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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 00:09

Messieurs,


L’autre n’en buvait pas, moi j’en bois sans me cacher du bon peuple.


Comme en  ce moment il m’est reproché de faire plutôt la pluie que le beau temps je ne suis donc pas étonné que la fine fleur des grands amateurs de vin vienne me chercher des noises pour un minuscule déstockage équivalant à 200 caisses. Est-ce sans doute de leur part une quête éperdue de notoriété et, pour ce faire, certains n’y vont pas avec le dos de la cuillère sur Twitter : Dominique Reynie ‏@DominiqueReynie 10 h Humiliation planétaire pour 225k€. Peu me chaut je suis vacciné, je ne crains pas le venin, préférant les tannins bien ronds.


Venons-en aux faits, ma nouvelle résidence, le palais de l’Elysée, est pourvue d’une cave, créée en 1947, sous la présidence de Vincent Auriol, un socialiste, et elle a été réaménagée en 1995 sous la présidence de mon voisin corrézien, pour une meilleure conservation des vins. Virginie Routis, chef sommelière du Palais, m’a fait un inventaire, 12 000 bouteilles, où «les plus belles étiquettes traditionnelles y côtoient désormais des valeurs montantes». Cependant,  certains flacons n’étaient plus en quantité suffisante pour assurer une réception officielle, d’autres affichaient des prix qui ne cadraient pas vraiment avec la réalité et la dureté du temps. « On ne peut plus se permettre de mettre sur la table des bouteilles à 2.000 ou 3.000 euros », de plus, « on ne peut servir les grands crus que pour des diners d'Etat, où il y a souvent 300 personnes, alors que nous n'avons que 5 ou 6 bouteilles » de certains crus. Nous avons donc décidé de vendre, une petite partie, 1200 bouteilles. Ça m’a semblé relever d’une saine gestion de bon père de famille. Mon ami le député René Dosière m’avait déjà informé que «l'Élysée dépensait toujours chaque année 250.000 euros de vins»


C’était sans compter sur la vieille garde des chiens de garde qui m’ont immédiatement taxé d’affaiblir le prestige de la France en mettant aux enchères ces belles bouteilles. Que n’aurais-je entendu si je m’étais octroyé, pour ma consommation personnelle, ces orphelines. Certains font dans l’emphase, l’artillerie qui se veut lourde mais qui ne fait que péter fort « Le vin est un trésor national. Recevoir un président russe ou chinois avec des petits vins, c'est désolant. C'est comme s'ils vendaient des tableaux du Louvre, comme s'ils vendaient la Joconde sous prétexte qu'il faut de la trésorerie. » Puis-je faire remarquer à ces procureurs que la plus grande modestie du prix d’un vin, en rapport avec le niveau himalayen atteint par certains, ne signifie en rien que nous allons servir des petits vins à nos hôtes prestigieux. Qu’est-ce donc qu’un petit vin, messieurs les procureurs ? Vos qualificatifs outranciers relèvent du pur fantasme car notre pays est si riche de valeurs montantes, dans toutes nos belles régions viticoles de France, que le choix qui m’est offert pour renouveler la cave est riche et ouvert. 

 

Monsieur Chasseuil, conservateur du « Louvre du vin », quelque 40.000 bouteilles parmi les plus prestigieuses n’ayant jamais existé, m’a écrit, pour exprimer son mécontentement. C’est son droit le plus strict, même si j’ai du mal à saisir le sens profond de la muséification du vin. Qu’il me permette de lui rétorquer, lorsqu’il déplore de voir ces bouteilles « partir aux milliardaires du monde entier » : à qui la faute ? N’est-ce pas là le destin de la presque totalité de nos GCC aux prix pharaoniques qui sont vendus par containers entier au Pays du Soleil Levant. Ce ne sont pas nos enfants et nos petits enfants qui profiteront de ces trésors nationaux. Croyez-vous vraiment, monsieur Chasseuil, que ces « bijoux », s’ils eussent été bus lors d’un déjeuner ou un dîner officiel, auraient été apprécié à leur juste valeur. Hormis le prestige de l’étiquette transcrite sur le menu officiel, beaucoup de chefs d’Etat seraient bien incapables de faire la différence entre un Pétrus 1990 et une Romanée-Conti 1985. Comme l’aurait mieux dit que moi Michel Audiard, il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.


