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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 00:09

Rome !

 

Chez RAP, c’était en fin de journée, je venais de prendre une vraie saucée sur mon vélo, pluie joyeuse et bénéfique, lorsque j’entrais un peu dégoulinant, le premier sourire que j’ai capté c’est celui de Lucia Ceracchi. Sans tomber dans les clichés faciles, l’image des escapades sur la Vespa, petite guêpe agile, d’Audrey Hepburn et de Gregory Peck dans Vacances Romaines (1953) puis de Nanni Moretti dans Journal Intime (1993) me venait à l’esprit. J’étais en terres italiennes pour découvrir les vins de Matteo Ceracchi, jeune vigneron passionné, du domaine Piana Dei Castelli, à Velletri au sud-est de Rome, dans le Latium, dans un terroir volcanique.

 

Rome donc, l’Italie Centrale, la capitale politique du pays, et dans ma mémoire, en dehors de mes références cinématographiques, le souvenir des écrits d’Alexis Lichine « Les vins des Castelli Romani comptent parmi les meilleurs d’Italie. Ce sont surtout des blancs secs, presque toujours délicieux quand on les consomme sur place. Le Frascati est le plus connu. Nombre de ces vins supportent les rigueurs des voyages océaniques. Blanc, sec ou demi-doux, l’Est ! Est !! Est !!! de Montefiascone est celui qui fait l’objet de la plus belle légende italienne au sujet du vin. » (Est ! Est !! Est !!! Chronique du 15/08/2007 link

 DSCF1432.JPG

Les Ceracchi sont implantés, enracinés dans ce terroir de Velletri depuis 2 siècles mais pour Matteo, formé à l’œnologie à San Michele in Alto Adige (le Trentin), la barre n’était pas placée assez haut. Avec Lucia sa sœur qui le soutient, il veut tirer la quintessence de son terroir, pour l’amour du beau vin. Pour ce faire il va acquérir des vignes abandonnées, une trentaine d’hectares pour bâtir son domaine Piana Dei Castelli. La conversation chez RAP entre Matteo et moi se fait par l’entremise de Lucia, résidente à Paris depuis 6 mois et qui pratique le français beaucoup mieux que moi l’italien. Elle souligne en riant « les vignes appartenaient à la banque ». Il a donc fallu de l’énergie, travailler dur, être en osmose avec son vignoble pour que les vins arrivent jusqu'à nous.

 

Je n’ai pas bien sûr arpenté le vignoble mais j'ai noté qu'un commentateur italien insistait sur le soin, la méticulosité de Matteo. Son aventure il l'a mène sans le soutien de sa famille, si importante en Italie, en effet le nouvel état d’esprit de la génération de Matteo et de Lucia s’affronte au scepticisme du père. Mais, à force de travail, de soins, la reconnaissance arrive. Matteo il les aiment ses vins, il les bichonne comme des enfants, il les défend avec fougue, il m’explique sans que je puisse tout à fait tout comprendre. Mais Lucia m'éclaire, avec son frère ils ont un défi à relever : celui de l’excellence. Voilà une très belle affirmation de jeunes passionnés, chacun dans son registre pour Matteo l'homme de l'art : c'est son terroir, ses vignes et ses vins ; pour Lucia, comédienne et scénariste, ce sont ses mots, son histoire. Mais en définitive la même passion les unit : celle de ces vins qui leur ressemblent.   

 

 DSCF1496

Leurs vins, les vins de Piana Dei Castelli je les ai dégustés sans me disperser, concentré sur mon sujet : les blancs d’abord. Ils sont vraiment grands, tous, sans exception. Et croyez-moi je n’écris pas cela pour les beaux yeux de Lucia mais parce sur mon petit carnet vert, tout fripé, j’ai pris des notes. C’est si rare chez moi. En revanche ne comptez pas sur moi pour les noter car l’émotion esthétique ne peut s’accorder avec la vulgarité sèche d’un chiffre. Les grands blancs de Matteo sont droits, expressifs, d’une fraîcheur, d’une vivacité qui, comme l’écrit un commentateur italien, donnent le sentiment d’entendre le minéral de la roche-mère volcanique. Ces vins sont tous des IGT Lazio. Pour les rouges, les vins de Matteo sont en devenir, il leur faut prendre de l’âge pour exprimer un très beau potentiel. Le problème dans une telle dégustation c’est qu’après avoir frôlé les sommets avec les blancs l’approche que l’on a ensuite des rouges est un peu biaisée. C’est très injuste pour eux car on sent aussi sur eux la patte du vigneron et ils sont aussi d’une très belle expression. C’est un peu comme lorsqu’on effeuille la marguerite entre le je t’aime beaucoup et le je t’aime passionnément il n’y a qu’une seule marche.

