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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 02:02

Monsieur le Maire, cher Bertrand Delanoë,



Paris, votre ville, la mienne aussi, au XXe siècle a rayé de sa carte tous ses fiefs de marchands de vin. C’est regrettable pour la capitale de notre beau pays qui se veut le Pays du vin. Bordeaux, me direz-vous, de part le prestige de ses Grands Crus Classés, s’est arrogé ce titre de capitale du vin. J’en conviens mais, Paris restant Paris, l’afflux de nos concitoyens et de visiteurs étrangers comme au Salon International de l’Agriculture en témoigne, ne pas imaginer sur son territoire une présence emblématique du vin constitue à mon sens une grave erreur préjudiciable au rayonnement international d’une activité qui a démontré sa capacité de conjuguer avec bonheur tradition, vitalité et variété de nos territoires ruraux et capacité à affronter la mondialisation.

Avant de pousser plus avant ma démonstration quelques mots sur les anciens fiefs de marchands de vin à Paris. Rappelons-nous. Tout d’abord sur la rive gauche, quai Saint-Bernard, à quelques encablures de l’Île de la Cité : La Halles aux vins, implantée depuis 1666, et qui a laissé la place au campus de Jussieu dans les années 70 lorsque les Universités parisiennes furent dotées, suite à mai 68, par la grâce d’Edgard Faure, de numéros en chiffres romains et, qui en 1987, sur l’emprise la plus proche de la Seine, a accueilli l’Institut du Monde Arabe. Sur la rive droite, l’ancienne commune de Bercy, partagée en 1660 entre Charenton et Paris, où des entrepôts de vins s’étaient installés dès le XVIIIe à l’extérieur de la barrière de l’octroi de la Rapée, restructurés par Viollet-le-Duc, Bercy sera jusqu’au milieu du XXe, en dépit d’une réputation sulfureuse pas toujours justifiée, un haut lieu du vin. Après une longue résistance des marchands de vin, de ce lieu mythique, il ne reste plus, ou presque, que le nom d’une station de Métro : Cour St Émilion.

72.jpgRien de plus normal me direz-vous, nos vins sont, pour la plupart, mis en bouteille dans leurs régions de production et la mise à la propriété est un must pour beaucoup de vos administrés amateur de vin. Donc plus besoin de péniches, de tonneaux, d’entrepôts, de tireuses, de casiers, de flottes de camionnettes, de flopées de petits épiciers pour que le jaja arrive jusque sur les tables parisiennes. Le gros rouge, la boisson totem magnifiée par Roland Barthes dans Mythologies, et Nectar, l’emblématique caviste de la maison Nicolas, dessiné par Loupiot, ont vécu alors comme le disaient les murs de Paris en mai 68 « Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes » et libérons notre imagination !

NICOLAS.jpgPermettez-moi tout d’abord, monsieur le Maire, de vous proposer un lieu emblématique pour implanter une « City Winery » à Paris. Comme je suis un citoyen-électeur soucieux, et des finances de la ville, et du rayonnement de notre ville-capitale, ma proposition se permettra, si je puis m’exprimer ainsi, de vous ôter une épine du pied.

Dans un premier mouvement j’ai pensé au 104, www.104.fr, grand et magnifique vaisseau, qui peine à trouver  son ancrage et des passagers. Trop excentré, trop loin du cœur de la ville, à choisir faute de mieux.

Et puis, chemin faisant, le souvenir du plus illustre de vos prédécesseurs, acteur et héritier d’un Pompidolisme qui aimait tant raser et bétonner, m’a mis la puce à l’oreille. En effet, je me suis dit, cet homme grand cajoleur du cul des vaches limousines, à deux faits d’armes à son actif : l’éradication du Bercy pinardier et surtout le comblement du fameux Trou des Halles. Belle performance que d’avoir transformé l’ancien ventre de Paris en une forme de trou du cul de Paris. Cette horreur architecturale, digne de l’urbanisme commercial qui sévit aux lisières de nos villes, est devenue un cloaque commercial, un non-lieu, un ensemble vide que vous voulez, Monsieur le Maire, rénover, faire revivre donc !

Bonne pioche pour un projet tel que celui de l’implantation d’une « City Winery » à Paris, en plus c’est à deux pas du Centre Pompidou qui, avec sa tripaille multicolore exposée aux regards, prend parfois des allures d’une Winery toute droit sortie du geste provocateur d’un architecte en état d’ivresse créatrice.

Mais qu’est-ce donc que cette « City Winery » ?

