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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 00:09

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Cher Michel Smith,


Lorsque tu écris dans ta chronique du 22 janvier des 5 du Vin « Le vin peut-il se complaire à jamais dans l’ignorance ? » :


« Ce n’est plus aussi évident de parler du vin. Du moins, c’est ce que je ressens aussi. Moi-même je suis confronté presque chaque jour à cette expérience qui fait que je doute de plus en plus de la manière dont j’écris sur le sujet. Ça ne passe plus. En dehors de quelques amoureux et professionnels, mis à part les érudits qui viennent sur notre site pour débattre entre gens de bonne famille et de bonne compagnie, entre connaisseurs, est-ce que nous avons nous un réel public, une audience ? Perso, je suis convaincu que non. Combien, parmi ceux qui nous lisent, ont-ils encore la volonté profonde d’apprendre, de découvrir, de nous accompagner dans nos dégustations, de partager notre enthousiasme comme nos déconvenues ? »

 

Ne t'offusque pas du titre Michel je l'ai pondu pour faire plaisir à un autre Michel, Bettane 


Je crois que tu as à la fois  raison et tort car nous assistons à une mutation qui n'a rien à voir avec l'éternel conflit de générations. De mon point de vue il ny a pas recul, et pas forcément de progrès, dans l’intérêt que portent ceux qui aiment le vin, ou ceux qui l’abordent en tant que néo-consommateur, à l'appétit de connaissance sur le vin. La culture du vin s'élabore différemment, loin de la pure transmission familiale, de façon multiforme et parfois surprenante. L'irruption des filles dans le milieu du vin est aussi un élément important qu'il ne faut pas traiter avec la suffisance des mecs qui savent.


Dans une chronique récente je m’expliquais à ce sujet « N’étant ni 1 amateur pointu, aigu, obtus je me contente du bouche à oreille pour choisir mon vin : vive la toile ! » link  je ne reviendrai donc pas sur mon argumentaire.


Étant l’un des créateurs des 5 du Vin – même s’il n’y a plus de trace de cette paternité partagée sur le site – je te rappelle les débats que nous avons eus sur ce sujet, vifs mais toujours amicaux. N’étant pas un professionnel de la profession je ne partageais pas votre volonté de vous cantonner dans une approche, disons classique, du vin. C’est pour cette raison que je me suis retiré et, d’une certaine façon, je le regrette, mais mon temps n’est pas extensible.


Bref, avec mes 10 ans d’expérience sur la Toile, et ma petite expérience de prof tout au long de ma carrière : de la 6e à l’enseignement supérieur, je crois que le potentiel d’intérêt sur le vin n’a pas faibli mais que l’art et la manière de le faire partager sont bien trop figés.


Eveiller l’intérêt d’un lectorat hyper-sollicité, qui, je ne le conteste pas, trop souvent, lit en diagonale sans chercher à comprendre, zappe, réagit en fonction de ses à-priori, ses idées reçues, sur des pages Face de Bouc où les commentaires sont souvent affligeants, exige une remise en cause de la manière d’aborder la fameuse culture du vin.


Depuis l’origine sur cet espace de liberté j’ai choisi d’ouvrir la focale, de ne pas me contenter d’aborder le vin pour le vin, style LPV, d’aller chercher un lectorat chez ceux pour qui le vin n’est pas l’amour de leur vie, et ils sont majoritaires. Pour la énième fois je vais évoquer ce que répondait mon pépé Louis à mémé Marie lorsque le curé en chaire pestait contre ceux qui ne venaient pas à la messe « pourquoi y nous en parle puisqu’eux ne sont pas là pour l'enetendre ? » Que du bon sens !


Faut aller au contact mes cocos ! Sortir de vos cercles forts sympathiques mais un peu vieillissants, pour fréquenter d’autres mondes. C’est mon cas, je me bouge le cul, certains me le reprochent assez, surtout lorsqu’il s’agit de charmantes et jolies jeunes filles, aller au contact pour comprendre et mieux expliquer.


Les Ignorants de Davodeau link, Mimi, Fifi & GlouGlou link Les tronches de vin sont de vrais succès de librairie et ne me dites pas que ce ne sont pas des vecteurs de la culture du vin.


Quant aux buveurs d’étiquettes, aux gus qui achètent des bouteilles au prix du caviar pour faire reluire leur statut social, ce n’est pas nouveau. J’ai été marchand de vins en 1986 à la SVF propriétaire de la vieille maison bordelaise Cruse, et j’ai livré des caisses bois bordelaises à la pelle pour les chers amis de notre actionnaire. Ce qui a changé depuis c’est l’échelle des fortunes et des prix des GCC, comme de certains crus bourguignons. Le seul qui ait voix au chapitre c’est le Bob des Amériques.


