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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 00:08

Je sens poindre des reproches : c’est bien beau Berthomeau de lancer des appels à la mobilisation pour donner un coup de main aux vignerons du Beaujolais mais faudrait que l’intendance suive ! J’en conviens, mais l’intendance c’est moi et moi seul. Ceux d’entre vous qui ont répondu présent à ma proposition de Task Force s’ils souhaitent me prêter main forte doivent au minimum me faire parvenir des biscuits. Certains ont commencé, d’autres m’ont promis de m’alimenter : j’attends !

 

Bref, ne serais-je qu’un faiseur de coups en mal de notoriété et, pire, rien qu’un arpenteur des beaux terroirs avec mon beau costar ?

Ça se pourrait bien car, comme vous le savez, je suis allé faire mon gandin au Grand Jour de Bourgogne, où j’ai enchaîné la dégustation chez JC Boisset le matin à Nuits et celle du château du Clos Vougeot le soir. Puis, la semaine suivante, je suis allé faire le beau 2 jours dans les châteaux des GCC de Bordeaux sous le prétexte fallacieux de jouer dans la même catégorie que « les longs nez et les gorges profondes » qui hument et se gargarisent au 2009 millésime d’exception dit-on. Pour faire bon poids, même si mon casier vin est déjà aussi épais qu’une histoire de Bigard, voilà t’y pas que mon goût pour la belle table du Laurent ferait dire à de bonnes âmes que j’y tiens table ouverte. Vu mon lourd passé sous les ors de la République tout cela relève de la récidive et je risque fort de finir mes jours chez mes voisins de la rue Messier qui se refond une Santé aux frais de la République.

 

Donc je me suis dit « Berthomeau, ressaisis-toi ! Fais un vrai au retour au terroir. Reviens au terrain ! Retrouve la chaude ambiance catalane de la salle des fêtes de Trouillas, l’accueil distancié à la charentaise de la mairie de Jonzac, l’arrivée au petit matin à la cave coop de Valros dans le bureau de Jeannot... la vraie France donc... celle du bas. T’es pas fait pour te pavaner dans les châteaux mon gars. Coltine-toi les problèmes insolubles. Contente-toi de pester contre les metteurs d’emplâtres sur les jambes de bois ! Si ton ego en a besoin dis-toi qu’on te béatifiera quand t’auras passé l’arme à gauche : dans notre beau pays les tombereaux de fleurs arrivent pour la levée du corps... »  Je m’attendais à des remontrances ou a des silences polis et j’ai eu droit au coup de pied de l’âne.

 

J’adore les ânes, ceux qui me suivent depuis longtemps le savent. Lire « Adieu Modestine » http://www.berthomeau.com/article-3598608.html donc qu’Hervé Bizeul ne prenne pas mal le recours à cette expression à son propos. Tout le monde connaît Hervé Bizeul donc je ne le vous présente pas. Mes écrits sur le caddie de Leader Price lui ont échauffé les sangs. Sa sentence est tombée sans appel « Un article, rayeur*, inutile et partial. » Espace de liberté oblige : Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur alors, comme disent nos ados, qui aiment tant le gel coiffant effet mouillé, pas de soucis. Mais voilà t’y pas que dans son élan bienveillant de releveur de bretelles d’un chroniqueur qui pratique la sociologie à 2 balles et qui gaspille son réel talent à écrire des facilités, notre Hervé se lâche « enfin, tu remarqueras, si tu n'as que deux ou trois produits dans la main, que c'est l'endroit où, systématiquement, on te propose de passer devant... Ce sont peut être des pauvres, tu peux les mépriser à demi mot, mais tu devrais y aller, pour voir. Chiche ? » C’est t’y pas beau ça me voilà, au détour d’une phrase taxé de mépriser à demi mot les pauvres.

