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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 10:02

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Juste avant la Noël, rendant une petite visite impromptue du côté d’Avize à Anselme Selosse en compagnie de mes copines Magalie et Cassandre, celui-ci évoquait avec moi la naissance et la vie mouvementée de Sève link.


Les filles nous ont sans doute pris pour des anciens combattants un peu nostalgiques d’un temps qu’elles n’ont pas connu. Je ne vais pas l’évoquer, ni regretter que le goût immodéré que nous avons pour nous diviser ait laissé le champ libre aux médiocres, mais simplement affirmer qu’ayant toujours été aux côtés, depuis les premières heures de ce qui était alors « vignerons dans nos appellations », le combat continue.


Hasard du calendrier, dimanche j’écrivais à propos d’un énième projet de Crémant « Nous n’avons pas totalement épuisé le modèle AOC.  Usons-le jusqu’à la corde et ensuite nous nous étonnerons qu’il ne permet pas au vignoble français de tirer tous les avantages de son statut de vignoble généraliste. Nous pouvons tout faire à condition de bien le faire. C’est simple, mais la simplicité ne fait pas parti de notre génie national. Reste les espaces de liberté qui permettent de faire des pieds de nez aux chargés d’écriture qui règnent dans les zinzins à financement obligés. »


N’étant ni vigneron, ni partie prenante du monde du vin au sens où mon devenir ne dépend en rien du sien, j’ai toujours soutenu le combat collectif et dénoncé le bal des egos de certains défenseurs autoproclamés des vignerons.

Bref, dans l’affaire d’Olivier Cousin qui a fait l’objet d’une émission hier sur France Inter link  je laisse donc la plume au camarade Patrick Baudouin l’un des animateurs de Sève.


« L'Inao, la Fédération Viticole de l'Anjou, ont tort de poursuivre Olivier, je leur ai dit, c'est refuser de voir les vrais problèmes. La profession n'a pas voulu mettre en application ce qu'elle avait elle-même voté (Comité National de l'Inao 1 et 2 juin 2006) :

 

Le Comité National des Vins et Eaux-de-Vie de l'Institut National des Appellations d'Origine s'est réuni les 1 et 2 juin sous la présidence de René RENOU.


Dans le cadre de la réécriture des décrets des Appellations d'Origine Contrôlées, le Comité National des Vins et Eaux-de-Vie de l'INAO s'est prononcé sur une segmentation de l'offre des AOC. Ceci afin de répondre au mieux aux attentes du marché et des consommateurs et ouvrir de nouvelles perspectives à l'ensemble des producteurs....en segmentant leur offre en deux catégories:


- la première répondant à des critères stricts de production relatifs à un lien fort au terroir, une notoriété établie alliés à des facteurs humains et naturels. Il s'agit des vins jouissant actuellement d'une forte valeur ajoutée.


Comme rien de sérieux n'a été fait, les AOC explosent un peu dans tous les sens. Sur les solutions, j'ai un point de vue un peu différent de celui d'Olivier : je ne suis pas pour une « sous-catégorie » de « vins artisanaux ». Pourquoi nous mettre hors AOC, en sous-catégorie ? L'enjeu, ce n'est pas l'artisanat, c'est le lien au terroir. Il y a de petits domaines qui font du tout chimique, du tout chaptalisation. Et en Anjou, plusieurs domaines entre 30 et 50 ha font de forts beaux vins, en bio, avec un bon lien au terroir, un respect de l'environnement et du consommateur. L'enjeu, ce n'est pas un « sous-catégorie », c'est une catégorie « d'excellence » telle que nous étions nombreux à vouloir avec René Renou. Et que nous voulons encore....Nous n'avons pas à sortir de l’AOC, c'est à l’AOC de nous faire une place justifiée... »

 

Ce matin Stéphane Le Foll était sur France-Inter, il a évoqué le débat de sa future loi d’avenir : et pourquoi diable l’esprit de l’AOC n’y est même pas évoqué ? Vous ne trouvez pas cela étrange ? Moi si, mais je ne jetterai pas la pierre au Ministre : ses interlocuteurs du monde de la vigne et du vin sont majoritairement dans le camp de l’AOC pour tous…

 

2014 l'année du rebond des vraies appellations ?


 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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le Taulier pour un vigneron 07/01/2014 10:30


Bonjour Jacques,


 


J’ai écouté une partie de l’émission sur Olivier Cousin.


Je suis loin d’adhérer à tout ce qu’il a dit : sous  un air faussement naïf qui me
perturbe,  il pose des questions qui vont  bien au-delà du système d’appellation.


Mon épouse est gauchère et serait plus à l’aise pour conduire à gauche, mais elle conduit à
droite car c’est la règle. S’il lui prend de conduire à contresens, ce n’est pas seulement un PV qu’elle risque, mais c’est la vie  des autres, accessoirement la sienne.


On n’en est pas là ici au même niveau du risque, mais le principe est le même : il y a la
loi, les règles qui permettent la vie collective, et on est bien obligé de s’y soumettre. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faut rester les bras croisés : le contexte doit changer. Et la
situation d’Olivier Cousin mérite bien qu’on s’y intéresse. Aussi – à nouveau – parce qu’elle dépasse le cadre des AOC.


J’ai participé un moment aux discussions au sein de SEVE, tout à fait par hasard : j’étais
dans une liste de destinataires  de mails où  je n’avais rien à faire. Mais j’ai pu assister et participer à quelques échanges.


