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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 00:09

Comme à Gravelotte : notes et commentaires de nos grands dégustateurs patentés vont tomber sur nous pauvres buveurs ignorants. Ça va être l’overdose du côté de la vieille permanentée et chez B&D. Le taulier a ironisé en accusant les goûteurs de l’enduire en erreur avec leurs tanins racés, leurs boisés luxueux et de le faire ainsi tomber en un coma idyllique… link . Moi, prudence, prudence, depuis que j’ai émigré au village, j’évite de trop ramener ma fraise vu que Norbert Le Forestier, depuis qu’il s’est fait rouler dans la farine par l’Isabelle, a tendance à chercher des poux sur la tête de qui qui dit du mal de ceux qu’il a généreusement invité à déguster son breuvage béni.


Donc je fais gaffe. Je fais des risettes à tout le monde, vais à la messe, achète le Figaro, évite de dire que je mange bio, ne dis plus que je bois de bon coup mais le nez dans le verre, la bouche en cul de poule, le regard inspiré : j’hume, mire, fais gazouiller les GCC, et suis bien obligé de cracher. Franchement, cracher des nectars de ce prix c’est une insulte à ceux qui s’achètent des litrons chez Leader Price. Je m’entraîne, me cultive, me mets dans la peau des cocos qui passent leur sainte journée à déguster.


Pour me faire plaisir, le taulier m’a déniché dans une brocante un vieux bouquin tout jauni pas coupé (les pages), c’est dire qu’il avait passionné celui qui l’avait acheté, d’un ponte bourguignon de la dégustation : Pierre Poupon de Meursault qui, en 1957, a délivré « Pensées d’un dégustateur » avec une préface de Georges Duhamel de l’Académie Française. En ce temps-là les Verts adoraient les vins bouchés.


Poupon.jpg

 

J’y ai puisé ma science avec délice.


En effet, notre homme estime en effet qu’il faut savoir « analyser ses sensations, dominer sa jouissance… pour porter un jugement et le traduire en langage et en notes de dégustation. »


Pour lui « les notes sont indispensables au dégustateur : courtes, précises et formées de quelques mot ponctuant le tracé imaginaire d’une courbe organoleptique, elles lui permettent d’étayer sa mémoire patale aussi sûrement que les croquis soutiennent la mémoire visuelle du peintre… »


Croyez-moi, je me voyais déjà placer auprès de Jacques D ou de Michel B « la référence à ma mémoire patale ! »


Mais le sieur Poupon concède que les notes sont souvent « trop sèches ou trop abstraites pour le profane… » alors il s’est plu « à jeter sur le papier quelques-unes des pensées » qui lui sont venues en dégustant « comme au moraliste qui observe. »


Vous vous doutez bien que j’en ai fait mon miel…


« L’eau est l’ennemie de la vigne comme du vin. Un année pluvieuse ne donne jamais rien de bon, tandis qu’une année de sécheresse, même impitoyable, apporte toujours l’heureux dénouement d’une vendange saine et de qualité »


Pas sûr que cette pensée plaise à notre Norbert Le Forestier et à tous les chantres du millésime 2013 sauvé des eaux par des petits génies des Carpates…


« Le vigneron fait son vin et l’écrivain compose son livre, non pour qu’un dégustateur de métier boive celui-là, ni qu’un critique lise celui-ci, mais pour enchanter ou émouvoir l’amateur. Or, l’un n’a de cesse qu’un compère n’ait goûté son vin et l’autre qu’un confrère n’est lu son œuvre. Ils semblent tous deux oublier que le public, seul, dispense la renommée. »


Et les « nègres » dans tout ça, ils sentent le gaz ? Désolé, ça m’a échappé…


« Il y a des personnes, écrit La Rochefoucauld, qui ont plus d’esprit que de goût, et d’autres qui ont plus de goût que d’esprit.


Mais, pour savoir  déguster, il faut autant d’esprit que de goût. En effet, trop d’esprit flatte le vin et trop de goût l’humilie. »


Celle-là, quand Norbert m’invitera pour faire la plonge lors de son prochain raout de people et de pisseurs de copie, je la replacerai.


« Il y a une mimique de la dégustation et certains imposteurs savent fort bien l’imiter. De même, un homme à l’esprit vide peut faire illusion en prenant l’attitude du Penseur de Rodin. »


Moi je ne vous dirai pas à qui je pense !


« Dégustez, la tête légèrement penchée en avant, comme celui qui se concentre et cherche ses idées. Le menton trop levé, vous aurez l’air vide et bête d’une poule qui boit ; la nuque trop renversée, vous donnerez l’impression de vous gargariser. Même en ce cas, échappons au ridicule. Et, lorsque vous boirez à table, imitez la discrétion du cheval dont les lèvres se posent délicatement sur le miroir de l’auge, sans le ternir. »


Ça ne rigole pas la dégustation !