 

Là, je me suis dit : mon coco faut que tu consultes en hâte une cellule de soutien psychologique pour encaisser un tel crochet du droit. Et puis, après quelques coups de plume au cul des commentaires de Bizeul, je me suis dit que le jeu n’en valait pas la chandelle. C’était comme si moi j’avais écrit que la « Petite Sibérie » faisait un tabac en Seine-Saint Denis et qu’on m’accusait d’anticommunisme primaire. La meilleure thérapie c’est l’action. Je suis donc revenu à mon auto-mission : le Beaujolais. Je travaille. J’écoute. Je lis ce qui a été proposé : le plan Beaujolais de mon collègue Alain Bolio par exemple...

 

Ce matin, puisque selon mon habitude j’ai longuement digressé, je soumet à votre réflexion deux éléments lourds de la production du beaujolais :

 

 

La part du Vrac : 75% 

 clip_image002.gif

 

 

La part des caves coopératives : 30% de la récolte totale qu’elles vendent au ¾ au négoce.

 

 

Ces deux pourcentages montrent que s’en tenir qu’à une approche par le haut, qui bien évidemment est nécessaire pour bâtir ou rebâtir une notoriété pour les crus du Beaujolais, ne se révèle pas suffisante pour traiter au fond le dossier Beaujolais « Grand Corps Malade ».

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Lalau 27/04/2010 14:43



Il me semble que les débats avancent, on a même quelques propositions.


Comme c'est le consommateur qui paie, j'aimerais en revenir à lui envore une fois.


A-t-on idée de la proportions de français qui achètent encore du Nouveau? De la prodportion qui achètent du Beaujolais tout court? Et des Crus?


A-t-on réalisé des enquêtes d'opinion à propos des qualités organoleptiques que le consommateur (effectif ou non) attend du Beaujolais? Et les reproches que fait ce même consommateur, si
désaffection il y a.


On parle du négoce: le consommateur est-il fidèle à une marque? Combien peut-il en citer spontanément?


Comme Michel Smith, je suis persuadé que la reconquête passe par le Beaujolais de base, que c'est son blason qu'il faut redorer - en écartant sans manières les vins qui ne correspondent pas aux
minima des consommateurs; que ce soit en les rebalançant en IGP départementale, ou bien en créant une IGP Beaujolais.


Et en communiquant sur la qualité réelle du reste.


Et pour ça, il faut mieux connaître ce qu'attend le marché.


Mais ne mettons pas la charrue avant les beaufs: d'abord produire bon, puis bien le marketer.



Jacques Sallé 26/04/2010 08:56



Ces derniers commentaires d'Olivier Nesle méritent réflexion en effet : deux philosophies d'élaboration des vins peuvent très bien co-exister, d'autant mieux que la segmentation des vins "haut de
gamme" est effectivement bien étroite. Mais alors il s'agit d'une remise en cause du principe élitiste des appellations mis en place au début su siècle dernier pour des raisons économique
d'adaptation aux marchés.


 


On peut estimer que chaque appellation a son prix plancher, déterminé par la loi de l'offre et de la demande. Certains en profitent, comme à Sancerre, d'autres en souffrent, comme dans le
beaujolais, le muscadet, les côtes du Rhône etc.


Le seul levier de rentabilité concerne effectivement les rendements. Et l'augmentation des rendements induit une logique industrielle de la production de vin, bien évidemment. Ce que nous avons
effectivement constaté depuis une vingtaine d'années...


Mais si ces vins profitent de l'image de l'appellation, ces mêmes vins finissent par nuire à cette réputation établie sur le moyen et le long terme.


Demander à ces vins à apposer une mention indicative de leur logique industrielle relève de l'angélisme, d'autant que les intérêts de ces derniers sont très bien défendus à tous
les niveaux des centres de décision : du syndicat local jusqu'aux instances européennes...


Illustration : l'actualité de la future législation des "vins bio" (communiqué) :


 



"Les Vignerons Indépendants de France appellent la France à rejeter le projet de règlement relatif au vin bio au comité SCOF du lundi 26 avril prochain.

