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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:09

Ce matin je mets les pieds dans le plat, le mien : ne serais-je qu’un arroseur arrosé ? Un harangueur de marché forain qui se permet de remonter les bretelles des petits agités de la blogosphère pour leur inconstance alors que lui balance en permanence des opérations à la pelle, telle celle dites Grand Corps Malade, fait trois petits tours et puis remballe sa marchandise en laissant les problèmes en plan. Oui, j’ai pleine conscience que, n’ayant qu’un pouvoir tribunicien, si les personnes en charge des questions que j’aborde sur mon espace de liberté ne reprennent pas mes idées, bonnes ou mauvaises, au bond elles tombent dans le grand puits sans fond des initiatives sans lendemain. C’est ce qui est arrivé, dans une certaine mesure, à mon opération Grand Malade concernant le Beaujolais où je m’auto-missionnais : elle n’a trouvé aucun écho auprès ni de l’Interprofession, ni des structures professionnelles de cette région. Le silence, l’indifférence, à quelques exceptions notables près, m’ont remis à ma juste place : celle d’un petit chroniqueur de la Toile.

 

Que voulez-vous que j’y fasse ? Rien bien sûr, depuis de nombreuses années je ne suis qu’un observateur privilégié des choses du vin à qui certains répètent à l’envi que... je vous fais grâce de la suite car elle me fatigue, me saoule, m’irrite. Dans toutes les missions qui m’ont été confiées par le passé jamais je ne me suis érigé en donneur de solutions me contentant du rôle, plus modeste, d’accoucheur de décisions. Ce qui me frappe en notre vieux pays, et ce n’est pas propre à la viticulture, c’est notre grande capacité d’analyse des situations : que de rapports accumulés, avec pour corollaire notre absolue incapacité de poser les termes de vrais choix, de nous en tenir à l’essentiel, de dégager une ou deux priorités et puis tout bêtement de décider. L’image des carrefours parisiens lorsque les feux tricolores sont en rade, où les automobilistes s’auto-bloquent, est la plus parlante. En clair qu’importe ma propre immobilisation si tout le monde est logé à la même enseigne. La médiation n’est pas dans nos gènes. Le faire est l’ennemi des systèmes bureaucratiques publics et privés où chacun défend son pré-carré, balise, mégote, s’enlise.

 

Bref, tout ça m’emmerde prodigieusement donc j’ai pris le parti de cesser de me faire du mauvais sang pour les uns et pour les autres, l’armée de ceux qui, sans doute à juste titre, estiment qu’il vaut mieux payer fort cher des audits de cabinets spécialisés, ces nouvelles sangsues du monde postmodernes, plutôt que de réfléchir par soi-même afin de prendre à bras le corps les sujets qui fâchent. La prolifération des conseils externes en tout genre symbolise pour moi une forme de démission de la responsabilité, un transfert comme le dirait les psys. Se prendre en mains, assumer sa part dans la décision, assembler des diversités, aller à contre-courant des longs fleuves charrieur de CVO, ouvrir grandes les portes et les fenêtres, c’est ce qu’ont fait les 15 du Beaujolais (1) avec Expressions d’Origine. Moi ça me plaît, ça me réconforte, ça me donne envie. Bien sûr, certains vont m’objecter que j’ai du retard à l’allumage puisque ce groupe est né il y a plus de deux ans. Qu’importe ! Et qu’on ne vienne pas me dire que ce ne sont que des gens d’en haut, un club de nantis, car alors je vais sortir l’artillerie lourde. Pour moi ce qui compte avant tout c’est que la bande des 15 œuvre pour l’extension du domaine du vin au travers d’une tradition revisitée du Beaujolais.

