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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 07:30

Samedi dernier, faisant fi des usages en vigueur en notre doulce France qui font de ce jour pour beaucoup de nos concitoyens, quittant d’ordinaire leur domicile le matin pour n’y rentrer que le soir, une sorte de jour de rattrapage : les courses, le ménage, le bricolage, le repassage et moult autres activités domestiques, dans ma chronique matinale link citant Anna Arendt, qui établissait une distinction nette entre animal laborans et Homo Faber, je tentais de mettre l’accent sur la dérive du haut artisanat de la couture, de la bouche et du vin. En un mot comme en un seul magnifier ce que fait la main et souligner que la couture, fusse-t-elle haute, a besoin de petites mains, et qu’il en allait de même pour la cuisine et le vin.

 

N’en déplaise à certains je suis de ceux qui estiment que le Couturier, le Chef de Cuisine ou le Vigneron ne sont pas des artistes mais des artisans, ce qui sous ma plume n’a rien de péjoratif. Et pourtant ils créent me direz-vous ! Oui à leur manière, même si souvent ils ne font que réinterpréter, dépoussiérer, épurer, revitaliser, approfondir, inventer même grâce aux techniques nouvelles. L’apport de ces créateurs est incontestable et mon propos pré-dominical n’était pas de le contester mais d’introduire dans la réflexion une donnée, qui certes n’est pas nouvelle mais fort prégnante, la puissance de l’argent.

 

Alors, afin de prolonger mon propos, mieux l’éclairer, vous amenez à réfléchir sur une dérive que nous pouvons déjà constater dans ce que j’ai dénommé, faute de mieux, la Haute Vitiviniculture, je vous propose de lire cet extrait de L’Introduction d’un livre de Sarah Thorton « Sept jours dans le monde de l’art » chez Autrement. Ces lignes sous la plume d’un auteur qu’il serait difficile de classer dans les pourfendeurs du système libéral (elle écrit entre autre dans The Economist) sont très intéressantes pour qui veut bien prendre la peine de les lire.

350px-GoldCalf.jpg« Paradoxalement, une des raisons expliquant la popularité de l’art est son coût. Les prix élevés font les titres des journaux, et ont à leur tour contribué à généraliser l’idée que l’art est un luxe et un symbole de statut social. Au cours des dix dernières années, les riches de tous les pays du monde sont devenus encore plus riches et le nombre des milliardaires s’est accru. Pour citer François Curiel, directeur de Christie’s en Europe : « Réussir comme entrepreneur ou homme d’affaires ne suffit plus. Pour être respecté et admis parmi l’élite – devrais-je parler de cirque ? » –, il faut avoir, et aimer avoir, de l’art sur les murs. »

Il ne fait pas de doute que le nombre des gens qui collectionnent, ou plutôt accumulent les œuvres d’art, est passé de quelques centaines à plusieurs milliers. En 2007, Christie’s a vendu sept cent quatre-vingt-treize œuvres à plus d’un million de dollars pièce. Dans notre monde virtuel, où tout se clone, des possessions artistiques équivalent à des biens immobiliers ; elles sont considérées comme de solides avoirs, qui ne risquent pas de disparaître. Et les maisons de vente aux enchères attirent à présent des gens qui jusqu’ici étaient plutôt tenus à l’écart de ce milieu. Comme la revente est assurée – ce qui est nouveau –, ils sont maintenant convaincus de faire un bon investissement, ce qui a rendu le marché plus fluide.

Les effets d’un marché aussi fort se sont rapidement fait sentir. Non seulement les prix sont devenus astronomiques, au désespoir des collectionneurs, mais les galeries ont doublé la surface de leurs locaux, et l’argent a fini par descendre jusqu’aux artistes, dont certains sont devenus aussi riches que des vedettes du showbiz. Les critiques remplissent les pages des journaux, les conservateurs quittent les musées pour des emplois mieux payés dans le monde des galeries. Mais le marché a aussi affecté les façons de voir, d’où les craintes que la validation d’un prix de marché ne vienne détruire toutes les autres formes d’appréciation : la critique positive, les récompenses et les expositions dans les musées. On a dénoncé certains artistes, comme Damien Hirst, dont le travail a déraillé suite à son immense envie de vendre. Même les marchands dotés d’un robuste sens des affaires vous diront que gagner de l’argent ne devrait être qu’un corollaire et non l’objectif principal d’un artiste. L’art a besoin de motifs plus profonds que la recherche du profit s’il veut conserver sa différence et sa supériorité sur d’autres formes culturelles. »

 

Soyez joueur : faites comme moi détournez certaines phrases vers notre cher nectar qui, après tout, n’est qu’une marchandise. Alors, à quoi bon se priver, comme le proclamait Guizot « Enrichissez-vous ! » qui est plus est, avec bonne conscience, puisque c’est sur le dos d’adorateurs du Veau d’Or.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

pasgal 15/03/2011 17:26



ce n'est pas Thiers mais Guizot qui a lancé "enrichissez-vous!"


sinon, votre analyse sur le fric-frac-boom de l'art pourrait parfaitement s'appliquer à la folie des primeurs et de la spéculation sur les grands crus. Aubert de Villaine m'avait écrit au Monde,
voici 10 ans, qu'il ne voulait pas jouer ce jeu de la spéculation. N'empêche que l'artisan a fait de sa Romanée Conti une oeuvre d'art autant qu'une marque de luxe.



JACQUES BERTHOMEAU 15/03/2011 17:33



Thiers Guizot même tonneau. Quand l'analyse elle n'est pas de moi et bien évidemment le parallèle avec les grands crus coulait de source. Désolé mais la RC n'est pas une oeuvre d'art mais un
grand vin rare et signé donc une Marque



Jean Pierre Picart 15/03/2011 09:52



D'un coté je comprends, que les vignerons veulent profiter de la tendance pour récupérer leur plart, mais n'oublions pas les autres. A mes début dans le monde des consommateurs de vin, le
"Chateau Margaux" ne me coûtait, que deux jours de travail, il est maintenant passé à deux mois, il serait donc intéressant de développer des nouveaux "clodoswine", qui puissent permettre de
boire des choses de qualités sans se ruiner car l'inflation touchant même les vins de pays, ce qui demeure abordable devient du vin d'ivrogne, il a progressé par rapport aux ancien Kiravi: il est
désormais buvable, mais n'a aucun intéret sauf pour se saouler!


 


Jean Pierre Picart



Anne-Marie PERNOD 15/03/2011 09:18



Cher Monsieur BERTHOMEAU,


faute de temps ce matin, because business, moi aussi je suis boss mais je bosse autant sinon plus que les autres, je vous fais part de mon commentaire sur votre article:


CHAPEAU!


I totally agree with you and Anna ARENDT and Sarah THORTON.


Dixit.


Bonne journée et restez confiant: be confident! La lutte conte les cons en France ou ailleurs reste rude, mais on finira par gagner contre ces crapules de la plus basse espèce. 


Moi aussi, j'ai mes convictions... "Hier stehe ich, ich kann nicht anders, hat LUTHER mal gesagt. Und so ist es auch. Punkt. 



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