Pour reprendre l’expression de Mallarmé, je dirais que INAO-SEVE, c’était la face
alternative des choses. Ou l’avers et l’envers. L’objet était exactement le même, simplement, on ne le regardait pas sous la même face. Mais les tenants des deux faces étaient aussi doctrinaires
l’un que l’autre. UN système exclusif de part et d’autre. Simplement, la frontière ne passait pas aux mêmes endroits.


On n’en est plus là aujourd’hui, et les propos de Patrick en témoignent.


La réflexion qu’avait entamée Renou sur la reformation (ou refondation) des AOC a été tuée
dans l’œuf par les sbires même de l’INAO.


Je me souviens de la présentation qui en avait été faite par notre directeur de centre du
moment, avec un développement critique immédiat, et la contre-proposition faite dans la foulée, plein de bon sens et d’avenir, comme il se doit : en gros, voilà ce que notre président veut, voilà
ce que nous, nous voulons.


L’administratif a pris nettement le pas sur le politique, c’est monnaie courante. La chose
n’a pas été faite, et finalement, qu’en serait-il ressorti ? On ne le saura pas, mais la démarche était extrêmement élitiste. Est-ce certainement la raison pour laquelle SEVE y a adhéré avec
autant d’enthousiasme. Est-ce aussi la raison pour laquelle elle a été rejetée ?


 Mais l’objectif de Renou était bien que les producteurs se réapproprient
l’appellation.  Dans le lointain aussi, fondue dans la brume, Renou dessinait une vision économique, qui est, en dépit de tout ce qui est dit, un des fondements du système : la rente
d’appellation.


Système collectif, soit, mais qui doit être efficace :  les systèmes, exigeants et
rigoureux, naturellement, c’est la condition sine qua none, qui marchent doivent être préservés. On ne dérange pas, comme le disait Karajan - tout Karajan qu’il était – on en dérange pas un
orchestre qui joue.


Et Renou est mort et sa volonté s’est immédiatement volatilisée dans les orientations du
personnel au sens large de l’INAO : la réforme des AOC a été télécommandée depuis les bureaux de Paris. Avec une lecture à la clef très populiste, statique, aboulique… comme je vous le disais
hier. Muséographique. Et on dérange les orchestres qui jouent…


 


Olivier Cousin en est l’exemple. Je ne sais pas s’il lave plus blanc, et que le fait qu’il
soit en bio ou en biodynamie justifie un « classement » à part. Je ne crois pas. L’appellation ne se résume pas à la philosophie culturale du moment. Bio, pourquoi pas mais ce n’est pas toujours
en phase non plus avec le développement durable ou d’autres systèmes qui pourraient venir. A chaque nouveauté, faudra-t-il qu’il ait scission ? Mais ici, l’ODG fonctionne comme une « tribu »,
comme vous le dite, sectaire, exclusive, dirigiste. Dans ce sens, le collectif est une erreur.


D’autre part, il y a la question du nom, qui est centrale.


Dans la nouvelle définition de l’appellation donnée par l’INAO, un terroir est défini comme
étant un « territoire délimité ». Donc, pas de terroir sans appellation. Et le nom appartient à l’appellation. C’est un abus de pouvoir : le terroir – et son nom - est préexistant à
l’appellation. Mais comme me l’avait signalé ce même directeur de centre, ceux qui sortent de l’appellation ne font plus partie du terroir. Vous imaginez ! Comment peut-on arriver à un tel mode
de pensée ? C’est totalement absurde. On en est là aujourd’hui. Mais si elle n’est pas légale, la démarche de Cousin est légitime, et tendra, compte tenu des enjeux et du fonctionnement des AOC,
à apparaître de plus en plus souvent. Je fais du vin dans un terroir, avec du raisin de ce terroir, suivant les modes de production constants, reconnus par ma clientèle comme typiques : sur
quelle base 

le Taulier pour une chercheuse 06/01/2014 11:01


J'ai écouté l'émission d'inter sur les AOC dimanche. 



Déjà un premier bon point, le sujet est passé, il était bien présenté, relativement équilibré, on voyait bien se dessiner deux enjeux autour des AOC, produire et vendre à une clientèle pour
laquelle l'AOC continue d'être un repère de qualité et de l'autre faire valoir un lien renforcé au terroir auprès de buveurs beaucoup plus investis dans leurs achats de vins.



La solution que proposait Olivier Cousin cherche cependant un peu à réinventer les AOC comme si on était au tournant du 20° siècle.


Oui c'est sûr, les problèmes actuels dans les AOC ressemblent à ceux affrontés par Capus, Clementel, Le Roy…Toutefois, la situation est malgré tout un peu différente notamment parce qu'on a un
siècle d'histoire sous les pieds et des AOC qui ont fonctionné plutôt bien jusqu'à la fin des années 90.



Je trouve donc que Patrick a raison, créer une nouvelle catégorie de vins artisanaux en dehors des AOC, c'est un peu réinventer l'eau chaude en réinventant les AOC à côté des AOC et ainsi
disqualifier le travail déjà réalisé au nom d'une inadmissible dérive récente.


Il me semble plus judicieux de travailler à donner une place à cette quête de terroir authentique dans les AOC qui ne cesse de se renforcer. Et je pense que cette place est à
côté - et donc aussi avec - l'autre façon de concevoir la production AOC, la conception actuellement majoritaire ; mais cela exige il me semble, de mieux
faire valoir les complémentarités et les différences entre les deux approches pour que chacun puisse s'appuyer sur sa raison d'être et ce qu'il apporte en propre aux AOC et à leur pérennisation.



Avec tous mes meilleurs vœux aux AOC, cette invention extraordinaire qui a permis le maintien d'une diversité de produits absolument exceptionnelle et inégalée à l'heure où diversité signifie de
plus en plus richesse et non plus pertes et gaspillages,

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