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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:00


Afin que dans les temps futurs nos chères têtes blondes ne confondent pas Marie Brizard avec Marthe Richard – dite la veuve qui clôt, en référence à la loi du 13 avril 1946 fermant les maisons closes dont elle fut l’instigatrice – j’écris donc ce matin pour l’édification des jeunes générations trop souvent oublieuses des grandes sagas familiales, dans le cas présent l’histoire d’une dynastie marchande féminine. Marie Brizard, née en 1714 à Bordeaux, est la fille de Pierre Brizard, tonnelier de son état et bouilleur de cru. En 1755, elle fonde à 41 ans, avec son neveu Jean-Baptiste Roger, « une petite société d’anisettes et de liqueurs fines dont la production est entraînée par l’essor du commerce portuaire. » La société à l’origine est baptisée Marie Brizard&Roger. La Marie est demoiselle et restera « vieille fille » ce qui ne l’empêchera pas de « fonder une dynastie qui perpétue son nom ». Elle le fera par l’entremise de son frère Martial, « lui aussi artisan liquoriste, avant de s’installer à Bour-sur-Gironde pour se consacrer au négoce » dont la fille Jeanne (1754-1821) et son mari Pierre Dalheu, sitôt leur mariage en 1773 prendra la suite. Veuve à 20 ans  
Les veuves industrieuses : Amiot et Clicquot http://www.berthomeau.com/article-15288559.html -, soit un an après son mariage, « elle devient le deuxième « distillateur-liquoriste » de la famille. Cependant c’est une troisième femme, Anne Brizard, une nièce de Marie, la fille de son deuxième frère, qui « assura la pérennité de l’entreprise : en 1769, Jean-Baptiste Roger – le cofondateur – avait épousé Anne Brizard (1747-1820) resserrant ainsi les liens entre les deux familles. » En 1795, Jean-Baptiste Roger décède et « Marie et Anne se retrouvent propriétaires par moitié de l’entreprise. L’année suivante, Marie se retire des affaires et cède ses intérêts à sa nièce. Marie meurt en en 1801 à l’âge de 86 ans. En 1805, Anne se retire à son tour et cède la société à ses trois fils Jean-Baptiste-Augustin, Basile-Augustin et Théodore-Bernard Roger. L’entreprise familiale passe aux mains des hommes. Elle allait inventer Marie Brizard pour les besoins de la publicité. »

 

En mai 1993, l’Express, alors que Jacques Chaban-Delmas annonçait qu’il quittait la mairie de Bordeaux, posait la question : « Paul Glotin est-il un modèle pour Bordeaux? Ce Bordelais pur jus, représentant la huitième génération, a décidé de sortir l'entreprise familiale de sa léthargie. «Mes ancêtres ne se sont pas vraiment foulés. Marie Brizard devrait être aujourd'hui l'un des géants mondiaux des boissons.» Voilà l'ambition avouée de Paul Glotin. L'autre - devenir maire de Bordeaux - il la réfute. Pour l'instant. Son pari de chef d'entreprise est en passe de réussir: des usines en Espagne, un chiffre d'affaires de 1,8 milliard de francs dans une centaine de pays, et multiplié par trois en cinq ans. » Pour mémoire la branche Glotin entre dans la famille avec la cinquième génération quand Pierre Joseph Glotin épouse en 1856 Marie-Anne Suzanne Legrand arrière petite-fille de Jean-Baptiste Roger. Paul Glotin est entré dans la société en 1962  et, au faîte de sa gloire, il aimait plaisanter sur sa résistible ascension : « ou comment faire mentir le vieux dicton selon lequel une affaire serait ruinée par la troisième génération... » Et plus dure fut la chute. Le journal Sud-Ouest écrivait le 6 novembre de cette année, alors que le tribunal correctionnel de Bordeaux statuait sur l’accusation de « faux, usage de faux et abus de biens sociaux » et qu’il est reproché à Paul Glotin de s'être lui-même licencié de sa société en 1998 avec une fausse lettre de licenciement afin de toucher de confortables indemnités : «  Paul Glotin, c'est Marie Brizard canal historique. Le dernier membre de la dynastie familiale à avoir présidé la vénérable institution. En avril 1998, le conseil d'administration le révoque. Le groupe est endetté à hauteur de 950 millions de francs et ses méthodes autocratiques ne passent plus. Pour la première fois, c'est un homme totalement étranger au sérail qui est nommé pour le remplacer. »

