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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 00:09

J’eus pu, dès mardi dernier passé, surfer sur la vague Michel Rolland puisque la veille, sous un franc soleil, chevauchant mon fier destrier, j’enjambais la Seine sur le pont Royal – normal je suis le fou des Rois – pour me rendre au Saint-James&Albany goûter des breuvages étrangers à l’invitation de Suzanne Méthé. Je liais les rênes de ma monture face à la vitrine de Colette là où la moindre jupette écossaise, haute comme un abat-jour de lampe de chevet, vaut 2350 euros.

 

En effet, sitôt entré, je tombais nez-à-nez avec le ban de Michel Rolland Collection où était exposé un échantillon de ses vins bien à lui qu’il produit dans trois pays : l’Afrique du Sud (Remhoogte 2005 et Bonne Nouvelle 2003), l’Espagne (Campo Alegre 2007) et l’Argentine (Mariflor 2007, Val de Flores 2004, Yacochuya 2005). Donc, après m’être présenté : nom, âge et condition : mis à l’index pour outrage aux bonnes mœurs de l’amicale des ouvriers de la 25ième heure défenseurs de l’adaptation des vins français au marché, j’y fis ma 1ière station sous la conduite fort plaisante et compétente de David Lesage, gendre de Michel Rolland.  

 

Si je ne fis cette mise en ligne dans la foulée, même si j’en avais eu fort envie, c’est que dans ma situation chahutée je risquais fort de me voir taxer d’opportuniste. J’eus pu tout de même, en rappelant qu’il y eut des socialistes opportunistes, les socio-démocrates, s’opposant aux socialistes révolutionnaires, mais là je ne suis pas certain que mes références à Rosa Luxembourg vous eusses convaincu de ma bonne foi. J’eus pu enfin, me référer à Jacques Dutronc mais là c’eut été une autre chanson.

 

Bref, avant même de vous entretenir de mes notes de dégustation – ne vous réjouissez pas trop vite vous n’aurez droit qu’à mon coup de cœur – il m’a fallu tempérer mon ardeur naturelle, que je me répétasse à l’envi la maxime de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord « patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage... » pour ne pas publier illico le texte suivant signé de Michel Rolland bien plus en phase avec sa philosophie que celui – de seconde main – qui avait provoqué mes petits lazzis et les motions de soutien de l’amicale des qui sont toujours du bon côté du manche.

 

« La notion de « cru » a toujours existé par contre la notion de « terroir » est plus récente, cependant elle est prédominante. En effet, quand nous nous demandions pourquoi certains vins étaient souvent meilleurs que d'autres, on faisait justement intervenir la notion de terroir. Il y a toujours eu, bien sûr, l'influence des hommes avec leur culture, leur philosophie, la tradition, mais au travers du temps, certains crus dominaient régulièrement.

On peut dire qu'en intégrant cette notion de « terroir » qui est une combinaison de la nature du sol et du climat ambiant, on a pu développer un concept d’œnologie qui s'adaptait aux qualités et insuffisances du terroir.

Evidemment, la hiérarchie est toujours respectée au niveau de la qualité des vins si le meilleur terroir est le mieux « travaillé ». Cependant, d'autres, plus modestes ou inconnus à priori peuvent produire des vins d'un grand intérêt.

C'est ainsi que sont nés tous les travaux d'amélioration du vignoble : taille adaptée, effeuillages, vendanges vertes (pour un meilleur contrôle des rendements), à la recherche de la maturité. Les sols et la vigne ont été mieux compris, avec moins d'amendements, une lutte raisonnée contre les maladies, un palissage mieux conduit, la plantation de porte-greffes mieux adaptés, etc... Toute cette réflexion dans un seul but : améliorer la qualité du raisin produit quel que soit l'endroit où est cultivée la vigne. Car, c'est de la qualité du raisin que viendra la qualité du vin et c'est le respect de ce fruit tout au long de sa transformation, le respect du vin dans son élaboration et son élevage qui préserveront cette qualité.

L'objectif n'est pas de produire des premiers crus partout dans le monde, ni des vins identiques, mais seulement permettre au vin d'avoir la meilleur expression de son terroir.

Ainsi, avec tout l'acquit familial, l'enseignement scientifique, la curiosité, l'intuition, nous avons dû comprendre ou essayer de comprendre tous les facteurs influents, de la terre aux hommes de toutes les terres, tâche assez complexe mais intéressante d'où peuvent naître l'enthousiasme, la passion et l'envie de les faire partager dans un verre de vin, pour le Plaisir. »

 

J’en reviens à mon coup de cœur pour ce Pinot Noir des Andes : le Mariflor de la Valle de Uco à Mendoza. Tout le monde le sait, mais le géographe qui sommeille en moi trouve que ça va mieux en le disant, la province de Mendoza, située à l’Ouest dans le ventre de l’Argentine, limitrophe du Chili, est typiquement une province andine et elle rassemble la plus grande part du vignoble argentin.