Enfin, j’éviterai, pour ne pas fâcher plus encore, de parler d’une certaine presse du vin, de prescripteurs qui sont sous la botte de leurs annonceurs, qui pratiquent sans vergogne le conflit d’intérêts en mélangeant biseness et soi-disant notations.


Dernier point, cher Michel, la catégorisation de certains consommateurs de vin pas comme les autres, au rayon de bobos parisiens par une engeance qui regrette la boucherie du village qu’elle a, comme tout le monde, fuit, me gonfle absolument. Ces nanas et ces mecs : ils boivent du vin qu’ils achètent à des cavistes ou des vignerons, se moquer grassement d’eux c’est se tirer des balles dans le pied. Tous les consommateurs, de l’acheteuse chez Franprix au pépère qui pointe depuis tout le temps chez Nicolas comme la petite nana qui achète son vin nature au Lieu du Vin du grand Philippe ou chez le Paco d’Ivry, ça se respecte. C’est le B.A.-BA du commerce ! Le client à toujours raison... ou presque...


Tu dis Michel que « pour s’en remettre, il faudra attendre une ou deux générations. Attendre qu’une société s’écroule pour mieux se reconstruire sur de nouvelles bases. Le temps de reformer des générations d’amateurs rompus à l’érudition, à la curiosité. Le temps de redonner soif à un monde aveuglé par le paraître. Le temps de privilégier la connaissance face à l’ignorance. Quand je vous disais que j’étais un éternel optimiste… »


Mais s’en remettre de quoi ?


D’un monde dévasté par les Barbares ?


Pessimiste actif je ne te suis pas tout à fait sur ce terrain, comme Alessandro Baricco je constate qu’ « On s’épuise déjà à comprendre sa petite motte de terre, on n’a donc plus guère de forces pour comprendre le reste du champ » link


Mais qui sont ces barbares ?


Les prédateurs de la Toile sans culture ni Histoire répondent les anciens dominants de la culture.


Baricco n’est pas convaincu « dans le monde où je vis (ndlr. Les intellectuels), si l’honnêteté intellectuelle est une denrée rare, l’intelligence ne l’est pas, elle. Ils ne sont pas devenus fous. Ce qu’ils voient existe. Mais ce qui existe, je n’arrive pas à le voir du même œil. »


Simple conflit de générations : « les anciens qui résistent à l’invasion des plus jeunes, le pouvoir en place qui défend ses positions en accusant les forces émergeantes » ?


Non, pour Baricco « cette fois, ça semble différent. Un duel si violent qu’il paraît nouveau. D’habitude, on se bat pour contrôler des points stratégiques sur la carte. Aujourd’hui, les agresseurs font quelque chose de plus radical, qui va plus en profondeur : ils sont en train de redessiner la carte. C’est peut-être déjà fait. »


« Nul déplacement de troupes, nul fils tuant le père. Mais des mutants, qui remplaçaient un paysage par un autre et y créaient leur habitat. »


Quant au monde du paraître, celui des puissants ou des autoproclamés tels, exacerbé par la mondialisation, il est le fait d’une infime minorité surexposée, et il serait temps pour le monde des sachants du vin de se retrousser les manches afin de s’adresser au populo dont tout le monde se fout, y  compris les qui se lamentent, aujourd’hui comme hier.


Bon Michel, ce n’est pas tout ça je t’invite, pour te remonter le moral, au Terrier de la rue de Ménilmontant, Le lapin Blanc, moi je tirerai le petit pignon de mon vélo de vieux bobo pour y monter, toi le vieux sage du  vin tu pourras y venir à pied, à cheval ou en voiture, référence à Noël Noël une icône culturelle de notre époque Michel, et tu verras que mes copines, pas bobo pour deux sous, ont un appétit de connaissances sur le vin inextinguible tout comme leur soif de la vie et des plaisirs…


Je t’embrasse et continue d’écrire comme sur 180°C et l’amour du vin se portera bien…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 24/01/2015 09:47


Jacques,


Je n’ai jamais vendu de vin par le passé. D’ailleurs, ça se voit, je ne sais toujours pas trop bien le faire. Sinon, j’ai aussi donné cours (et il paraît que je pontifie toujours, en souvenir de
cette époque bénie), et j’ai aussi chroniqué. Je fais un peu le même constat que Michel – Smith, l’autre je n’ai pas compris de qui il s’agit – mais il porte sur toutes les activités humaines,
pas spécifiquement sur le vin. L’époque est au rapide et facile à obtenir, ce que j’appelle le superficiel mais, ma foi, si les gens sont contents ainsi ...