 

La belle saga familiale tournait court et versait dans la chronique judiciaire comme si après de longues années plonplon la Belle au Bois Dormant shootée au Maxiton se retrouvait en bute à une palanquée de mauvaises fées s’acharnant sur elle.  Et puis il eut un répit, tout le monde la croyait sortie de l’ornière la « vieille dame » après le passage du grand sachem Éric Brousse. « En 2002, il prend la présidence du directoire du Groupe Marie Brizard & International, dans le rouge depuis des années. Son choix de diversifier les activités de la société dans le vin et de miser sur les liqueurs modernes, s'avère judicieux. Lorsqu'il quitte Marie Brizard en 2006, le groupe est redressé. Cette carrière, jalonnée de succès, lui vaut aujourd'hui une réputation de redoutable homme d'affaire. » Hélas, le groupe Belvédère qui met alors la main sur la « vieille fille », un groupe bourguignon, basé à Beaune, jusque-là essentiellement spécialisé dans la vente et la fabrication de vodka en Pologne, s’est lourdement endetté en émettant massivement des obligations à taux variable pour faire cette acquisition. La dette atteignant 560 millions, Belvédère a choisi l'an dernier la procédure de protection pour se mettre à l'abri de ses créanciers. Alors que « sur les neuf premiers mois de l’année, le groupe de spiritueux a enregistré une chute de 26,4% de ses ventes à 644,5 millions d’euros. Or, le plan table sur 1,27 milliard d’euros en 2009, soit une hausse de 7% ! De même, Belvédère mise sur un excédent brut d’exploitation de 50 millions d’euros (+113%) cette année, mais n’a dégagé que 6,3 millions au premier semestre. » le tribunal de commerce de Dijon vient d’approuver le plan de sauvegarde présenté par la maison-mère. Gagée par les créanciers, comme la quasi-totalité des autres possessions du groupe, la firme bordelaise est son actif le plus rentable et Marie Brizard devra être cédée avant le 30 juin 2010, au lieu de la fin d’année 2011 prévu originellement. Cette vente, attendue à 300 millions d’euros, devrait dégager un revenu net de 235 millions. Le jugement rappelle que « la réussite du plan «réside sur la capacité qu’aura le groupe à respecter son programme de cession d’actifs et à réaliser les opérations en capital prévues, dans les délais et conditions conformes au plan »

 

Bref, qui rachètera la «vieille fille »de la rue Fondaudège bien malmenée depuis quelques années ? Des noms circulent comme toujours : La Martiniquaise de JP Cayard en tête, alors suite du feuilleton au prochain numéro en espérant que la « vieille fille » requinquée surmonte son retour d’âge sans pour autant pouvoir se prévaloir du titre très recherché de « veuve joyeuse ».

 

Note : les éléments historiques sur Marie Brizard sont tirés de l’ouvrage de Philippe Gardey « Négociants et Marchands de Bordeaux de a guerre d’Amérique à la Restauration (1780-1830)  éditions PUPS pages 75-76 lui-même inspiré du livre de H.Bonin, Marie Brizard, 1775-1995, L’Horizon chimérique, Marie&Brizard&Roger éditeurs 1994

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

S. COUREAU 02/12/2009 22:11


Eh oui, Marie Brizzard n'est plus bordelaise .....
c'est bien triste, elle risque de  finir comme toute ces sociétés déchus dont les marques phares remplissent les catalogues des multinationales.
Catalogue tellement long, que dans quelques années la multinationale ne se rappellera même plus que Marie Brizzard fut une grande société, son marketing veillissant ne sera plus dépousiéré que de
temps en temps et si la veille dame ne trouve pas quelques consommateurs fidèles dans la jeune génération, elle finira un beau jour au parthénon des marques disparues au coté d'autres noms
comme Byrrh qui aujourd'hui n'évoque plus rien pour personne ou presque. 



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