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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 11:57

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Monsieur le Directeur,


Les rats de cave, façon de parler, ont encore frappé ! Naïvement, après avoir combattu, avec une poignée de vignerons, dont les meilleurs dégustateurs vantent maintenant les vins, la dégustation passoire pour le pire et couperet pour ceux qui n’étaient pas dans le fameux moule de l’air de famille cher aux niveleurs à tout crin, je croyais qu’enfin tout le monde avait compris que l’intérêt bien compris de nos appellations d’origine était de cultiver la diversité au lieu de s’acharner à courir après une typicité indéfinissable et mal contrôlée.


He bien, la réponse est non !


La dernière victime en date est Philippe Gourdon du Château Tour Grise qui, après un parcours du combattant : 3 commissions d’agrément de l’appellation Saumur Puy Notre-Dame pour rien, a vu sa cuvée 253 jetée dans les ténèbres extérieurs du Vin de France pour des motifs qui ne tiennent vraiment pas la route. C’est même à pleurer !


Si je suis affirmatif, monsieur le Directeur, c’est que j’ai dégusté ce vin, comme beaucoup d’amateurs et de vrais professionnels, et il est en tout point remarquable et remarqué. Ne levez pas les bras au ciel avant de vous en laver les mains tout en proclamant votre impuissance face à la toute-puissance d’une poignée d’attardés et je pèse mes mots.


Qu’est-ce donc que cette engeance qui goûte le vin comme le feraient des laborantins ? Une poignée de vignerons à la traîne, qui n’ont rien compris à l’évolution du goût des consommateurs, flanquée de quelques œnologues bien plon-plon. À propos, M. le Directeur, la composition de la commission de dégustation de l’Appellation Puy Notre-Dame est-elle conforme aux textes ? Je n’en suis pas si sûr et vous feriez bien vous, le gardien du respect du Droit, de vous en inquiéter au lieu de fermer les yeux sur de tels manquements. Je suis persuadé, et même sûr, que nos tribunaux donneraient raison à Philippe Gourdon s’il lui prenait l’envie de les saisir. Sans doute a-t-il mieux à faire mais vous M. le  Directeur, qui êtes fonctionnaire de l’État, vous vous devez de faire respecter l’état de droit.


Ne sont jamais en reste d’un mauvais combat ces gens-là, toujours en retard d’une guerre, des acculturés du vin qui laissent passer tous les trains. Ouvrez les yeux que diable, les premiers de la classe, ceux qui font de la notoriété, qui vendent les meilleurs vins, ne sont plus les marginaux qui faisaient la risée des abonnés aux places syndicales. Le vent a tourné, les combats d’arrière-garde n’ont plus court. Ces agrippés au bastingage plombent bien plus que les réprouvés la notoriété des vins Français.


Les 8500 bouteilles de Philippe Gourdon vont donc aller rejoindre le Vin de France avant de se retrouver sur la table de la Grande Cascade ou chez les cavistes de Boston. Je vous mets au défi, M. le Directeur, de me présenter une bouteille siglée du nom de l’un des jurés dégustateurs qui a exclu le vin de Philippe Gourdon de l’AOC Puy Notre-Dame. Pas difficile, ils ne sont pas nombreux sur les quelques 25 vignerons.


Par tempérament je ne me contente pas d’être un pur protestataire mais je tente toujours faire émerger des solutions. Même si je me dois de m’incliner devant les décisions majoritaires il est de mon devoir d’écrire, tout d’abord que la représentativité de certains est plus que douteuse, et qu’ensuite les minorités doivent être reconnues et respectées. Que le succès de ces vignerons, qui ont fait des choix courageux bien avant les autres dérange, je le conçois parfaitement mais je n’admets pas que l’on puisse continuer de les soumettre au diktat de ceux qui en sont restés à une vision calcifiée de la vigne et du vin. Sans manier une ironie facile : que ceux-ci fassent bien attention ces tenants des droits acquis, à force de faire basculer des vignerons, connus et reconnus par les prescripteurs et les consommateurs avertis, dans ce qu’ils croient être le purgatoire : le Vin de France ils vont accréditer l’idée que l’Appellation n’est plus que le refuge de la médiocrité. Pourrons toujours en appeler auprès de vous pour la distiller !


Que faire donc, après 4 années de mise en œuvre d’une réforme qui se voulait dans l’esprit un réel retour aux fondamentaux de l’appellation et qui a pris souvent l’allure d’un simple replâtrage et d’une réelle amplification des pratiques bureaucratiques ? Faire le bilan, certes, mais surtout accepter de diffuser et de discuter les conclusions de la Commission de Travail sur la dégustation  présidée par Gérard Boetch et de faire prendre en compte les réflexions du CAC présidée par Olivier Nasles sur ce thème.


