Dimanche 12 août 2012 7 12 /08 /Août /2012 00:09

Le journal signale que le dit Michel Barnier a été ministre de l'agriculture de juin 2007 à juin 2009. Rappel salutaire car les politiques ont tous, sans exception, l’art de s’exonérer à bon compte de leurs responsabilités passées. Entre 2007 et 2009, début du quinquennat du précédent Président de la République, régnait un vif climat de dérégulation et l’agriculture n’était vraiment pas la tasse de thé de l’homme de la rupture.


Formellement adoptée par le Conseil des ministres en avril 2008, une nouvelle organisation commune du marché (OCM) vitivinicole a été publiée au Journal officiel. «Les changements qui seront mis en œuvre permettront d’équilibrer le marché vitivinicole, d’éliminer les mesures d’intervention sur les marchés et leur cortège de coûteux gaspillages, et de réorienter le budget au profit de mesures plus positives et plus proactives de nature à renforcer la compétitivité des vins européens.» Dans ce sens, il est donc prévu d’abolir les droits de plantation avant la fin de 2015. Ceux-ci pourront être maintenus au niveau national jusqu’en 2018. Dès le 1er janvier 2019, tout le monde pourra donc planter de la vigne n’importe où dans l’Union européenne.


Au second semestre 2008, du 1er juillet au 31 décembre, ce fut la présidence française du Conseil de l'Union européenne. Voici vu de la rue de Varenne l’accord du 20 novembre 2008 sur le bilan de santé de la PAC

 

En quelques lignes il permet :


-         de préserver l’efficacité des mécanismes d’intervention sur les marchés des céréales et des produits laitiers, déterminants dans un contexte de forte volatilité des prix,

-         de maintenir les aides couplées à des productions spécifiques, essentielles à certains territoires, jusqu’en 2012,

-         d’encadrer l’évolution des quotas laitiers avec deux rendez-vous en 2010 et en 2012, au cours desquels les ministres de l’agriculture pourront décider de leur évolution,

-         de disposer d’outils permettant de faire évoluer les aides de la politique agricole dans la perspective de 2013, afin de lui donner du sens et de la rendre plus juste,

-         d’accompagner l’agriculture durable dans le cadre de la politique de développement rural.


L’évolution des quotas laitiers se traduit par mis en œuvre en 1984, les quotas laitiers seront supprimés en 2015.


Monsieur Barnier lors de son passage au 78 rue de Varenne aura donc été un grand dérégulateur puisqu’il a contribué très efficacement à la suppression d’outils de régulation. Pourquoi pas, dans la course à la compétitivité, aux gains de part de marché, tout cela peut en effet paraître d’une saine logique de la concurrence : la régulation se fera par les marchés. Pourquoi pas ! De plus, le coût de la PAC n’ayant pas très bonne presse dans l’opinion publique réduire les politiques de soutien aux produits agricoles semble aller dans le bon sens.


Merci cher Michel Barnier de nous avoir libéré de tous ces carcans bureaucratiques, vive l’air cinglant du grand large ! Par bonheur après votre brillant passage au 78 rue de Varenne vous fûtes libéré de vos attaches nationales pour occuper au sein de la Commission de l’UE le prestigieux poste de Commissaire européen chargé du marché intérieur et des services. Comment chacun le sait cette grande maison est le temple de la dérégulation alors vous devriez vous y sentir à l’aise. Oui mais, patatras, la crise ou les crises bancaires et financières sont passées par là, et il est de bon ton d’entonner des hymnes à la régulation, surtout pour un ex-responsable politique français.


