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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 04:00

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Comme j’ai beaucoup bourlingué, au cours de mes missions de médiation, dans les soupentes où logent ceux qui sont en charge du « bien commun » d’une ou de plusieurs appellations, Rivesaltes, Maury, Cognac et le plus beau cas d’école : Châteauneuf-du-Pape, un petit Dallas en réduction, avec tiare et mitre papale en opposition, j’ai appris et compris qu’il fallait bien se garder d’en rester à la surface des choses. De se laisser emporter dans le sens de la plus grande pente. De ne tendre l’oreille que pour entendre ceux qui ont déjà été entendus. Il faut prendre le temps pour soulever la chape des idées reçues, des convenances. En effet, dans un conflit, aux motifs parfois dérisoires ou perdus dans la nuit des temps, alimenté par de vieilles rancœurs, la part de vérité de chaque partie est toujours très difficile à déceler, à comprendre. La part de bruit la plus immédiatement perceptible est celle de ceux que je qualifiais, en ces temps de médiation, d’« incons », bien serrés derrière le ou leurs chefs, imperméables, sûrs de leur bon droit, bornés, barricadés, avec eux aucun espoir ; et puis il y a le grand silence de ceux qui se taisent mais n’en pensent pas moins, qui passent leur chemin, évitent le conflit, sans pour autant délaisser le terrain, pour eux, la force de la conviction peut les amener à jouer un rôle discret mais déterminant dans l’aplanissement des difficultés ; enfin, l’espèce la plus rare, de plus en plus rare, le ou les sages, ceux qui ne sont pas engoncés dans leurs certitudes, qui n’utilisent pas le pouvoir qui leur a été concédé pour faire bouillir leur marmite mais qui tentent de faire émerger le bien commun permettant à la communauté vigneronne, chère à Michel Bettane, de vivre ensemble dans le respect mutuel.


Force est de constater qu’à Saint-Émilion, suite aux avatars et aux déboires – ça c’est pour Pousson – du premier classement à la mode traditionnelle, pas grand-chose n’a été fait pour désamorcer les conflits latents, pacifier le terrain. Qui a pris le temps d’écouter, d’expertiser les deux branches de l’alternative qui se présentaient aux choix des dirigeants de l’appellation ? Personne, ou pas grand monde, et ce qui a prévalu c’est une forme d’arrangement à la française, un mix pas très clair entre des intérêts privés, légitimes dans la compétition internationale, et la force de la loi qui impose aux récalcitrants de se plier à des règles dont  le fondement fait la part belle à ceux qui les ont inspirés. À vouloir le beurre et l’argent du beurre  on s’expose à des effets boomerang qui insécurisent l’édifice. Le côté policé, bien plus que civilisé, les gentlemen du Cercle qui s’inclinent à la fin de la compétition, laisse la place à celui des plaideurs qui utilisent à tort ou à raison tous les moyens de droit. On peut le regretter, tempêter, mais c’est une nouvelle forme de barbarie de nos sociétés du chacun pour soi.


Pour éclairer ma question initiale sur ce qu’est une « communauté de vignerons civilisés » reprenons les définitions de chaque élément de l’ensemble :

 

Communauté : II-1 « Groupe social dont les membres vivent ensemble, possèdent des biens communs, ont des intérêts, des buts communs. »

 

Vigneron : 1 « Celui ou celle qui cultive la vigne (propriétaire ou ouvrier ou ouvrière agricole), qui fait le vin. »

 

Civilisé : 2 Fam. « Qui a des manières relativement raffinées. »


Très clairement  l’ensemble Saint-Emilionnais est bien une « communauté de vignerons civilisés ». Ce qui est en cause dans cette histoire de classement n’a rien à voir avec une quelconque désagrégation ou un affaiblissement du ciment communautaire mais ce circonscrit à une appréhension erronée de la logique du classement lui-même. Il faut savoir ce que l’on veut. Choisir !


Je m’explique pour la énième fois. Si l’on met de côté les compétitions sportives individuelles où le classement est la constatation d’un ordre d’arrivée tous les classements, avec l’intervention de notateurs sur la base d’un corps de règles, s’exposent à la contestation. Le patinage artistique étant, je le crois, l’un des plus beaux exemples d’injustices réelles ou supposées à l’encontre de certains as du triple salto ou de la double boucle piquée chers à Nelson Montfort. Ce n’est que du sport même si les enjeux financiers induits par les classements ne sont pas négligeables.


Dans le long feuilleton judiciaire du classement de Saint-Emilion certains font semblant d’ignorer ces enjeux. On ne peut tout à la fois affirmer que les déclassés ne subissent aucun préjudice alors que dans le même temps deux des châteaux promus dans l’Olympe du classement de Saint-Emilion disent devoir augmenter leurs prix pour bien coller à leur nouveau statut. Comme je l’ai écrit ça ne m’offusque pas c’est la loi du genre car le but d’un classement est bien d’ériger une hiérarchie. De même c’est un secret de polichinelle pour les propriétaires l’accession ou la confirmation de leur rang a ou aura une incidence sur le prix de leur foncier. Là encore c’est le prix de la notoriété. Prendre exemple sur un château qui ne demande rien à personne pour exister n’apporte de l’eau au moulin ni des uns, ni des autres. Chacun choisi sa voie et c’est heureux.