 Groupe17Oct08PhotoMichelGodet

J’en ai rencontré une poignée d’entre eux, non pas derrière un pilier de Notre-Dame comme Claudel a découvert Dieu mais au SHIRA à Lyon. Mes petits élytres se sont mis de suite en mouvement. Marie Lapierre (sur la photo des origines l'ami Marcel était toujours des nôtres), Dominique Piron, Guillaume de Castelnau, Pierre-Marie Chermette sont là, le plaisir d’une conversation à bâtons rompus : Dieu que je suis bavard !. Avec eux je retrouve mes envies de petit soldat, simple fantassin du vin : mon espace de liberté leur est grand ouvert et je suis sûr qu’à l’avenir, avec eux, je travaillerai non pas défendre le Beaujolais de papa mais à faire en sorte que celui du 21ième siècle reprenne sa place dans l’imaginaire des citoyens du monde. Ce matin je vous livre le texte de leurs Origines. Affaire à suivre sur mes lignes...   viewer-O

E x p r e s s i o n s d ’ O r i g i n e

D e s v i g n e r on s e n Mouvement

 

Un nom étymologique

 

Expression n.f.

1. Action d’exprimer quelque chose par le langage.

2. Manière de s’exprimer par le langage.

3. Expressivité d’une oeuvre d’art, musicale, littéraire…

Origine n.f.

1. Première manifestation, commencement, principe.

2. Point de départ.

3. Milieu d’où quelqu’un est issu.

4. Temps, lieu, milieu d’où quelqu’un est issu.

5. À l’origine, dès l’origine.

 

Du vin joyeux au vin triste

 

La photographie d’un vignoble balise bien des domaines : l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie, la culture, pour ne citer que les fondamentaux. Voilà pourquoi chaque vignoble en France ne ressemble à aucun autre.

Avant‐guerre, le vin du Beaujolais était la boisson populaire par excellence. Le "p’tit vin" des toiles cirées et des zincs des troquets lyonnais et parisiens, le "p’tit vin" des cochonnailles, du tablier de sapeur et de l’andouillette, le "p’tit vin" des cafés buvettes des villages. Une période joyeuse devenue prospère dans les décennies qui suivirent. Dans les années 1970, le vignoble a plus que doublé de superficie, les rendements ont suivi la même inflation positive et les exportations ont connu une croissance à deux chiffres. Bref, un boom sans précédent.

Le Beaujolais était à la mode, mais pas seulement. Les gros négociants bourguignons avaient bien vu tout le profit qu’ils pourraient tirer de ces vins à petits prix quand les bourgognes devenaient de plus en plus chers. Quant à la grande distribution, elle a vite compris que le concept de "p’tit vin léger et facile, à consommer dans l’année" était une manne inépuisable. Puis vint le Beaujolais Nouveau, le muguet du 15 novembre, un vin hypertechno et sous contrôle total dans les camions citernes en partance pour la France entière et pour l’Europe ou dans les containers direction  outre-Atlantique. La promotion du Beaujolais Nouveau ? Une propagande sans précédent en matière de vin, une stratégie de communication relayée par tous les mass-médias sans compter les affiches placardées partout. Chaque année, c’est la campagne électorale du Beaujolais Nouveau ! À force de matraquage est arrivé ce qui devait arriver : les consommateurs ne voient plus le Beaujolais qu’au travers du prisme Beaujolais Nouveau. La région ne connaît plus que la règle des trois unités : un lieu, un jour, un vin. Bref, une tragédie !

Aujourd’hui, le vin joyeux ne fait plus rire grand monde et surtout pas les vignerons ‐ les vrais – profondément attachés à leur patrimoine viticole et soucieux de le respecter. Dans cette épopée canaille du Beaujolais Nouveau, les crus sont passés à la trappe, la région s’est figée et la crise s’est installée pour de bon.

 

L’union fait la force

 

Alors quoi ? Suivre les faiseurs d’opinions et de modes ? Rester à quai en regardant passer le train de la modernité et de la mondialisation du vin ? Balayer une demande internationale sans précédent ? Laisser les jeunes engloutir des wagons de premix et d’alcopops ? Conjuguer le Beaujolais à l’imparfait ?

Pour Expressions d’Origine, impossible !

Expressions d’Origine ? 15 vignerons qui refusent cette fatalité et qui n’acceptent pas la disgrâce de leurs vins et de leur région.

15 vignerons qui pensent comme un seul homme :

Non, il n’y a pas les bons vins d’un côté et les beaujolais de l’autre !

On ne lâchera jamais le Beaujolais car il appartient au monde culturel et patrimonial du vin.