« Beaucoup se flattent de savoir déguster. Mais demandez-leur ce qu’ils ont senti et goûté. Les voilà subitement muets. Ils se dérobent toujours au pied du verre. »


Le taulier a donc raison de se refuser à la dégustation…


« Il m’arrive souvent de faire tourner dans mon verre, ou de humer, ou de rouler sur ma langue, l’eau ou l’orangeade qu’on me présente. C’est une distraction aussi comique et inoffensive que celle de vouloir lever son chapeau pour saluer lorsqu’on est tête nue. »


Là je pense à Gabrielle V


« Nous avons tous rencontré ces trois sortes de buveurs : l’amateur, qui se croit du talent, boit par snobisme, apprécie par mode et vante par gloriole ; le professionnel, toujours peu subtil et hermétique, jamais affirmatif et quelquefois cruel ; le vigneron, qui ne jure que par le vin de sa cave.


Quoi ? Vous ne vous rangez dans aucun de ces types ? Vous aimez le vin pour lui-même, pour vous-même et pour vos amis ? Vous êtes alors une exception, mais j’irai volontiers m’asseoir à votre table pour boire en parlant d’autre chose. »


Un marrant ce Poupon, il se fout de sa propre gueule…


« Beaucoup de vignerons n’ont du nez que pour l’encens dont ils flattent leurs vins. »


Sacré Norbert toujours droit dans ses bottes prêt à  dégainer son petit sécateur !


« On serait vite lassé de vins trop parfaits. Un peu de déséquilibre, s’il n’est pas indispensable à leur excellence, l’est sans doute à leur charme. »

 

Bodybuildés !

 

« Il y a des hommes qui choisissent leur femme pour l’élégance de sa silhouette ou l’éclat de son visage. Ce sont les mêmes, sans doute, qui choisissent leur vin pour la noblesse, le brio ou la fantaisie évocatrice de son appellation.


Mais on ne boit pas plus une étiquette qu’on ne jouit d’une femme par le seul regard. »


Macho ce Poupon, un vrai bourguignon ! Messieurs, en dernier ressort ce sont toujours les femmes qui vous choisissent pour de bonnes ou de mauvaises raisons…

 

« Ce goût de terroir, qui nous révèle aussitôt l’identité d’un vin, c’est cette odeur et cette saveur particulières que lui donne cette graisse de la terre qu’Isaac prie Yahvé de ne pas refuser à son fils Jacob. »


« Le goût du terroir s’attache aux vins un peu rustres, comme la glèbe se colle aux sabots du paysan. Il ne prouve ni la finesse, ni la distinction, mai la bonne santé champêtre et l’authenticité. »


 Ha ! La graisse de la terre et les sabots de Norbert, j’atteins l’extase en espérant l’épectase comme ce bon cardinal Danielou…


Bon ce n’est pas tout ça je file sur Face de Bouc, je suis inquiète 2 Ruines est aux abonnés absents…


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Hervé Bizeul 06/05/2014 13:33


Tu files décidément un drôle de coton, Jacques. Pierre Poupon était un grand homme du vin, un sage, un amoureux du vin, un poête qui a écrit dans un Français merveilleux quelques unes des plus
douces et des plus belles odes au vin. Son dernier livre est un délice nostalgique, c'était un homme délicieux, un des derniers poêtes du vin, avec Louis Orizet. Il n'en existe plus. Cela manque.


Je ne vois là, dans ce que tu cites, que des sentences d'une vérité profonde, "croquant" avec humour les travers de notre métier et de ceux qui disent apprécier le vin Il y a avait du Ronsard en
lui, mais, en lisant entre les lignes un peu de San Antonio, parfois, du Lamartime et un soupçon de giono, reflet d'une époque où les plaisirs de la vie formaient un tout, la discussion entre
buveurs n'étant pas le moindre d'entre eux. Tout cela devrait te charmer, tant ses écrits ont la douceur d'une époque où l'on parlait de vin et non d'argent et de ragots de caniveau que tu
délectes à colporter. Si tu avais un brin de culture, tu le saurais. Et du ferais mieux de lire ses œuvre que d'autres lvres dont tu sembles te délecter en ce moment et qui ont de drôles d'odeurs
pour moi.


Je ne vois dans ta moquerie grossière que la terrible constatation d'un fait consternant : non content de ne rien comprendre au vin, j'en viens à craindre que tu ne l'aimes pas...


Lui, au moins, moraliste, penseur, poête, apporta au vin des choses qui restent, même dans un livre aux pages non découpées. Toi, tu ne fais que critiquer, moquer. Où les JB constructif qui
faisait mon admiration ?

patrick axelroud 06/05/2014 10:30


Mare en effet de ces effets de manche de ces Grands Dégustateurs qui ne savent quoi inventer pour rester en première ligne et faire la "buse" On ne parle jamais plus, ou trop rarement , à propos
du vin ,du plaisir, de la joie et du bonheur tout simplement.Sujets certainement  plus difficiles à aborder avec discrétion et simplicité ( Ne dites pas que vous êtes heureux: les dieux sont
jaloux disaient les grecs !) Relisons Raymond DUMAY et Jean Claude PIROTTE  ca nous enchantera et nous reposera !

Michel Smith 06/05/2014 05:36


Que de courage pour toi Taulier ! Cet ouvrage niais et si plein de poncifs devait être franchement imbuvable. Bon, je m'en retourne pouponner ma copie.

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