 

Pour mémoire, le projet « Clos de los Siete » où, à l’initiative de Michel Rolland, un groupe de ses amis, tous propriétaires à Bordeaux, ont acquis avec lui Le Campo de Clos de los Siete, propriété qui s'étend sur 850 hectares, au coeur de l'immense plaine de Vista Flores, dans la Vallée de Uco, aux pieds de la fabuleuse et imposante Cordillère des Andes. Le domaine est « une entité de gestion collective, divisée en vignobles à caractère individuel ; chacun contribuant à l'élaboration du vin-phare « Clos de los Siete », et chacun produisant également, de façon indépendante, son propre vin, sous son propre nom, dans sa propre bodega, à la manière d'un château bordelais. »

 

Mariflor est une des parcelles de 4 ha plantées de Pinot Noir en 2002 - site tout proche du petit vignoble de vieux Malbec de « Val de Flores » -  située sur la bordure la plus haute du campo, la plus proche des Andes, à 1000 mètres d'altitude, couvrant 100 hectares dont 60 sont déjà plantés de Malbec, Cabernet Sauvignon, Syrah, Merlot et Sauvignon Blanc et dont la production des cépages rouges contribue au « Clos de los Siete ».

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C’est donc, avec le particularisme de son encépagement, ses dimensions, sa position d’altitude, si je puis m’exprimer ainsi « un confetti de l’empire ». Ce Mariflor, contraction de Marie, prénom de l’une des filles de Michel et Dany Rolland, et flor ou flores : fleur, qui sonnait déjà joliment à mes oreilles puisque Marie-Flore fut mon premier amour – j’avais 15 ans et elle 18, ce qui mis en émoi le clan des femmes lorsque mon père, ami du père de Marie-Flore, rapporta l’information à la maison. Pour le pays Henri-Pierre elle était de Sainte-Flaive des Loups – m’a de suite ravi, enchanté. C’est un vrai petit bijou, tout en finesse, de belle tenue,  et avec cette Mariflor j’avais le sentiment d’être installé au bord d’un podium de défilé de mode et de découvrir enfin un top model qui aurait des formes naturelles, fluides, défilant avec une aisance désarmante, sans chichi ni morgue, avec la fraîcheur et le naturel d’une jeune fille, j’ose l’écrire, en fleur.

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Nous sommes plus au temps des fables mais plutôt dans une époque où l’instantanéité, le buzz, peut parfois provoquer des éruptions, des irritations, des incompréhensions, alors rien ne vaut le retour à la leçon de choses de notre enfance, toute bête, toute simple. Même si je ne suis pas le modèle-type du dégustateur patenté, mes émois face à ce Pinot Noir des Andes, cette Mariflor aux accents juvéniles, valent mieux que des mots alignés dans une polémique d’arrière-cour. J’assume tout mais de grâce faites-moi la grâce de ne pas taxer mon enthousiasme de contrition. J’en suis bien incapable. Je suis venu, j’ai dégusté, j’ai aimé Mariflor, j’ai écrit cette chronique et la page est tournée...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Antoine B 22/09/2010 11:50



Au temps pour moi... J'avais cru à malice voulue de votre part, c'est un jeu après tout fort répandu ! Je ne prétendais pas, bien sûr, que vous ignorassiez la fable.



JACQUES BERTHOMEAU 22/09/2010 12:11



Mes fausses citations sont toutes signées Confucius



Antoine B 22/09/2010 11:03



Ah, l'art de la fausse citation... On m'a toujours appris que la patience et la longueur de temps, qui font plus que la force ni que la rage, sont plutôt le fait d'un petit rongeur, un bon siècle
plus tôt, à vue de nez, non ?



JACQUES BERTHOMEAU 22/09/2010 11:43



Désolé de vous contredire mais la citation est exacte quand je parle d'une maxime de Talleyrand c'est qu'elle est inscrite dans le Bréviaire de Talleyrand chez Horay (la XXXI page 29) et
bien évidemment le lion et le rat de La Fontaine ne me sont pas étrangers. Une maxime c'est une maxime et Talleyrand se l'appliquait...sans être l'auteur...



Stéphane 22/09/2010 09:36



C'est justement ce qui me fait apprécier ce blog, à savoir votre façon d'exprimer , voire de crier fort, votre aversion ou votre "Amour" pour tel ou tel vin, tel ou tel lieu, évènement ou que
sais-je encore.


On peut ne pas adhérer aux paroles d'un individu et pourtant aimer ce qu'il produit ou contribue à créer. Oé peut critiquer les prises de position de tel ou tel artiste, auteur et néanmoins
déguster son "oeuvre" avec un immense plaisir, sans pour autant rejoindre aveuglement ses idées.


 



Jacques Sallé 22/09/2010 06:17



Très belle expression fruitée en effet d'un pinot noir argentin, une chair ferme: un vin de séduction immédiate que ce Mariflor ! Bel acte de contrition que cette nouvelle rubrique...



JACQUES BERTHOMEAU 22/09/2010 08:39



Pourquoi serais-je contrit cher lecteur ? En effet, les propos de Michel Rolland tels que rapportés par SO m'ont déplu. Je l'ai dis à ma manière. Ces mêmes propos ont déplus fortement à Michel
Rolland lui-même. Il m'a écrit qu'il se ferait justice. Donc le fond de ma chronique était justifiée. Reste la forme, je m'en suis expliqué et je persiste à écrire que la référence à Rémi
Gaillard n'était qu'une paillardise. Le monde du vin est vraiment coincé du col. Enfin, quand j'aime je dis sans tenir compte d'éventuels différents antérieurs. Ce n'est pas le cas chez
beaucoup de vos confrères qui nourisssent de fermes inimitiés vis-à-vis de vignerons qui ont eu la langue trop bien pendue. Enfin, et toujours, j'ai eu l'occasion de constater que l'amour
régnait entre eux.



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