J’accepte de bon coeur mon appartenance au monde très étendu des VC et ne cherche nullement à m’en défendre. Mon « vrai » métier (celui d’avant) était fait surtout d’observation, et de
pas mal de savoir, plutôt que d’intelligence. Suffit de voir le nombre d’ex-collègues qui en manquent cruellement. Or, je ne crois pas que cette intelligence, justement, soit en déclin. Mais on
la sollicite moins et surtout, le savoir qui la sous-tendait n’existe plus chez l’individu, puisqu’un seul clic de souris, ou presque, vous offre l’information désirée. Dès lors, tout le monde
donne son avis, à tort et à travers, et de préférence sur les sujets auquels on ne connaît rien. J’entends bien que ce n’est pas nouveau, mais les moyens de diffuser ces « avis » sont
tellement plus rapides que jadis, et ont tellement multiplié l’audience, qu’il ne faut plus aucune persévérance pour devenir « visible ».


A l’inverse, pour les « pros » , les spécialistes, les experts qui avaient eu – au moins – cette ténacité pour être reconnus (ou détestés, mais c’est la même chose), il y a une
grande frustration de ne plus être le «primus inter pares », mais simplement « one amongst many others ».


Je ressors mon vieux (encore !) Leitmotiv : nous avons hérité du mode de fonctionnement des US of A en même temps que du joug du Plan Marshall, le tout avec 10 ans de retard
environ sur les Yanks. Il existe des phénomènes de « mode » très éphémères, un « culte » de vedettes très fugaces et pour lesquelles l’image (dans les deux acceptions, celle
qu’on donne et celle qu’on voit) a pris un importance énorme. Et tout doit se renouveler constamment pour maintenir l’attention, comme le surgreffage du vignoble californien : tous les dix
ans, on change de cultivar. Enfin, plus personne – sorti des VC – ne lit de longs textes. Or, dans un texte court, on ne peut jamais rien dire de bien intéressant.


 

moral 24/01/2015 09:24


bonjour,


Je regrette de découvrir, un peu tard, cette rubrique qui ne manque pas d'allant. L'échange d'idées, la polémique et la diatribe sont des vecteurs indispensables au bon fonctionnement du yaourth.
Il serait étrange et inquiétant que tous partagent les mêmes idées, même si, aujourd'hui, ce souhait est "commun d'une élite". Le vin est inépuisable à qui sait l'entendre, sa connaissance ne
peut être que partielle, tant les individus sont différents par leur savoir et leur culture. Dans chaque article, un mot ou une idée fait "clic", et engendre une réflexion, un sentiment ou une
action. Les mots sont là pour être employés, chance à ceux qui savent les manier pour le plaisir des autres. Dans le monde du vin comme ailleurs, on apprend à tout instant où la curiosité nous
emmène...bravo!


Je ne partage pas tout, je ne comprends pas tout, il est vrai que la "culture du vin" a ses adeptes patentés, comme au bridge, au golf, les passionnés parlent avec leurs mots, leur jargon, leurs
codifications incompréhensibles au lecteur lambda. Certainement ce qu'exprime Michel Smith.


Bien cordialement


Pour information, ce site présente un ouvrage que je viens d'achever : http://autourdelavigne.free.fr

jmPaul 24/01/2015 09:22


Merci au taulier qui m'a fait découvrir Baricco et ses barbares ... Courez acheter ce livre jubilatoire et libérateur.

Michel Smith 24/01/2015 09:03


Je ne vais pas en rajouter, Jacques, mon papier étant déjà assez long, embrouillé et indigeste. Quoiqu'il en soit, il faut dire les choses quand on a envie de les dire. C'est tout ce que je dis
pour ma défense ! 


Merci au passage de souligner - et de me rappeler - les bons côtés de la vie parisienne (j'irai lapiner un jour avec toi sur la Butte, promis !), mais pour ce coup-là j'étais à Londres et ce doit
être l'overdose d'étalage commercial qui a fait remonter le blues en moi.


Pour l'heure, je suis Cévenol. J'approche de Montpellier pour voir et biberonner mes chers vignerons bios. Le jeune ami Édouard Fortin, dont la cave en Cabardès avait été anéantie par des
salopards, va mettre dans mon coffre de bagnole quelques bouteilles du Carignan "Pépé" que j'avais commandées il y a deux ans histoire de l'aider à se remettre en selle. J'en garde une au cas où
tu reviennes faire des tiennes à Perpignan !

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