Vous le faites, dans une Tribune Libre du Monde avec cette élégance de gendre idéal qui vous caractérise, ce lisse propre sur lui, en abordant la question, en bon montagnard que vous êtes, par la face qui émeut le bon peuple : la faim dans le Monde et l’insécurité alimentaire. En dehors de quelques adeptes de la Marine tout le monde s’accorde avec vous : la hausse brutale des cours des matières premières agricoles met en danger des populations. Ensuite vous tremper votre plume dans le plus pur BHL : « il faut un changement de paradigme dans les politiques internationales. La sécurité alimentaire, la capacité à nourrir le monde, ne pourra être que le résultat de politiques volontaristes menées dans la durée… »


Oui, Michel Barnier, je ne doute pas de vos bonnes intentions, d’une forme de retour à ce qui a fait le succès du gaullisme votre lointaine famille d’origine, mais je ne suis pas sûr, j’en suis même certain, on ne fait pas de la régulation avec de bonnes intentions mais avec des outils physiques de régulation. L’UE les a pratiquement tous jetés à la poubelle avec votre complicité active alors régulons, régulons, mais comment ? Je conviens que les outils de régulation de la PAC n’étaient pas parfaits, qu’ils induisaient des effets pervers, des coûts parfois élevés ou injustifiés, mais plutôt que de les casser n’eut-il pas été judicieux de les réformer à temps pour les améliorer. Dans cette anticipation réformatrice, Michel Barnier, la France a été aux abonnés absents sous les présidences de Jacques Chirac car il ne fallait pas fâcher la clientèle électorale des paysans. Le résultat de cette résistance soi-disant inflexible à des réformes intelligentes de la PAC : vous avez tout abandonné en rase campagne.


Alors, Michel Barnier, tout ce que vous écrivez est bel et beau mais vous souffrez d’un double handicap de crédibilité : votre action passée et la faiblesse de votre voix dans le collège des commissaires. La France, grand pays agricole, se devait d’être motrice d’un renouveau de la PAC à la fois pour défendre ses intérêts mais aussi jouer un rôle majeur dans le défi alimentaire mondial. Tel n’a pas été le cas, et je ne suis pas sûr que les nouveaux occupants du 78 rue de Varenne puissent infléchir le cours des choses. Régulons donc, à la française, avec des mots, des incantations, et si vous êtes de passage à Paris, cher Michal Barnier, allez donc rendre visite à la CNAOC au 12 rue Sainte Anne à Paris : vous qui avez détricoté les droits de plantation vous devriez pouvoir les aider, eux qui sont dans la peine, à les retricoter. Et ne me dites pas que vous ne les avez guère entendus pendant que vous étiez rue de Varenne ça fâcherait beaucoup monsieur Paly qui occupe maintenant de hautes fonctions à l’INAO.

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Plus de régulation européenne et de transparence

Chaque jour, les écrans télé et les journaux nous interpellent par leurs titres chocs sur la crise des dettes souveraines et de l'euro. Aussi grave soit-elle, cette crise des pays riches et de l'insouciance des années passées ne doit pas faire oublier aux Européens une autre crise : celle de la faim et de l'insécurité alimentaire.


Dans la Corne de l'Afrique et dans le Sahel, la sécheresse, les conflits armés condamnent à la faim et à la mort enfants et adultes. Au Niger, au Burkina Faso, en Gambie, au Mali et au Tchad, 18 millions de personnes sont sans nourriture, sans eau potable, sans aide vitale. Cette menace de l'insécurité alimentaire a pris une ampleur nouvelle depuis 2007-2008 avec la hausse brutale des cours des matières premières agricoles. Il ne fait aucun doute que l'alimentation sera l'un des principaux enjeux de ce siècle : selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la demande alimentaire mondiale augmentera de 70 % d'ici à 2050, pour nourrir une population qui passe de 6 à 9 milliards.


Pour y répondre, il faut un changement de paradigme dans les politiques internationales. La sécurité alimentaire, la capacité à nourrir le monde, ne pourra être que le résultat de politiques volontaristes menées dans la durée. Au-delà de l'aide alimentaire d'urgence, pour nourrir il faut d'abord produire plus et mieux. Sans soutien à l'agriculture et à l'élevage, en particulier vivrier, nous n'empêcherons pas de nouvelles crises demain.


