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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 07:00

Cher vous,

 

Ce matin même si je parle de vin, et que de vin, je vais marcher sur des œufs parce que le terrain sur lequel je m’aventure est semé d’embuches et de chausse-trappes. Certains me reprocheront un style très allusif, et j’en conviens aisément, mais sachez que je n’ai aucune vocation à prendre des coups en lieu et place de ceux qui sont les principaux intéressés par la question abordée. Je chronique pour mon compte en tentant, autant que faire ce peu, de ne pas m’ériger en censeur ou en donneur de leçons. Personne ne m’a demandé mon avis mais je le donne en précisant qu’il n’engage que moi ce qui, vous en conviendrez, ne bouleversera en rien les stratégies, ou ce qui en tient lieu, des décideurs.

 

Donc, ce qui va suivre, risque d’être, pour certains d’entre vous, clair comme du jus de boudin mais ils pourront demander l’exégèse de mes analyses nébuleuses à certains de mes bons lecteurs, tels Michel Smith ou Vincent Pousson. De plus, je rappelle que cet espace est dit de liberté donc ouvert à tous ceux qui voudraient s’exprimer de façon plus claire, moins sibylline, sur le sujet : le Grand appliqué au Cru.

 

« Place des Grands Hommes » chante le Patrick Bruel qui, après avoir été l’idole des minettes, est devenu l’as du poker. Nous Français aimons ce qui est Grand et donc aspirons tous, à des degrés divers, à le devenir ou à posséder quelque chose de grand : maison, voiture... Cette aspiration à la grandeur est assez équitablement partagée entre les deux sexes même si les hommes, qui aiment tant le pouvoir, gardent quelques longueurs d’avance et font parfois des corrélations entre leur puissance et des mesures intimes. Bref, si je puis dire, le Grand apparaît toujours comme une valeur sûre pour s’extraire du commun. Est-ce si sûr ?

 

D’un point de vue quantitatif être grand c’est posséder une taille, une longueur, une surface ou un volume qui dépasse la moyenne. Le mot est lâché : la moyenne. Tout dépend donc de la référence à laquelle on se réfère. Nul besoin de vous faire un dessin ou de prendre des exemples vous m’avez tous compris.

 

Reste le qualitatif, lorsque le grand signifie considérable, important, important, puissant, meilleur, noble, glorieux, illustre, élevé, sublime, magnifique... Là, je me contenterai de citer Voltaire dans son Dictionnaire philosophique « Grand est un des mots le plus fréquemment employé dans le sens moral, et avec le moins de circonspection. Grand homme, grand génie, grand esprit, grand capitaine, grand philosophe, grand orateur, grand poète ; on entend par cette exception « quiconque dans son art passe de loin les bornes ordinaires* ». Mais comme il est difficile de poser ces bornes, on donne souvent le nom de grand au médiocre. »

 

Le classement de 1855 se fonda sur le constat du prix, établissant ainsi une hiérarchie au-dessus d’une moyenne et les fameux Grands Crus Classés au fil du temps, et encore plus ces dernières années, ont basculés, ou du moins sont perçus, comme tels par les nouveaux arrivants, dans une grandeur synonyme de qualité exceptionnelle. Bien évidemment cette Olympe fait saliver et le CIVB, depuis des années, s’escrime à mettre en avant sur chaque bouteille de Bordeaux la dénomination de Grand Vin de Bordeaux. Mais trop de Grand tue le Grand, l’édulcore, le dévalue. Le Grand ne se décrète pas. Il peut se mesurer, s’étalonner mais là encore tout dépend de la valeur de l’étalon et surtout de sa perception par ceux dont on veut emporter la conviction.

 

Alors, sans m’immiscer dans des affaires qui ne sont pas miennes, j’en appelle pour un vignoble qui m’est cher, en pleine ascension, à un minimum de réflexion, à laisser du temps au temps, à éviter des décalques plus ravageurs que productifs. À trop vouloir se hausser du col avec une référence basse, c’est sans doute faire plaisir au plus grand nombre, mais ça ne fait guère avancer la notoriété. Des grands vins, des grands crus, il en existe déjà chez vous mais pour autant leur reconnaissance ne découlera pas d’une démarche purement interne, fondée sur un piètre sabir mal digéré. Débarrassez-vous une fois pour toute du complexe bordelais. Jouez la carte du petit nouveau qui monte, qui avance, qui invente ses codes, ses références, entre dans la modernité sans renier ses traditions, son histoire. Je comprends l’impatience, l’envie de traduire concrètement la somme des efforts consentis mais méfiez-vous des projets fédérateurs fondés sur le plus petit commun dénominateur.