follia.jpgChoisir est toujours une douleur mais j’ai retenu dans ma dégustation les 2 Follia en blanc c’est un Sauvignon 2010 et en rouge c’est un 100% sangiovese. Je ne puis encore vous dire à quel prix ils seront commercialisés à l’épicerie de RAP mais, dès que je le saurai, je ferai passer le message. Enfin, cerise sur le gâteau j’ai adoré le Grigio, un petit extraterrestre charmeur qui doit faire briller les yeux des filles. De cette dégustation chez RAP des vins de Piana Dei Castelli de Matteo je retiens que dans nos vieux pays de vins, l’Italie, la France et quelques autres des jeunes pousses arrivent à maturité et frappent à la porte de la notoriété. Les situations acquises, confortables, sans grand génie, de certains vont être bousculées. Bien sûr on me rétorquera que c’est le lot de la jeunesse de ruer dans les brancards, de secouer la routine mais dans ce mouvement actuel je trouve un supplément d’âme qui va bien au-delà de la pure technique. Ces jeunes vignerons passionnés savent mais ils mettent leur savoir au service d’une réelle recherche d’authenticité. Chemin difficile certes mais à nous ensuite de les aider à trouver un juste retour des efforts qu'ils ont consentis. Alors, les suivre, les encourager, les faire découvrir voilà un beau passage de témoin qui me plaît beaucoup. 

Matteo

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 22/06/2011 17:59



Quelqu’un de TRES MAL intentionné vient de me glisser à l’oreille que moi, je serais plutôt du genre « sot
vigneron », comme cépage. Tu sais qui c’est ? L’ami Otto Kritik.



Luc Charlier 22/06/2011 17:56



Ben, non, sûr que non. L’érudition fait office d’intelligence chez les imbéciles !


Le vignoble italien est généralement totalement inconnu des Français et on ne peut pas demander à tout le monde de s’appeler Pierre
Galet – j’ai eu la chance de m’entretenir deux fois avec lui. Je n’ai  moi-même jamais tenté de présenter l’examen au MW, car je ne sais presque rien
du vignoble néo-zélandais. Or, en volume (et parfois en qualité) il n’est pas négligeable. Il paraît qu’ils y ont un cépage blanc fantastique : le Char Donneray. Jamais goûté,
toutefois.


Ici, il me paraissait important de faire le lien exact car le sangiovese compte à mes yeux parmi les dix (ou mieux encore) plus
intéressants cultivars au monde et cela souligne le potentiel à bien faire du domaine que tu nous présentes.


Ce qui est marrant dans un blog interactif – et je pense que c’est la définition d’un blog ou au moins sa fonction subsidiaire - c’est
que, une fois l’orthographe rétablie, le post correcteur et « m’as-tu vu » n’a plus sa raison d’être et que son auteur passe pour un PC (petit con) prétentieux. Bien fait.


Shame on me !



Luc Charlier 22/06/2011 12:13



Entrées maritimes et petit crachin ce matin. Un temps à ne rien faire sur le coteau – surtout pas de plaies ! - et un temps à
trembler devant le mildiou pour les collègues des bas-fonds. On en a profité pour réviser les vélos en vue d’une escapade oeno-crustacéo-touristique sur l’Île d’Yeu. Puis, on lit les
blogs.


Il avait raison, Garibaldi, d’aller boire du Frascati, je vous le disais hier avec insistance. Il existe au sujet de ce cru le même
dicton que pour les rouges du Württemberg : on prétend qu’on n’en voit jamais (ou très peu) à l’étranger car les locaux se le réservent. Et c’est vrai qu’il se produit peu de Frascati, alors
que les Romains sont nombreux à le boire : « Mon vignoble est plus petit que le Mont Capitole, mais mon escarcelle n’appartient pas au Crédit Agricole », en somme ! René
Goscinny n’a pas pour rien pris comme acolyte un émigré italien.


Enfin, Jacques, sauf si je me trompe lourdement, le cépage rouge ne devrait pas être du San Giovanese (inconnu à mon bataillon) mais
bien l’ubiquitaire et excellent sangiovese (comme dans le Chianti , mais aussi à Montalcino ou a Montepulciano, sous d’autres noms). Les Corses l’appellent Nielluccio sauf quand
on va l’arracher : alors il devient du Yvancolonnuccido, la République n’est pas à une honte près !


Enfin, plus sérieusement, je pense qu’on a souvent intérêt à faire goûter les vins rouges avant les blancs, lorsque ces derniers sont
exceptionnellement réussis, concentrés et vifs. Ce n’est pas l’usage en France – LA référence mondial comme il se doit, cocorico - mais il me semble que l’explication vient de la prédominance des
gourous bordelais, pour qui le vin blanc (sauf très récemment) n’a jamais été considéré comme primordial.



JACQUES BERTHOMEAU 22/06/2011 17:06



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