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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 08:00

 produit Hubert de Claminger

Je descendis à Glacière glacé. Tout au long de la ligne 6, en venant de Nation, Carrefour affichait sa différence avec son champagne Hubert de Claminger à 9,60€. Récidiviste en diable le champion – souvenir, souvenir... – des gamelles vertigineuses dans le CAC40. Déjà l’an dernier à la même époque le Monde notait que les hypermarchés proposaient des bouteilles à moins de 10 euros comme produits d’appel. « Carrefour affiche aussi dans le métro des publicités pour écouler un stock de 450 000 champagnes Hubert de Claminger à 8,90€ » 70 centimes d’euros en un an les têtes d’œufs tiennent le dessous du panier.

 

Attention, le champagne Hubert de Claminger n’est pas le dernier de la classe puisque Bernard Burtschy dans ses choix lui attribuait 2 étoiles, soit bon, mais il était affiché à 11,90€ et dans un test à l’aveugle de Libération Champagne en 2009 il était considéré par un jury comme « pas mal, sans être pour autant un grand champagne. » Alors vous allez me dire que Carrefour est le grand bienfaiteur du consommateur puisqu’il lui apporte pour les fêtes un champagne de bon rapport qualité/prix. Vu de la coupe le raisonnement se tient mais n’est-ce pas là voir pas plus loin que le bout de son nez ? Où se trouve la valeur dans ce bradage ? Nulle part, tout le monde y perd, y compris le consommateur.

 

Je m’explique sur ce dernier point qui va sûrement me valoir du Dr Charlier une ordonnance carabinée. Mais étant un grand défenseur des bulles roturières je peux me permettre de défier ce rude jouteur. En effet, le champagne est la quintessence du produit statutaire, les acheteurs comme les consommateurs achètent et consomment d’abord l’étiquette, pour se valoriser aux yeux de ceux qui les entourent. Alors, imaginer 3 secondes l’effet produit sur la compagnie, votre beau-père par exemple qui se pique d’être un connaisseur, alors qu’il ne fait pas la différence entre un Pinot Noir et un Pineau des Charentes, lorsqu’au dessert sur la bûche glacée vous servez un Hubert de Claminger. C’est l’abomination de la désolation car votre belle-mère, jamais en reste d’une vacherie, placera une réflexion du genre « chéri rappelle-toi c’est celui qu’on a vu dans le métro en rentrant de Bobino... » Patatras, vous vous êtes fait une réputation effroyable même si les bulles à moins de 10 euros valaient peut-être celles avec plus de zéros.

 

La morale de cette histoire, si tant est que l’on puisse en ces domaines manier la morale, c’est qu’en toute chose il faut raison garder et qu’entre « la folie des grandeurs » des années folles de la « Premiumisation » à tout va et la bérézina des prix de déstockage qui casse l’image du champagne la ligne de crête ne serait-elle pas que le positionnement des prix corresponde à une réalité et non aux pitreries des petits marquis du marketing.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Nagchampa 23/05/2012 16:56


Je crois que le sujet est trop difficile à maîtriser. C'est pour ça qu'il y a autant d'arnaques sur le champagne.

Baraou 19/12/2010 12:21



Bel exemple, et je témoigne qu'il n'est pas isolé !



Luc Charlier 19/12/2010 11:29



D’ordinaire, j’évite de transformer un blog en outil promotionnel pour ma chapelle (qui s’appelle « L’Eglise », à tout
hasard). Toutefois, l’anecdote suivante m’y oblige.


Hier soir, je proposais une dégustation de ma production dans l’endroit le plus festif de Cerdagne, le casino de Font-Romeu pour ne
pas le nommer. Il n’appartient pas au Joagroup - cela existe – et deux associés hypersympathiques l’animent. Ils s’y donnent un mal fou (machines à sous évidemment, mais aussi restaurant avec un
versant « gastro » sous la houlette du talentueux chef-consultant Gilles Bascou,  salle de cinéma, piano-bar, boîte de nuit et bientôt
wine-bar), assurent par leur présence une ambiance décontractée et on ne rencontre pas de trafic louche aux alentours : la poudreuse reste sur les pistes de ski. Les commerçants locaux le
fréquentent assidument ainsi que l’équipe en place à la mairie. Tout cela forme une joyeuse bande. Faut dire que « Font-Romeu by night », en dehors des vacances académiques, c’est pas
le Quartier Latin !


Je me suis donc tapé 2 heures de route de montagne, avec risque hivernal de verglas, pour faire connaître mon domaine. La dégustation
fut un mini-flop car les vacanciers ne sont pas (encore ?) au rendez-vous cette année. J’ai donc eu tout loisir pour discuter longuement avec le petit groupe présent et expliquer les vins en
détail. La fameuse Eglise fut bien appréciée, mais c’est le rosé qui m’attira le plus de compliments. La même vigne de syrah constitue une partie importante de l’encépagement des deux vins, à
ceci près que deux semaines de maturité séparent la cueillette des raisins. Le rendement est identique (< 20 hl/ha), l’habillage similaire et je propose en toute logique les deux cuvées au
même prix. Presque tout le monde a réagi : « Quoi, un rosé aussi cher que le rouge ? ». Pourtant, c’est des verres de rosé – pleins ! - qu’on est venu me redemander,
avec l’accord du barman. Comme quoi.


Ne vous en faites-pas pour moi, je n’ai pas fait le déplacement en vain : la saison 2010-2011 ouvre avec le Rosé de Coume Majou à
la carte, bien en vue ... depuis hier.


 



Baraou 19/12/2010 10:31



Luc, c'est effectivement toute la complexité de l'appréciation d'un vin.



Luc Charlier 19/12/2010 09:56



Deux idées s’opposent dans nos commentaires, presque tous réfléchis.


Premièrement : ne seriez-vous pas d’accord pour dire que nous souhaitons un lien entre le plaisir retiré d’une bouteille (chacun
suivant ses critères) et le prix que nous la payons ? Je souscris certainement à cette vue, quant à moi.


Deuxièmement : ne pensons-nous pas tous que le vin doit rester un produit aussi naturel que possible ? Je ne fais pas
allusion ici à la mini-querelle sur la présence de soufre, ce qu’on entend par « naturel » est très variable d’un amateur à l’autre. C’est certainement mon point de vue aussi.


Or, si quelqu’un « maquille » un vin (par des adjonctions chimiques ou par toute autre manipulation), sans danger pour la
santé bien entendu, de manière à le rendre plus conforme au goût attendu et à faible coût, il offrira à bas prix une bouteille répondant aux souhaits du consommateur. Et là, nous nous y opposons
tous, et moi le premier.


L’âme humaine est bizarre.



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