Croyez-moi, M. le Directeur, je ne m’en tiendrai pas à de bonnes paroles et, comme cette fois-ci les gens d’en haut ne pourront pas demander ma tête, je ne lâcherai pas prise. Un peu de courage que diable, arrêtez de vous réfugier derrière une conception purement administrative de votre fonction, faites que la direction de l’INAO retrouve auprès des professionnels un rôle moteur pour que les grands courants qui traversent le monde de la vigne et du vin se traduisent dans le fonctionnement de l’Institution. Enfin, puisque le Comité National Vins et Eaux-de-vie est doté d’un Commissaire du Gouvernement nommé par le Ministre, il serait bon que nos gouvernants s’intéressent de plus près à la politique menée dans ce secteur porteur de notre économie.


Maintenant que mes vaches me laissent du temps libre sachez, Mr le Directeur, que je vais m’intéresser à votre fonds de commerce même si beaucoup estiment que je ne suis pas une personnalité qualifiée qui pourrait siéger dans les instances de votre crémerie. Faut dire, je les comprends qu'il n'ont pas très envie que je mette le doigt là où ça fait mal. Ils ont déjà beaucoup souffert avec moi.


Mes respects et mon meilleur souvenir.

 

Bien à vous.


JB

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 25/12/2012 12:09


Oh là, Maître Grisard : le jour où je me citerai en exemple de maximes, il sera grand temps d’envisager pour moi les
neuroleptiques à forte dose. J’accepte (de bonne grâce en fait) le côté arrogant et impertinent qu’on me colle à la peau, mais je ne suis par contre pas un prétentieux, connaissant bien et mes manquements et mes limites. Ayant bcp lu et bcp réfléchi en presque 60 ans d’existence, je sais un certain nombre
de choses, que les autres ont eu l’intelligence de découvrir pour moi et bien avant moi. Je n’ai JAMAIS eu une seule idée originale dans cette chienne de vie, hélas. C’est pour cela que je fais
du vin, et non de la peinture, de la musique ou de la littérature. C’est le raisin qui CRÉE pour moi (et les levures) ; tandis que je ne fais que garder la cave propre et assembler à la
fin : c’est plus facile. Non, comme indiqué, c’est Alphonse Daudet dans « La Diligence de Beaucaire » qui a couché cet aphorisme sur le papier (16 octobre 1868, dans le Figaro pour
être précis).


Je ne crois pas en Dieu, et plus trop en l’homme non plus. St Paul donc : « Combien de divisions ? ». Mais
Mistral, Giono, Daudet, Flaubert (le plus grand de tous), même Pagnol, eux ils me font bicher.

jacques 25/12/2012 08:06


je viens ,de lire cette histoire (retrouvée par le link..edin).  J'ai vecu la mme ,il ya 3 jours, ou un ami possedant un petit domaine c'est vu declassé tte sa
production de bouteilles pour...je vs l'a donne en emile:" gout d'hydrocarbure".....je ne sais pas vraiment a quoi on peut se referer .....je ne bois jamais d'essence ou huile usagée...mais
certain peut-etre.Participant,tres souvent a des degustations mon ami m'a fait deguster son vin ..UNE BOMBE!!! LE TOP!!!...et là j'en reviens a votre commentaire..tout la verité sur cette reforme
absurde...ou encore une fois on veut laver plus blanc que blanc avec des personnes qui ,peut-etre ne connaissent pas la lessive.


j'approuve a fond vos propos .......sur ce Joyeux Noel tout de mme...!!

Michel Grisard 24/12/2012 14:19


LUC,


Si « La tolérance est l’intelligence de la charité » (à méditer mais moi je ne partage pas cet avis ), par
contre « La haine, c’est la colère des faibles » C'est de Luc Charlier? 


Suite de mon dernier message: Pour moi, "Pour avoir de belles pommes une pommier doit avoir de belle racines. " Malheureusement,
l'agriculture d'aujourd'hui est à l'image de l'arboriculture. C'est perfusion ou dopage. Avec beaucoup de monde qui vit au détriment d'une production en perte de vitesse.  Des filets pour
éviter la grêle, le goutte à goutte pour l'eau et les solutions nutritives, toutes la gammes des ...cides pour La Santé des arbres.... L'agriculture survit avec aides de l'Europe et de la France,
mal distribués, avec un système tellement compliqué que même une chienne n'y retrouverait pas ses petits. Est-ce que le pommier n'a pas perdu un peu de ses racines pour ne vivre que de subsides
indignes de son origine? Je n'irai pas dire que le gui qu'il porte sur ses branches, ne suffit plus à sa sève qui vient de ses racines.