Même si l’on me taxe d’avoir la plaisanterie facile je n’irai pas au-delà de ces quelques remarques de bon sens. Simplement puisque je suis en bute à la coalition des grands amateurs puis-je leur demander si le château Poujeaux, cher au cœur et au palais d’un de mes illustres prédécesseurs, Georges Pompidou, est un petit vin à leurs yeux ? Puis-je le servir ? Lire absolument ICI link Le petit vin qui avait tout d'un grand. Au lieu d’instruire un mauvais procès, ces beaux esprits, ne pourraient-ils pas être un peu plus soucieux et respectueux de tous ces vignerons qui produisent de très bons vins, d’excellents vins, même de très grands vins, mais qui n’ont ni la notoriété, ni le prestige de ceux qualifiés de Grands. Sans vouloir être méchant, qui parmi eux est en capacité d’acheter une ou deux caisses de ces trésors nationaux ? Tout juste un quarteron de vieux briscards mais restons sérieux, la France du vin d’aujourd’hui ne se réduit pas à ce petit cénacle, bien au contraire et il est de mon devoir de promouvoir la belle diversité du vignoble français. Que je sache, au salon de la RVF, aucun de ces Grands n’était présent, mais il y avait des Marcel Richaud, des Jean-Michel Deiss, des Pascal Agrapart, des Jean-Luc Thunevin, des François Despagne et bien d’autres… L’avenir de la France ce sont aussi eux, et beaucoup d’autres, qui portent haut nos valeurs et notre éthique du vin.


Alors de grâce, ne pourrions-nous pas nous éviter ces querelles, petites et stériles, à propos d’une décision, certes emblématique, un peu trop politique, qui ne renflouera certes pas les caisses de la République, mais qui n’en a pas moins une valeur, sinon  d’exemple, mais d’un retour à un peu plus de modestie sous les ors de la République. Mais, c’est un grand classique depuis 1981, nous sommes à vos yeux des bradeurs, des gaspilleurs, des gens insoucieux. J’ai le souvenir d’une anecdote que m’avait conté le Taulier. En juin 1981, à l’arrivée des socialo-communistes au pouvoir, il avait fait l’inventaire de la cave de l’Hôtel de Lassay, lieu de résidence du Président de l’Assemblée Nationale. Elle était à 100% bordelaise vu que le précédent locataire, Jacques Chaban-Delmas était le maire de la bonne ville de Bordeaux. Son souci fut donc d’accueillir d’autres beaux flacons de toutes les régions et lorsqu’il rendit les clés de la cave elle était à la hauteur de sa voisine du Quai d’Orsay. Le président de l’AN, juste avant l’alternance de 1986, organisa une plongée dans la cave de l’Hôtel de Lassay avec une cohorte d’amateurs emmenés par Bernard Pivot, afin de le constater. Verdict : belle, très belle !


Pour terminer cette missive sur une note un peu légère, en ces temps lourds et pluvieux, je conseille à mes détracteurs de lire l’adresse que me prête le sieur Jean-Charles Chapuzet « Moi, Président de la République, je prendrai conscience du trésor vinicole français ! Moi, Président de la République, je serai fier de nos vignobles ! »link C’est d’une excellente veine, bien dans l’esprit d’une France de Bons Vivants qui ne sont ni empesés, ni confits dans des certitudes d’un autre âge. Je me permettrai seulement une remarque à propos de la suggestion de créer un Secrétariat d’Etat à la vigne et au vin : vous n’y pensez pas ! Comment voulez-vous que le seul qui puisse occuper valablement cette haute fonction, en l’occurrence le Taulier, puisse accepter un simple strapontin, un demi-maroquin, alors que même Ministre d’Etat il n’en voudrait pas.


Je ne puis résister, avant de mettre un point final, de décerner le prix de la meilleure saillie à un illustre dégustateur qui ne me porte pas dans son cœur : « Pour cette gauche qui se veut la plus «normale» possible, c'est tendance. Mais pourquoi François Hollande ne vend-il pas aussi sa voiture de fonction blindée pour circuler à vélo dans Paris? Pourquoi ne remplace-t-il pas le caviar de l'Élysée par des œufs de lump? » Bravo, quel à-propos, quel esprit !


La France est un pays jeune et frondeur. Prenez le sieur Vindicateur qui, sur son compte Twitter balance « J'ai feuilleté le catalogue de la vente des vins de l'Elysée (et me suis endormi au 52ème lot) ». Alors chers grands amateurs ne nous faites pas tout un foin à propos d’une vente qui va permettre de donner à la cave de l’Elysée une image plus conforme à la réalité de nos vins de toute la France et, rappelez-vous, que 90% des vins en cave à mon arrivée y sont encore, sauf ceux déjà servis, et, soyez assurés que nous ne servirons pas du mauvais jaja ni à Poutine, ni à Barack Obama, ni au roi des Belges ou à tout autre hôte de la République. Vraiment « Beaucoup de bruit pour rien » messieurs, certes un peu d’acidité ne nuit jamais, j’en conviens volontiers, mais je vous conseille de vous mettre un peu aux vins natures ça vous éviterait d’être aussi aigres et vindicatifs.