 

Ceci écrit, j’ai toujours un faible pour ceux qui font et un léger recul par rapport à ceux qui se contentent d’ironiser dans leur chaise-longue mais sur la question qui m’occupe j’ai le sentiment qu’il y a une forme de mélange des genres entre une analyse marketing de positionnement produit et la mise en place d’un outil juridique permettant d’établir et de reconnaître une hiérarchie, une confusion dans les niveaux de responsabilité. Pour faire simple : il me semble que l’on met la charrue avant les bœufs et que le sens de la démarche devrait être inversé. Dans la mesure où je me suis interdit d’aborder le sujet de front je n’irai pas au-delà sur le fond. Bien évidemment si, comme au temps de ma « gloire » où l’on venait quérir mon oracle, il venait à l’esprit des auteurs du projet de me demander d’aller plus avant, bien sûr je le ferai avec plaisir et, bien sûr, bénévolement.

 

À tous ceux qui n’ont compris goutte à tout ce qui précède, et qui ont eu le courage de me suivre jusque là, je présente mes excuses. Je leur demande un peu de compréhension car, comme je l’ai souligné d’entrée, si j’avais débarqué dans cette affaire, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, je risquais fort de me voir flingué à la sortie. J’exagère à peine, chat échaudé craint l’eau froide. Merci de votre compréhension.

 

Suite à l’écriture de cette chronique nébuleuse j’ai enfourché mon vélo pour me rendre à une réunion et, sur un panneau publicitaire d’abribus, j’ai lu à propos d’un livre cette accroche « Un grand Marc Lévy » et je me suis dit dans ma petite Ford intérieure « Berthomeau t’as bien fait de planquer tes abattis »

 

Bonne journée et, à bientôt sur mes lignes...

 

 

Jacques Berthomeau

 

PS. Ceux d’entre vous qui souhaiterait comprendre je peux via leur adresse électronique leur transmettre un lien.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 17/05/2011 07:59



Etre grand ou petit, cela n’a pas d’importance.


Comme le père de Coluche, je pense que la bonne taille pour les jambes, c’est quand les deux pieds se posent bien par terre ...



sylvie cadio 16/05/2011 23:23



Et pour conclure, avant que je dise : "Bonsoir Les Gens",


Vous parlez en Gaullien ou en Gaulliste? La nuance est de taille (justement) aussi une précision de votre part s'impose.


Vous vous adressez ici à des gens de hautement cultivés (justement) sauf moi qui suis toute petite (justement) et qui vous lis par hasard. Je voudrais savoir sur quelle marche de votre échelle je
dois me situer.


 


Bonne nuit, Les Gens



sylvie cadio 16/05/2011 23:14



Vous écrivez en "gros"caractères . C'est pour avoir l'air plus "grand"?



Sam 16/05/2011 23:06



Bonjour, Jacques,


 


Dans votre billet du  12/05/2011: lettre ouverte à ceux qui veulent devenir grands.


 


Si votre exégèse du mot «grand » est très pertinente, vous utilisez les mots « Il faut laisser le temps au
temps » sans faire mention que ces mots on les doit à François Mitterrand ? Sauf erreur de ma part.


 


J’ai trouvé cette citation qui me semble adaptée au mot « grand »


 


C’est quoi la grandeur au juste ?


À quelle unité de mesure se réfère-t-on ?


Le Général de Gaulle, grand expert de la grandeur, surtout de celle de la France, l’a assez bien définie, dans sa double
acception, en rétorquant à un manant qui se risquait à lui dire :


 


-         Mon Général, je suis plus grand que vous !


-         Vous n’êtes pas plus grand. Vous êtes plus long…


 


A bientôt, de vous lire.


 


Sam



Masson Pierre 13/05/2011 16:32



Concernant le classement des crus du Beaujolais. Lydia et Claude Bourguignon on écrit à propos des terroirs français (Cf. RVF Avril 2008) : "... certains terroirs ont
une vie microbienne moins riche que le désert du Sahara. Ces terroirs sont morts....au palmarès des terroirs les plus moribonds; il y a le Beaujolais, où la culture du désherbage a causé des
dommages qui mettront des décennies à se résorber". Celà donne à réfléchir dans la perspective d'un futur classement.


 



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