tour de France, qui carburent à l’eau de source exclusivement, le grimpent à la vitesse d’un TGV, du moins pour les premiers ? Je ne peux m’empêcher de penser à Tom Simpson.


Moi c’est à pied que j’ai décidé de l’escalader et d'y pique-niquer pour fêter mon saint patron.


« Bientôt le soleil se lève. Jusqu’aux extrêmes limites de l’horizon le Ventoux projette son ombre triangulaire dont les bords se frangent de violet par l’effet des rayons diffractés. Au sud et à l’ouest, s’étendent des plaines brumeuses ; au  nord et à l’est s’étale, sous nos pieds, une couche énorme de nuages, sorte d’océan de blanche ouate d’où émergent, comme des îlots de scories, les sommets obscurs des montagnes inférieures. Tout là-bas, du côté des Alpes, quelques cimes flamboient. »


« Il est dix heures du matin ; nous avons mis six heures pour venir de Bédoin à la fontaine de la Grave, mais d’un pas modéré, comme il convient pour une exploration attentive. »


337px-Illustration_Satureja_acinos0.jpg

 

« La nappe est étalée sur un charmant tapis de plantes alpines… Les vivres sont tirés de leurs sacoches, les bouteilles exhumées de leurs couches de foin. Ici, les pièces de résistance, les gigots bourrés d’ail et les piles de pain ; là, les fades poulets, qui amuseront un moment les molaires, quand sera apaisée la grosse faim ; non loin, à une place d’honneur, les fromages du Ventoux épicés avec la sarriette des montagnes, les petits fromages au Pébré d’Asé ; tout à côté, les saucissons d’Arles, dont la chair rose est marbrée de cubes de lard et de grains entiers de poivre ; par ici, en ce coin, les olives vertes ruisselantes encore de saumure, et les olives noires assaisonnées d’huile ; en cet autre, les melons de Cavaillon, les uns à chair blanche, les autres à chair orangée, car il y en a pour tous les goûts ; en celui-ci, le pot aux anchois, qui font boire sec pour avoir du jarret ; enfin les bouteilles au frais dans l’eau glacée de cette auge. N’oublions-nous rien ? Si, nous oublions le maître dessert, l’oignon qui se mange cru avec du sel. Nos deux parisiens, car il y en a deux parmi nous (…) sont d’abord un peu ébahis de ce menu par trop tonique ; ils seront les premiers tout à l’heure à se répandre en éloges. Tout y est. À table !


Alors commence un de ces repas homériques qui font date en la vie. Les premières bouchées ont quelque chose de frénétique. Tranches de gigots et morceaux  de pain se succèdent avec une rapidité alarmante. Chacun, sans communiquer aux autres ses appréhensions, jette un regard anxieux sur les victuailles et se dit : « Si l’on y va de la sorte, en saurons-nous assez pour ce soir et demain ? » Cependant la fringale s’apaise ; on dévorait d’abord en silence, maintenant on mange et on cause (…) C’est le tour d’apprécier les vivres en connaisseur. L’un fait l’éloge des olives, qu’il pique une à une de la pointe du couteau ; un deuxième exalte le pot aux anchois, tout en découpant sur son pain le petit poisson jaune d’ocre ; un troisième parle avec enthousiasme du saucisson ; tous enfin sont unanimes pour célébrer les  fromages au Pébré d’asé, pas plus grands que la paume de la main. Bref, pipes et cigares s’allument, et l’on s’étend sur l’herbe, le ventre au soleil. »


Quel style me direz-vous !


Oui, mais ce n’est pas le mien et ce matin j’ai fait un emprunt rien que pour le plaisir d’exhumer ce texte. Comme vous êtes des gens cultivés je suis persuadé que vous aurez tous reconnus qui est l’auteur d’ « Une ascension au mont Ventoux »


  • La Sarriette, parfois appelée Pèbre d'ai ou Pèbre d'ase (qui signifie en provençal « poivre d'âne »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 26/07/2013 11:18


Y'a bien le Mont des Alouettes, non ?


 

Jean Natoli 25/07/2013 21:44


Joli clin d'oeil...


Et la montagne vendéenne ???

Jean Natoli 25/07/2013 20:51


Ah quel plaisir de retrouver ce texte ! J'ai fait quelques fois l'ascension à pied du Mont Ventoux dans ma jeunesse et c'est un exercice qui prête effectivement à l'appétit.


Quant à vous, Jacques, vous êtes prêt pour arpenter les Cévennes avec un âne. RL Stevenson l'a fait 10 ou 15 ans après JH Fabre. On ne parlera pas de Solutré et de Miterrand...


Il vous faut donc trouver une montagne à associer à votre plume. La Vendée, c'est un peu plat ou bien y a t'il un relief à découvrir ?

JACQUES BERTHOMEAU 25/07/2013 21:00



Jean j'ai fait le sentier Stevenson avec une ânesse qui justement se dénommait Sarriette



Luc Charlier 25/07/2013 12:00


Ouaip. Je le disais aussi à Albert de Saalfeld : «  Tu perds la main, mon vieux, abdique. » Pour Dieu c’est pareil. Il a déjà laissé la place à Al Quaeda ! 

Alain Leygnier 25/07/2013 10:16


De Compostelle à Lourdes, on se demande si Dieu n'est pas en train de perdre la main... Attention à la catastrophe de trop !

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