Nous devons pour cela augmenter les capacités de production là où elles manquent le plus : en encourageant l'investissement durable dans l'agriculture, au niveau mondial avec les grands bailleurs de fonds, parmi lesquelles l'Union européenne doit maintenir son rang ; mais aussi au niveau des pays en développement, conformément aux engagements pris à Maputo de consacrer 10 % de leur budget au développement agricole.


Il faut aider chaque région du monde à se doter de vraies politiques agricoles. Je pense en particulier à l'Afrique de l'Ouest, dont les pays commencent à mettre en place des outils pour gérer les défis communs : calamités naturelles, meilleure gestion de l'eau et des stocks agricoles. Bref, mutualiser comme nous l'avons fait nous-mêmes en Europe. Nous devons aussi travailler à un code de conduite pour les investissements fonciers et l'usage non agricole des terres, et agir pour tempérer la volatilité des prix : par une transparence collective sur les stocks existants pour que les marchés jouent mieux leur rôle de formation des prix ; en développant des outils de couverture innovants et sûrs.


Cette volatilité des cours m'interpelle aussi en tant que commissaire européen chargé des services financiers, car elle interroge le rôle des marchés financiers où s'échangent des produits dérivés agricoles. Ces contrats sont dits " dérivés ", car leur valeur " dérive ", c'est-à-dire qu'elle dépend de l'évolution des prix des denrées agricoles sur les marchés dits " physiques ". Les dérivés agricoles ont été créés pour permettre à des producteurs ou à des acheteurs de denrées physiques de se couvrir contre une évolution défavorable de leur cours.

Or, ces marchés ont explosé entre 2002 et 2008, le nombre de dérivés agricoles a été multiplié par trois, et leurs échanges par quatorze ! Cette explosion, qui les a détournés de leur but originel, est due à des acteurs financiers au comportement " spéculatif ". La grande mobilité de ces capitaux, couplée à des effets d'emballement collectif et à des techniques comme le trading automatisé à haute fréquence, peut alimenter des bulles à répétition.


Cette financiarisation des marchés agricoles est aussi allée de pair avec une plus grande volatilité des prix physiques, en accentuant les conditions climatiques ou l'asymétrie entre l'offre et la demande.


Les prix du blé, du maïs et du sucre s'emballent. C'est une menace pour les consommateurs, et les populations vulnérables, qui en supportent in fine le coût. Les agriculteurs et les éleveurs, eux aussi, en paient le prix : quand les intrants coûtent plus cher, ou parce qu'ils doivent financer leurs contrats de couverture avant d'avoir vendu leur récolte. La régulation par les pouvoirs publics est donc nécessaire. C'est pourquoi l'Europe agit dans ce domaine. Nous imposerons la transparence aux produits dérivés pour savoir qui vend quoi et à qui. Un nouveau cadre entrera bientôt en application pour dissuader les transactions opaques de gré à gré, standardiser les contrats, les enregistrer dans des référentiels centraux et les diriger vers des chambres de compensation.


Depuis le 1er janvier 2011, une Autorité européenne des marchés financiers assure une coordination plus étroite entre les superviseurs nationaux, ainsi qu'avec les régulateurs des marchés physiques. A l'avenir, ils auront aussi de nouveaux pouvoirs. Les opérateurs devront révéler le niveau de positions qu'ils prennent, et les superviseurs pourront intervenir en cas de volatilité excessive pour plafonner ces positions. Nous proposons de renforcer les sanctions contre les abus des marchés, et notamment les manipulations des marchés physiques et financiers des produits agricoles.


Il faut des réponses fortes et efficaces qui nécessitent une convergence mondiale et des efforts collectifs. L'Europe doit y tenir son rôle et sa place. Afin de rester un partenaire crédible pour les autres pays, face à la crise alimentaire autant qu'à celle de la zone euro, c'est à l'évidence une nécessité d'être de plus en plus solidaires et de plus en plus européens.

 

Michel Barnier

 

Commissaire européen chargé du marché intérieur et des services

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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