Ce texte qui accepte des pratiques physiques (chauffage des vins à 65°, microfiltration proche de la stérilisation à 0.1 micro, réduction de PH par membrane bipolaire, etc.), des intrants
(l’alginate de K, les acides d’ammonium, etc.) qui ont en commun de dénaturer les matières vivantes du produit, se retournera contre les vignerons et toute la filière à moyen terme. L’argument
qui consiste à dire que ces pratiques sont nécessaires pour respecter les nouveaux seuils de sulfites (SO2) ne tient pas."



A méditer...


 







Olivier NASLES 25/04/2010 11:32



Non, Michel l'avenir du Beaujolais ne passe pas par une réduction drastique des rendements ! Tu devrais le comprendre toi qui vit dans une région qui fait des vins merveilleux mais qui est aussi
en crise que le Beaujolais tout en ayant des rendements très bas. Le débat qu'a lancé Jacques sur le Beaujolais est symptomatique de la dualité permanente que vit notre viticulture associant sans
arrêt ce mot sans aucun sens de "Qualité" à la survie économique. Si faire des vins de "qualité" suffisait, les vignerons de la Vallée du Rhône, ceux du Languedoc ou du Roussillon ne seraient pas
en train de crever. 


Je voudrais apporter deux éléments au débat : 


Le premier est que tant que nous n'aurons pas intégré en France le fait qu'il doit y avoir deux viticultures clairement identifiées, nous ne nous en sortirons pas. Non
Michel, l'avenir du Beaujolais n'est pas dans les vins vendus plus de 5 euros ! Il faut toujours avoir en tête que plus des 2/3 des vins en France sont vendus à moins de 4 € TTC au consommateur.
Dans le Beaujolais, comme dans les autres grandes régions de France, il nous faut batir une viticulture que je vais qualifier de ce mot politiquement incorrect d'Industriel qui
doit produire un vin adapté au goût du plus grand nombre de consommateurs à un prix de revient le plus bas possible. Ce prix, il est la résultante de nombreux facteurs où
l'équation rendement/prix de vente à un rôle non négligeable. J'ai prix l'habitude aujourd'hui de ne plus analyser les performances d'un vignoble à travers les prix de vente mais à travers le
revenu/ha, un prix vrac de 90€ l'hl n'a pas vraiment le même sens dans une AOC Côtes du Rhône à 45 hl/ha et dans l'IGP Sable du Golfe du Lyon à 85 hl/ha, il y a en a un qui est à moins de 4000 €
l'ha et qui crève et l'autre qui est à plus de 7500 € l'ha et qui gagne bien sa vie. Le problème n'est pas un problème de qualité, l'un vend un produit adapté au marché actuel, l'autre pas. Ce
qui parasite le débat, c'est l'absence de volonté des professionnel de clarifier l'IDENTIFICATION de ces produits pour le consommateurs. Dans l'AOC cohabite de façon incontrôlé
ces deux types de produits. Une solution toute simple serait que demain l'IGP Beaujolais produise à 70 ou 80 hl/ha, des vins thermovinifiés aromatiques et goulayants comme nos
rosés qui séduisent nos jeunes et nouveaux consommateurs qui n'en ont rien à foutre de nos prises de têtes "qualitatives", c'est grace à cela que la Provence surnage un peu dans la débacle des
vins français. Et puis bien sûr, il faut consacrer des VRAIS AOP, probablement à travers les Crus, des vins complexes tels que les produit Marcel Lappierre mais qui ont une clientèle limitée à
travers le monde prête à mettre le prix nécessaire pour se donner du plaisir. 