Vous m’accablez, me vilipendez, mais, citant Marc Aurèle, je n’en ferai pas grand cas : « Regardez-les, quand ils mangent, qu’ils dorment, qu’ils baisent, qu’ils se rendent aux… Et après, quand ils se donnent des grands airs, qu’ils se rengorgent, ou qu’ils s’irritent et vous accablent de leur supériorité. »  La France du vin n’est ni un musée, ni un conservatoire de raretés pour grands amateurs, elle est diverse, vivante, conquérante et ne la toiser qu’à l’aune de quelques Grands Crus prestigieux serait la réduire à la dimension d’une principauté. Le Taulier vient de m’informer que Michel Rolland venait de vendre Bon Pasteur à un milliardaire chinois link. Allez-vous lui remonter les bretelles messieurs les censeurs ou plier le genou comme vous savez si bien le faire d’ordinaire. J’en profite pour vous dire Bonsoir comme l’avait fait l’inénarrable Maurice Clavel !

 

Po/

Le Taulier

 

PS. Le premier jour de la vente aux enchères d'une partie de la cave de l'Elysée a dépassé les estimations, rapportant 295.663 euros, avec notamment deux Petrus 1990 adjugés à 5.500 et 5.800 euros.link 

La vente a rapporté, selon la maison de vente, 718.800 euros frais compris. Un montant correspondant à plus du double des estimations, notamment grâce à la vente de trois Petrus 1990 dont un adjugé à 6100 euros.


photo121.JPG

Le catalogue ICI link et link

 

Et comme un bonheur ne vient jamais seul un grand Cru de François Morel 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 04/06/2013 11:23


Ouais, mon Léon, faut leur clouer le bec à ces baveux (référence à la bavette que l'on peut lire sur ton blog en suivant ce lien
: http://coumemajou.jimdo.com/2013/06/04/et-si-on-taillait-une-bavette/) 

Alain Drillat 03/06/2013 18:21


Mort de rire !


Merci Môôssieur Charlier.

LudoMEO 03/06/2013 09:16


Excellent billet ! :)

luc charlier 03/06/2013 08:26


Tu fais chier de grand matin, Audouze car c’est hélas à ce moment-là que je découvre ton commentaire. Bien sûr que tu as le droit de
l’écrire et je ne jalouse pas du tout ton plaisir de boire souvent des vins dont certains doivent être excellents. Mais tes critères de choix reposent uniquement sur la célébrité des bouteilles
que tu ouvres. En matière de vin, elle ne garantit nullement la qualité même si je ne nie pas qu’il y ait quand même une corrélation. En outre, ton ego – je sais, le mien n’est pas mince non
plus, on évolue donc sur du common ground  – semble enfler quand tu as avalé (et craché ?) quelque chose de rare et surtout de cher.
Comprenons-nous bien, cela n’a rien de répréhensible et tu ne fais de tort à personne. C’est donc simplement ma sensibilité qui est écorchée et tout le monde s’en fout. Comme tu l’écris en entame
de ton blog – on t’a lu, Audouze, au moins une fois – tu n’es pas homme de dialogue, car tu ne saurais le gérer. Donc ceci n’est pas une offre d’échange de vues, les seules offres que tu connais
sont commerciales, transactionnelles, pas humaines. C’est un constat : tu fais chier, Audouze, et en pleine période de cerises de Céret et de gariguettes, on n’a pas besoin de cela en
plus ! Dans les tranchées autour d’Ypres, vers 1915, lors de l’utilisation des premiers gaz de combat, les troufions chantaient : « Onze et onze font vingt-deux, régiment des
crapuleux ». Je ne sais pourquoi. J’en propose une version altérée : « Audouze et douze font vingt-quatre, v’là un mec qu’il faut combattre. » Au figuré bien
sûr, je ne tombe pas dans le délit d’incitation à la haine de classe.

François Audouze 02/06/2013 11:08


Moi, président américain, je vends les Harlan Estate et Screaming Eagle pour faire la place à de petits vins de la Sonoma ou de l'Orégon


Moi, premier ministre japonais, je vends les Saké légendaires pour qu'on puisse faire la place aux petits Saké si délicieux


Moi, président de la Chine, je revends les thés centenaires si rares pour qu'on puisse boire de petits thés comme en famille. 


Moi, premier ministre espagnol, je revends tous les Vega Sicilia Unico, etc....


Quelle grande victoire ! C'est à ça qu'on reconnaît les vrais chefs d'Etat. 

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