Un projet qui devrait séduire votre adjoint à la Culture Christophe Girard ! C’est un chai de 2000 m2 situé à Soho’s Hudson Square, à deux pas de Wall Street, au sud de Manhattan, donc en plein cœur de New-York-City, Big Apple, www.citywinery.com Mais c’est plus qu’un chai. Son concepteur, Michael Dorf un producteur de musique, a voulu faire de ce lieu un véritable creuset alliant tout ce qui touche à la culture urbaine d’une ville qui ne dort jamais. En effet, comme l’écrit César Compadre dans le journal Sud-Ouest « City Winery combine 4 composantes : un chai où le client peut élaborer son propre vin, une salle avec une scène surélevée pour des concerts, un bar à vin et un restaurant, enfin l’organisation de soirées privées ou d’évènements comme des mariages. Le lieu (rez-de-chaussée et sous-sol) est ample et élégant comme un grand loft avec hauteur sous plafond, couleurs chaleureuses ton bois clair, structure métallique au plafond et 300 places assises. »

Décoiffant monsieur le Maire ! Limite border-line mais si en phase avec un beau paquet de vos administrés enserrant ce quartier. Imaginez l’impact d’un tel projet sur nos visiteurs japonais, chinois ou même étasuniens, les Halles retrouveraient leur attraction première. Je m’enflamme mais, m’objecterez-vous, pourquoi diable me faire l’avocat d’un projet qui n’existe que dans ma tête éruptive ?

Faute à son Excellence Charles H. Rivkin Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique qui m’a convié, en sa résidence privée du 44, Faubourg Saint-Honoré, à quelques encablures de l’Elysée, à une petite sauterie de producteurs de vins américains. Comme je suis un garçon simple j’y suis allé à vélo, le mien pas l’un des vôtres qui, entre-nous, font un peu trop livreur de pizza. Après les contrôles d’usage, en un lieu où nos amis étasuniens parlaient tous l’américain – et dire que l’on moque les français qui ne parle que le français quand ils veulent aller vendre du vin aux étasuniens – j’ai eu soudain l’extrême plaisir d’entendre, derrière une table, un gaillard jovial s’exprimer dans notre dialecte menacé. Je me suis précipité et là, le choc d’une photo d'une station de métro transformée en vendangeoir m’a tout de suite excité les neurones...

Tom-7246.JPGLe gaillard jovial c’est David Leconte, né près de Crozes-Hermitage. Il y a grandi au milieu des vignes puis il est parti faire ses études d’œnologie à Montpellier la ville du Leader Maximo du South of France. Embauché à Tain l’Hermitage par l’ami Chapoutier puis, déjà voyageur, il a travaillé pour Pernod-Ricard dans la province d’Hebei. Retour bref en France et grand départ vers les Etats-Unis, en Virginie exactement pour travailler dans un laboratoire d'analyses puis migration vers la côte Ouest pour la Californie dans les Herzog Wine Cellar comme assistant-maitre de chai. Enfin, et c’est lui qui le dit « Enfin, j'ai été approché par Michael Dorf, grande figure de la vie nocturne new yorkaise, qui souhaitait créer un lieu convivial où l'on pourrait donner la possibilité aux clients de faire leur propre vin, choisir leurs cépages, participer à toutes les étapes de la vinification sous la direction du winemaker mais aussi recevoir ses amis, déguster du vin et un délicieux repas et écouter de la bonne musique. Cette idée folle de faire réellement du vin en plein centre de Manhattan m'a plu et je me suis lancé dans ce challenge »

Sans vouloir déprécier notre belle capitale, votre ville, ma ville, nous sommes vraiment à la traine. À New-York le mouvement « Do It Yourself » qui « était plutôt l’apanage des jeunes barbus tatoués de Brooklyn » touche aussi maintenant, sous l’impulsion des locavores (voir ma chronique du 27/05/2008 Les «locavores» : une espèce en voie d’apparition… http://www.berthomeau.com/article-19897396.html ) la production de nourriture : apiculture sur les toits, potagers urbains... comme celui du précurseur de l'agriculture urbaine américaine en 1995 avec sa première serre expérimentale dans l'Upper East Side, à l'est de Central Park. 14 ans après, et 400 000 dollars d'investissements, son potager de 2800 m2 fournit son restaurant er ses épiceries fines en herbes, tomates, fraises, salades en tout genres, carottes et betteraves d'avril à fin novembre. Notre brave Alain Passard semble être en retard d'une guerre avec son potager lointain...

Pour couronner le tout maintenant voici, avec la City Winery, l'irruption de la production de vin sur le territoire de la Grosse Pomme.

À Washington Michèle Obama, prenant au mot son président de mari, a inauguré, en mars 2009, le potager bio dans un coin de la pelouse sud de la Maison Blanche qui produira : épinards, laitues, petits pois, brocolis ou radis afin a-t-elle soulignée : « que notre famille ainsi que le personnel et tous ceux qui viennent à la Maison Blanche aient accès à des légumes et des fruits vraiment frais »

Fort bien vous allez m’objecter « mais d’où viennent les raisins ? »

La journaliste Claire Levenson vous répond Monsieur le Maire : « Le catalogue propose des Syrahs, Pinot Noirs, Cabernets et Rieslings, et vous pouvez composer votre étiquette comme il vous plaît. Les grappes font le voyage depuis la Californie et l’Oregon en camion réfrigéré*, d’Argentine en bateau et bientôt de France. » * j’ajoute en cagettes.

