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               Vin&Cie, l'espace de liberté

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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /2009 00:00

Provocateur ? Non, simplement grand explorateur de dénominations de professions, certes cousines germaines, qui traduisent des hiérarchies, des différentiations sociales, des mœurs ou des valeurs différentes. Là où je veux bien concéder un zeste de provocation c’est d’avoir focalisé cette distinction sur Bordeaux. Comme le souligne Philippe Gardey dans sa somme « Négociants et Marchands de Bordeaux » de la guerre d’Amérique à la Restauration (1780-1830) : « Ce problème de vocabulaire n’est pas proprement bordelais et encore moins français : les sociétés marchandes de l’Occident comme celle de l’Orient ont toujours fabriqué de pareilles hiérarchies qui s’affirmaient avec le développement des échanges et de la prospérité. Dès le XVe siècle, en Italie, la distance est grande entre le negoziante et le mercante a taglio. Au XVIIe siècle, en Espagne aussi, le langage devient sélectif : hombre de négocios s’oppose à mercader. Dans le Bristol de 1775, on distingue aussi l’élite des merchants, commerçants en gros à horizon international, de la foule des tradesmen, les boutiquiers. À Hambourg, kaufmann, le négociant est utilisé dans le langage officiel en opposition à Krämer, le détaillant. »

 Le fossé entre l’élite, l’aristocratie du commerce et ces vulgaires boutiquiers semble profond et incomblable car la ruse, l’âpreté au gain, les petites combines de ces derniers sont incompatibles avec l’honorabilité de ceux qui exerce l’art de la négociation : « Et alors que le marchand ne peut servir l’État, le négociant peut embrasser les idées et les vues du négociateur, et en tenir lieu au besoin. » note l’Encyclopédie Méthodique éditée par Panckoucke en 1785. Certes le négoce des vins n’est qu’une part du négoce de Bordeaux mais sa vocation internationale le place au cœur de cette distinction. Avant de mettre un peu de poil à gratter sur l’autel du négoce bordelais en particulier et du négoce français en général je ne peux résister au plaisir de publier le dialogue entre M.Vanderk père et son fils, tiré de l’œuvre du dramaturge Sedaine, ami de Diderot, dans le Philosophe sans le savoir car elle illustre bien comme le note Philippe Gardey une vision « aussi sympathique qu’erronée ».

M.VANDERK Père. – Quel état, mon fils, que celui d’un homme qui, d’un trait de plume, se fait obéir d’un bout de l’univers à l’autre ! Son nom, son seing n’a pas besoin, comme la monnaie d’un souverain, que la valeur du métal serve de caution à l’empreinte, sa personne a tout fait ; il a signé, cela suffit.

M.VANDERK Fils. – J’en conviens, mais...

M.VANDERK Père. – Ce n’est pas un peuple, ce n’est pas une seule nation qu’il sert ; il les sert toutes, et en est servi ; c’est l’homme de l’univers.

M.VANDERK Fils. – Cela peut être vrai ; mais enfin en lui-même qu’a-t-il de respectable ?

M.VANDERK Père. – De respectable ! [...] Quelques particuliers audacieux font armer les rois, la guerre s’allume, tout s’embrase, l’Europe est divisée ; mais ce négociant anglais, hollandais, russe ou chinois, n’en est pas moins l’ami de mon cœur : nous sommes, sur la surface de la terre, autant de fils de soie qui lient ensemble les nations, et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce ; voilà mon fils, ce que c’est qu’un honnête négociant. » 

Retour sur le 21ième  siècle en notre doulce France du Vin pour poser une petite question qui fâche : pourquoi diable notre grand pays au vignoble si divers et si varié n’a-t-il pas su générer un Grand Négoce Généraliste du Vin en mesure d’affronter la mondialisation en proposant une palette complète de tous nos vins ? Étonnant non ! D’un côté les Grands Vins,région par région, de l’autre la " piétaille ", encore une histoire de Négoce et de Marchand de Vin... Bien plus que des histoires de promotion collective ou d’Interprofessions en miettes n’y-a-t-il pas dans cette absence de locomotive une grande partie de la réponse à nos reculs actuels sur les grands marchés d’exportation ? Expliquez-moi Docteurs – au pluriel car y’en a tant que je m’embrouille dans leurs ordonnances – pour une fois étendez-vous sur le Divan et je vais prendre des notes sur l’état du patient...

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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