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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 00:09

photoPascal.JPG

 

Ce que j’apprécie par-dessus tout chez Jean-Paul Kauffmann c’est sa faculté de dire simplement, sans frapper sur une grosse caisse, des choses fortes. Nul besoin pour lui de manier l’ironie, ce faux détachement qui trop souvent sur la Toile masque la vacuité des idées. JPK dit. Il dit sans le dédain de certains petits marquis. Il n’assène pas. Lorsque je le lis j’ai le sentiment de m’insérer dans sa conversation, de m’asseoir discrètement à la table où il vient de s’installer pour déguster.


Dans sa remontée de la Marne JPK passe par le village d’Aÿ qu’il connaît bien, mais sa manière de l’investir est nouvelle : il le fait à pied en tant  que randonneur ce qui modifie sa perception et celle de ceux qui vont le rencontrer. Il note que « la marche change radicalement la relation à l’espace et au monde ». Je partage son point de vue : dans Paris même la vision de la ville change selon que l’on est piéton ou cycliste ; je m’insère bien mieux dans ses secrets juché sur mon vélo qu’à pied.

 

À Aÿ donc, devant la mairie, JPK et son ami photographe qui s’enthousiasme « On a l’air de deux SDF », souligne « Le sac à dos modifie le regard d’autrui. Autrefois le chemineau était perçu comme un vagabond. Aujourd’hui, le randonneur est considéré comme appartenant à une espèce à part, impossible à classer. Il cache une autre vie. Que fait-il quand il ne marche pas ? Est-il socialement identifiable. L’anorak, le bâton, l’équipement, qui tienne lieu d’uniforme, sont l’effet d’un camouflage. »


Comparaison n’est pas raison mais c’est un peu comme la dégustation avec ou sans « chaussette », c’est-à-dire avec ou non connaissance de l’étiquette. La preuve, une « une vieille connaissance, personnalité respectable et écoutée du monde champenois » que JPK fréquente depuis longtemps, passe devant eux pour regagner son 4x4 et « regarde avec une vague expression de dédain les deux marcheurs fourbus assis sur les escaliers. » Quelques minutes plus tard, dans son char, il se ravisera et, vitre baissée, lancera « Ravi de vous voir, cher ami ! Comment allez-vous ? » avant de redémarrer.


Cette petite digression, si représentative de notre monde de paraître, n’est point si éloignée de notre sujet du jour car, comme le dit l’adage populaire, « l’habit ne fait pas le moine ». Et pourtant, nos petits génies du marketing et des études de marché s’ingénient à faire accroire que boire du Coca-Cola renippé par Jean-Paul Gaultier, c’est se différencier. L’habit ne fait toujours pas le moine mais certains n’hésitent pas à embarquer dans une Montgolfière un évêque pour se faire mousser et nous prendre pour des cloches. Ça fait pleurer les chaisières et les happy few honorés d’y être invités.


« Les puritains du champagne » fut le titre, il y a 30 ans, du premier article de JPK sur le vin effervescent et il avait choisi Aÿ. Le champagne « Symbole de la frivolité et de la fête requiert, chez les Champenois, une forme d’ascèse. Cet aspect janséniste imprègne toujours le comportement des grandes maisons. » JPK avait choisi Bollinger « marque restée aux mains de la même famille depuis sa création en 1829. L’un des champagnes les plus fameux menait ses activités sur les hauteurs d’Aÿ dans un décor digne d’un notaire de province. Pas de nom à l’entrée. Ce mépris des apparences me fit forte impression. »


« Plus c’est voyant, moins c’est bon : À bon vin point d’enseigne ! » note JPK.


« On fait le vin que l’on est. Contrairement aux apparences, le champagne est un vin originellement austère. Les bulles font illusion. Avant l’effervescence, il est marqué par la raideur et l’intransigeance. Seuls les palais particulièrement avertis parviennent à discerner les promesses. Un retournement va s’accomplir par la mousse, mais surtout par l’assemblage. Un vrai champagne n’exhibe pas ses qualités. Sa personnalité ne saurait être envahissante. Il doit se retrancher dans une forme de sobriété pour ce qui est des arômes et des bulles. Ce raffinement le distingue des autres vins pétillants. »


JPK dit bien mieux que moi ce que je tente souvent d’expliquer et qui me vaut de me faire taxer de démagogue car je porte atteinte au concubinage notoire de certains avec ceux qui, au nom d’un faux luxe tapageur, ont propulsé le vin dans l’univers des spéculateurs. J’en termine en citant, une fois encore, JPK à propos de Dom Pérignon le cellérier de l’abbaye de Hautvillers « Était-il un bon janséniste ? On peut le penser, l’éthique du devoir et de l’excellence, ajoutée au sens de l’autonomie, comptant parmi les plus hautes vertus requises par ces Messieurs, comme on les appelait. Ces qualités sont au moins aussi marquantes que le rigorisme et l’austérité prêtés communément à cette doctrine – laquelle prônait aussi la joie opposée à la crainte et le bonheur sur terre. Avant tout, le jansénisme incarne une forme de contestation politique et une modernité. Précurseur dans le domaine de la pédagogie, attentif à l’égalité absolue des élèves, soucieux de l’éducation des filles dont on se désintéressait à l’époque, ce progressisme ne sera pas sans influence dans le déclenchement de la Révolution. « Un janséniste est surtout un catholique qui n’aime pas les jésuites », disait-on alors. »


La meilleure façon de marcher c’est de mettre ses pas dans les lignes de Jean-Paul Kauffmann et de « Remonter la Marne » avec lui, ça rend intelligent !

 

  • Pour les petits louves et loups Pascal, Blaise de son prénom (dont le portrait illustre cette chronique, tiré du désopilant Planète des sages link), est l’auteur des Provinciales, mises à l’Index par Rome, où  il prend la défense de l'augustinisme, fait une apologie de Port-Royal, et où il  se livre à des attaques ironiques à l'encontre des jésuites. Elles sont attendues et recopiées par le peuple, qui rit de la manière dont Pascal tourne les jésuites, casuistes et molinistes en ridicule.

9782213654713-G

 

Philosophes 019

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Denis Boireau 27/02/2013 10:11


Une anecdote a propos de "A bon vin point d'enseigne": mon viticulteur de Cotes de Nuits preferre venait de s'acheter un magnifique chai en plein dans Nuits-St-Georges. Je lui demande pourquoi il
n'y met pas une enseigne. Il me repond " Oh ben non; y aurait des gens qui viendraient et que je ne connaitrait pas."

Michel Smith 27/02/2013 08:34


Amusant de noter que le chef de cave de Boll s'appelle Mathieu Kauffmann...

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