Pour ma part j’ai dégusté chez l’ambassadeur :

-         Spring Street, Pinot Noir 2008 (Russian River)

-         Hudson Square, Syrah 2008 (North Cost California)

-         Downtown White, Chardonnay 2008 (Los Carneros)

Mais un chai en ville c’est polluant me direz-vous ?

César Compadre de Sud-Ouest vous répond Monsieur le Maire : « À Manhattan, cette activité industrielle ne semble poser aucun problème : des ventilateurs expulsent le gaz carbonique lors des vinifications ; les rafles et marcs finissent en compost via le même circuit que les déchets de cuisine ; les lies accompagnent même les plats. »

Je vous sens un peu ébranlé Monsieur le Maire et je vais, si vous me le permettez, enfoncer le clou : faire son vin, y apposer sa propre étiquette, c’est le rêve des bobos de toutes obédiences. Certes, c’est David Lecomte qui se tape le plus gros du boulot mais « certains participants aident à trier les raisins, viennent régulièrement goûter le jus en fermentation, puis faire des assemblages de vins avant la mise en bouteille. »

Je vous vois sourire Monsieur le Maire car vous allez décocher la question qui tue : « combien ça coûte cette amusette pour lawyers ou traders compulsifs ? Bonbon je suppose... »

Vous supposez juste puisque 200 d’entre eux ont allongé entre 6 000 et 9 000 dollars pour une barrique de 225 litres mais, comme ceux qui syndiquent un pur-sang, rien ne s’oppose à ce que vous achetiez une barrique en communauté (soit 276 bouteilles donc un prix de revient de 27 à 38 dollars). Vous pouvez aussi faire du troc de bouteilles avec d’autres membres mais je crois que la revente est illégale.

Reste un point crucial à traiter : le bilan carbone de l’opération. Nous le ferons bien sûr et, croyez-moi, avant même l’érection de la Wine Tower à la Défense (voir ma toute récente chronique : http://www.berthomeau.com/article-la-verticale-des-fous-la-wine-tower-des-vignes-en-ville-a-tous-les-etages-46221538.html) des solutions très carbon neutral peuvent être mise en œuvre facilement.

Voilà, j’ai été un peu long mais le jeu en valait la chandelle, Monsieur le Maire, cher Bertrand Delanoë, car inclure, dans l’ensemble qui va effacer l’horreur qu’est le Forum des Halles une « City Wine » et tout ce qui va avec, ce serait tout à la fois redonner à ce lieu ses anciennes lettres de noblesse de grand garde-manger de nos produits de terroir et faire que le Vin retrouve une place symbolique à Paris notre capitale.

En attendant sans impatience votre réponse, Monsieur le Maire, cher Bertrand Delanoë, je me tiens à votre disposition pour répondre à toutes les questions que vous vous poseriez sur ce projet. Recevez l’expression de mes salutations les meilleures.


Jacques Berthomeau


PS. Si vous souhaitez plus de détails ou visionner les photos de « City Wine » consultez le blog de Jean-Michel Selva journaliste du journal Sud-Ouest basé à New-York

 

1869104048.jpg1786937858.jpg1565577864.jpghttp://newyorkcity.blogs.sudouest.com/vin/

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

mauss 07/04/2010 10:59



Il devrait être évident pour chacun que c'est à Paris que doit se créer un CENTRE CULTUREL DU VIN.


Un tel centre a besoin d'être dans un endroit neutre. Comment avoir l'adhésion de toutes les régions en-dehors d'un endroit aussi visité et aussi prestigieux que Paris ?


Les 55 millions d'euros votés pour faire un tel Centre à Bordeaux me laissent dubitatif. Qu'est ce qui pourrait enthousiasmer nos amis bourguignons, alsaciens, rhodaniens et autres à venir à
Bordeaux ?



gus 07/04/2010 08:01



Exploiter la terre,ça eu payé,mais ça pay' plus !


9000 $ la barrique pour se la péter en société....


Par contre ,exploiter la c.........ie humaine,le gisement semble inépuisable ...


Le jour ou les cons voleront,le photovoltaïque aura du plomb dans l'aile !


Bonne journée.



Norbert 07/04/2010 07:25



Très intéressant. Pour faire jeu égal avec les Américains, il faut dès à présent songer à faire inscrire Paris dans les aires de proximités des zones d'appellation, permettant les opérations de
vinification (le débat général est en cours à l'INAO). Après tout, celles-ci ont souvent été définies de manière très large, en dehors de quelques exceptions contestables et contestées (cf. votre
billet sur Pomerol). Pour la Bourgogne, par exemple, l'aire de proximité du Montrachet va jusqu'à L'Arbresle (Rhône) ou Tonnerre (Yonne) et Paris n'est pas vraiment plus loin!



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