La valeur ajoutée de notre région tient dans cette trilogie : terroirs, cépage, hommes.

Dix crus, dix identités fortes, une collection haut de gamme pour le Beaujolais.

Expressions d’Origine ? Une association de bienfaiteurs du Beaujolais. Aucune leçon à donner et surtout pas aux autres

vignerons. Une seule évidence les a réunis : l’urgence de bouger, de parler, d’agir. Le faire en équipe plutôt qu’en solo, c’est l’assurance d’être mieux entendu et mieux compris. C’est la possibilité de parler haut et fort plutôt que de  chuchoter dans son coin.

 

Une certitude aussi : Expressions d’Origine n’est pas un "club de marque". Les esprits chagrins diront que ce groupe est la crème du Beaujolais ne cherchant qu’à se faire mousser davantage. Une analyse de l’épargne trop facile.

Expressions d’Origine, c’est un élan avec des engagements forts, ses mots d’ordre ne sont pas dictés par le goût du  pouvoir.

Expressions d’Origine, c’est l’ébauche d’un mouvement en lutte comme l’immobilisme, la résignation et la médiocrité. Un mouvement, par définition, est une organisation dont l’objectif principal est la sensibilisation à des convictions.

Expressions d’Origine est donc bien un mouvement qui espère ouvrir une voie nouvelle et qu’elle profite au plus grand nombre.

 

 

La Bande des 15

Domaine du Vissoux, Pierre-Marie Chermette à Saint-Vérand

Domaine des Terres Dorées, Jean-Paul Brun à Charnay

Château de la Chaize, Madame de Roussy de Sales à Odenas

Château Thivin, Claude Geoffray à Odenas

Domaine Dominique Piron à Villié-Morgon

Domaine Jean-Marc Burgaud à Villié-Morgon

Domaine Louis Desvignes à Villié-Morgon

Domaine Jean Foillard à Villié-Morgon

Domaine Marcel Lapierre à Villié-Morgon

Château des jacques, Guillaume de Castelnau à Romanèche-Thorins

Domaine Paul Janin et Fils, Eric Janin à Rornanèche-Thorins

Domaine de la Madone, Jean-Marc Després à Fleurie

Clos de la Roilette, Alain Coudert à Fleurie

Domaine Michel Chignard à Fleurie

Clos de Haute Combe, Vincent Audras à Juliénas

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Pierre Masson 04/02/2011 14:09



Ce "quinze" a belle allure. Il y a même une vraie Marquise ! Celà dit il y a une petite coquille au niveau de Chateau Thivin : le nom du propriétaire est Claude Geoffray.



JACQUES BERTHOMEAU 04/02/2011 18:02



Copié-collé Pierre l'erreur est à la source



Olivier Borneuf 04/02/2011 09:08



Vive le Beaujolais ! Cette région bouge et se pose les bonnes questions. Je me souviens avoir assister à un séminaire (mon ami David était de la partie d'ailleurs… ) qui me laisse penser que ce
Beaujolais devrait s'en sortir la tête haute…Et dieu que les vins sont bons ! C'est aussi le seul vin que je n'oserai boire tout seul.


Bref, j'en profite pour faire une remarque totalement hors sujet. En ce moment je fais la course à des discours opposant continuellement une région, un vin de notre cher pays à un ennemi, un
concurrent qui porterait les causes de la perte de la dite région ou du dit vin… Champagne vs crémant ou cava ou prosecco ; beaujolais vs alcopops ou autre … Bref, je trouve que c'est faire
fausse route et servir ces sois-disants concurrents qui ne peuvent que se réjouir de telles comparaisons ! Voilà, j'ai fini, je vous laisse tranquille !


Bonne journée !



Anne-Marie Pernod 04/02/2011 05:46



Ah, cher Monsieur Berthomeau!


CHAPEAU!


C'est bien comme ca que nous vous aimons!


"Al pan, pan y al vino, vino" comme disent les Espagnols. Certains, en France, vont passer une mauvaise journée mais ils le méritent bien!


Bonne journée à vous et au plaisir!


Anne-Marie P.


 



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