Je ne reviendrai pas sur le fond, où il y a beaucoup à dire, et ça été écrit, sur le corps de règles édictées mais sur la forme. Ce qui me gêne dans toute cette affaire c’est l’osmose entre la puissance publique, l’INAO, et une organisation de producteurs, ici l’ODG Saint-Emilion. Dans les précédentes procédures le juge administratif avait pointé des conflits d’intérêts, le fameux juge et partie. L’externalisation de la notation se voulait le rempart infranchissable entre les juges et les parties mais c’était négliger un point capital : qui a établi la grille de notations ? L’INAO, les dirigeants de l’ODG, les deux ensembles, qui a influé, pesé sur qui ? Pour ma part je n’ai pas de réponse mais ce mélange des genres ne pouvait que prêter le flanc à la contestation. Le pas, et c’est un pas d’importance, a été franchi puisque une plainte contre X pour soupçon de prise illégale d’intérêt a été déposée.


Ça peut paraître désolant et certains s’en désolent tel Michel Bettane « Enfin, la seconde cause qui porte sur le soupçon de prise illégale d’intérêt de quelques voisins plus connus (je devrais dire plus « reconnus ») me semble indigne d’une communauté de vignerons civilisée. Deux des personnalités soupçonnables et, en tout cas, assez vite identifiées par les avocats et les journalistes, ne sont coupables que d’avoir donné de leur temps et de leur énergie au service de la réputation des crus de l’appellation. Cette procédure vraiment excessive va certainement décourager tous les bons viticulteurs de s’intéresser à leurs appellations et de prendre part à la gestion et à la défense de celles-ci. »( lire l'intégralité de la chronique ICI link)


Tout ça pour ça, ai-je envie d’écrire. La fameuse communauté vigneronne à laquelle Michel fait allusion qui se veut très policée, parfaitement civilisée puisque certains de ses membres font appel au droit pour régler leur différend, se fissure. Les masques tombent. Bien sûr une plainte au pénal n’est pas un fait banal mais elle traduit bien à mon sens qu’à trop vouloir imposer, à tout mélanger, on glisse inexorablement  vers ce type de réaction extrême. Tout cela aurait pu être évité si tout cela était resté dans la sphère privée. Pourquoi vouloir apposer la force de la loi à une procédure qui s’apparente à celle d’un club désireux de remettre en cause sa hiérarchie tous les 10 ans. Le linge sale ça se règle en famille dit-on mais permet moi d’avoir de sérieux doutes Michel sur la réalité de cette communauté vigneronne, à laquelle tu fais allusion, où l’intérêt général primerait naturellement, sans garde-fous, sur les intérêts particuliers. Les enjeux  économiques et financiers sont si importants pour certains qu’il me semble essentiel, surtout dans l’atmosphère actuelle, de bien séparer la sphère publique de celle des affaires. 


Pour ce faire il faut couper le cordon ombilical. Cesser de faire comme si l’INAO était encore un club de gentlemen. C’est fini sur de tels sujets. Que vient faire un commissaire du gouvernement dans la galère d’un tel classement ? Qu’on me donne un seul argument plaidant en la faveur du statuquo et je m’incline. Je doute vraiment de son existence et je plaide pour un mode de désignation des membres des Comités Régionaux et du Comité National de l’INAO qui ne soit plus entre les mains du politique et des hommes d’influence. Nous ne sommes plus à l’INAO des origines et il ne s’agit pas de trier entre les bons et les mauvais vignerons Michel, mais de faire en sorte, et je sais que ce n’est pas simple, que les professionnels siégeant à l’Institut soient le plus représentatifs possibles de leur appellation, de leur région, que toutes les sensibilités, même minoritaires, soient présentes, que de vrais contre-pouvoirs puissent exister, s’exprimer, afin d’éviter la mainmise des plus influents, même s’ils sont très compétents, disponibles et même dévoués. Nous ne vivons pas, et nous n’avons jamais vécu d’ailleurs, dans un monde de bisounours, et il vaut mieux engager de vrais débats que de subir de mauvais procès.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Michel Smith 03/05/2013 10:19


Pardon, Jacques, j'n'avions point vu le fameux "link"... Reste que pour une fois que je me sens proche de l'avis de Michel : cette polémique est inutile. En revanche, souligner que tout cela
n'est qu'une vulgaire affaire de fric comme tu le fais avec l'autre Jacques, ça oui. C'est pour cela qu'il serait sage au niveau de l'État de laisser tomber cette histoire de classement une bonne
fois pour toute. Et les laisser se démerder entre eux !

Nicolas de Rouyn 03/05/2013 09:32


Ben non, sinon je ne serai pas MDR

JACQUES BERTHOMEAU 03/05/2013 10:20



le de est très souvent inutile 



Nicolas de Rouyn 03/05/2013 09:26


"la communauté de vigneronne, chère à Michel Bettane", tu es sûr, Jacques ? (MDR, comme disent les moins de 16 ans sur
Facebook)

JACQUES BERTHOMEAU 03/05/2013 09:31



pourquoi de vigneronne, j'ai écrit la communauté vigneronne qui est la communauté des vignerons et des vigneronnes.



Frank Boisset 03/05/2013 08:50


Cher Jacques,


J'aime beaucoup les "semi prébendes" , merci

Michel Smith 03/05/2013 08:09


Très beau plaidoyer pour un renouveau de l'INAO ! Je suis cent pour cent d'accord avec toi. Mais les arguments de Michel B sur l'affaire en question sont intéressants à lire... en intégralité.
Son article est à lire sur le site de B & D, ici : http://www.mybettanedesseauve.fr/saint-emilion-la-polemique-inutile-vue-par-michel-bettane


 

JACQUES BERTHOMEAU 03/05/2013 08:40



Michel le lien existait à la fin de la citation je viens de préciser qu'il concerne l'intégralité de l'article. Merci 



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