Luc Charlier 24/12/2012 11:14


@Hervé : tu as bien compris que ce « Tradition » m’est resté en mémoire comme un vin DELICIEUX et qu’il sert notre
démonstration, commune cette fois encore. Tu as réussi là un vin et très bon, et tout à fait dans
l’esprit de nos magnifiques crus de l’Agly. Il est aberrant de vouloir en définir plus avant les caractéristiques. D’ailleurs, le décret à changé deux fois en 5 ans : en 2009 avec
l’obligation de 2 cépages au moins et non plus 30 % d’améliorateurs, et , de facto, avec l’apparition du Maury sec AOP, encore moins restrictif (à juste titre) en ce qui
concerne la composition.


Tu le sais, ma visite chez toi devait coïncider avec celle de Pierre Roudgé et de sa compagne, ainsi que de notre camarade
Smith : pour les piloter et pour ne pas te déranger deux fois. Je les attends toujours mais il est vrai qu’ils ont d’autres chats à fouetter. Et l’homme au chapeau sirotte du très grand
ordinaire à Ziguinchor pendant quelques semaines.


Tu es plus jeune que moi et je ne crains pas que tes « trimestres validés » arrivent à échéance avant moi. Tu n’appartiens
sans doute pas à cette mouvance française que j’ai découverte avec effarement : des millions de gens qui passent leur vie à soupirer en attendant la retraite.  Cela étant, parmi ceux qui m’ont amené à être ici, il y en a un que je n’ai plus jamais vu, hélas : c’est André Parcé. Il y en a quatre que je ne vois pas
assez : Gardiés J et C et Verdaguer B et JH. Et il y en a une paire que je n’ai pas osé aller déranger, tout en sachant que j’y serais le bienvenu : à la Muntada et chez les Fées.
Enfin, il y en a que je ne connaissais pas avant, mais dont les vins m’enchantent aussi depuis ma venue : Coume del Mas et Roc des Anges. Voilà, cette profession de foi bien posée, tu auras
aussi compris que M. Deiss, auteur de si grandes bouteilles parfois, a lui aussi tant de fois contesté, au moins dans les faits, la pertinence des décrets. Mais je ne suis pas sûr pour autant
qu’il doive prendre la place des grands prédicateurs de Collioure et invoquer Saint-Paul. Si « La tolérance est l’intelligence de la charité » (à méditer mais moi je ne partage pas
cet avis ), par contre « La haine, c’est la colère des faibles ». Et je préfère Daudet comme maître à penser. « Tais-toi boulanger .... »

Michel Grisard 24/12/2012 09:02


Oui l’INAO est devenu une grosse machine mais la faute à qui ? Pas forcément à ceux qui la dirige. C’est notre société « judiciarisée » à outrance qui l’a voulu ainsi. Regardez le
classement de Saint Emilion, le débat n’est plus entre dégustateurs et techniciens mais entre ténors du Barreau. Ce n’est plus le vigneron qui vient discuter avec le Directeur de l’INAO mais son
avocat. Le service juridique de l’INAO sera bientôt plus important en nombre que les agents techniques. Est-ce un bien ou un mal, je n’en sais rien mais c’est un constat plutôt triste de ce
qu’est devenu notre société. Nous revendiquons toujours nos Droits, rarement nos Devoirs.


Olivier, Le bon sens paysan a disparu de nos campagnes. Il n'y a plus de pilote dans l'avion. Plus personne n'a de devoir. Toutes les organisations agricoles que nos Grands Parents ont
construites pour aider l'agriculture (je ne dis pas les agriculteurs) ne sont plus au service de cette agriculture, mais au service de ces mêmes organisations. Ces organisations sont
passées d'état d’oxygène, à l'état de gaz paralysant. L’objectif initial est complètement devenu hors sujet aujourd'hui. C'est bien Là, le vrai problème, pour l'INAO comme pour les
autres structures. Sommes nous dans un monde trop complexifié qui devient inefficace ou mal adapté? Je le pense et que c'est le début de la fin, si nous ne réagissons pas vite, car l'agriculture
a perdu son tissus humain pour un pouvoir économique, bien aléatoire.

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