Le deuxième éléments que je voudrais apporter au débat est que pour moi, le problème du Beaujolais n'est pas encore une fois un problème de la "qualité" même si au coeur de l'âge d'or du
Beaujolais, il y a eu une vrai dérive dûe à la facilité de faire de l'argent. Depuis dix ans, les vignerons de cette région ont vraiment fait des efforts pour mieux travailler et pourtant ni les
ventes, ni les prix ne remontent. Alors pourquoi ? Tout simplement parce que le Beaujolais est pris à son propre piège de sa réussite passée, du vin plaisir de toute une année dans un machon
lyonnais, il est devenu le vin nouveau que l'on buvait jusqu'en janvier, puis jusqu'en Décembre, et il est aujourd'hui le vin d'UNE journée le troisième jeudi de Novembre. J'aime
le Beaulolais nouveau et j'en suis fier, j'aime sa fraicheur aromatique, c'est mon rosé de l'hiver. J'ai été frappé l'an dernier, dans une brasserie à Paris, le 29 Novembre, de m'entendre
répondre : "Monsieur le Beaujolais nouveau, nous n'en commandons plus que pour les deux ou trois jours qui suivent sa sortie". Ce jour-là, j'ai vraiment réalisé le piège qui s'était refermé sur
ces producteurs. 



Alors, Jacques, tu souhaitais des propositions ou plutôt des idées pour aider ce "Grand Corps Malade", la mienne est simple arrêtons de faire du Beaujolais Nouveau, repositionnons le Beaujolais
en IGP comme le vin "plaisir" de l'hiver à boire entre amis autour d'une cuisine de copains. Scindons bien les Crus, qu'ils ne soient plus du Beaujolais, mais qu'ils soient simplement des vrais
AOP Moulin à Vent, Morgon ou Juliénas... Nous devons être sur des vins très différents avec des clientèles différentes car à vouloir les lier les Crus ne tirent pas le Beaujolais et le Beaujolais
plombe les crus qui produisent pourtant des vins superbes. N'opposons plus la politique de "productivité" à celle de "qualité" mais dissocions clairement ces deux familles pour que chaque
consommateur AVEC SON GOUT ET SES ATTENTES puisse choisir le vin qui lui est adapté !


Olivier



Michel Smith 25/04/2010 00:45



Merci à Jacques Sallé de souligner - su moins il me semble -, ce que je tente de dire : la réduction conséquente  - je dis biens conséquente - pour l'obtention du nom Beaujolais, en ce qui
concerne les rendements, me paraît être un signe crucial envers le consommateur. Oui ? Non ?



Jacques Sallé 24/04/2010 09:25



Tout à fait d'accord avec Régis Bourgine. D'autant plus que le vrai travail du négociant est d'assembler un grand nombre de bons vins -car le négociant peut choisir les meilleures cuvées des
meilleurs vignerons, contrairement aux coopératives qui n'ont pas d'autres choix que d'accepter ce que leur apporte leurs coopérateurs. On ne fait pas de bons assemblages avec des vins
médiocres. Donc rien ne s'oppose à l'élaboration d'offre massive de vins de qualité en assemblage - ce que certains opérateurs historiques ont bien prouvé - à condition que les vins de chaque
vigneron sélectionné soient bons.


Or le fait d'enherber dans le rang n'est pas un gage de qualité, pas plus que l'usage d'un intercep (qui ne coûte pas si cher), même si ces pratiques culturales sont bien meilleures qu'un
désherbage sytématique. Préférer une sélection massale, adapter les porte-greffes aux sols, augmenter la surface foliaire, palisser, travailler le sol en surface, ne pas utiliser de systémiques
qui entrent dans la sève et contaminent le raisin (donc le vin), récolter un raisin mûr, ne pas enzymer, ne pas levurer... etc. Donc tout l'inverse de ce qui a été prôné depuis plus de 20 ans par
les ingénieurs agronomes et les oenologues ou plutôt par les "missi dominici" de l'industrie agrochimique que sont les technico-commerciaux des coopératives d'approvisionnement.


 


On peut espérer que c'est en ce sens que les viticulteurs qui vivent aujourd'hui dans l'angoisse des messages "alerte mildiou", "alerte euthypiose" etc., lancés par les vendeurs de
produits phyto puissent retrouver la sagesse du vigneron d'antan, sa qualité de vie, en phase avec la nature, et le sourire radieux d'un homme accompli qui vous accueille pour vous
faire partager SON VIN



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