Mardi 18 septembre 2012 2 18 /09 /Sep /2012 00:09

  

 

Le Taulier, à peine rentré de son insularité, balaie les idées reçues par la concurrence, tout ce fatras dont certains font même des livres. C’est fou ce que le vin inspire, des trucs reliés en cette rentrée il en pleut comme à Gravelotte, n’importe qui dégoise sur n’importe quoi, c’est du flux à basse densité mais, par bonheur, sur les rives il est plaisant de contempler le fleuve qui charrie tout cet imprimé vite oublié : pitié tout de même pour les arbres même si grâce au pilon ça se recycle vite !


Le bonheur de lecture vient, dans ce long fleuve insipide, d’ailleurs. En l’occurrence ici de deux vrais russes : Wladimir Kaminer né à Moscou en 1967 et sa femme Olga né sur l’île Sakhaline, derniers Russes à avoir obtenu la nationalité est-allemande avant la réunification. Wladimir est « à la fois écrivain en vogue et icône de la scène alternative berlinoise » et il est plaisant de lire des livres écrits par de vrais écrivains : La cuisine totalitaire chez Gaïa 19€ en est un. Vous allez me répliquer que je décoconne car le sujet de cet opus n’est pas le vin. J’en conviens mais, dans ma dernière razzia de mon dimanche de rentrée à l’Écume des Pages, ceux sur le vin me sont tombés des mains. Je ne les citerai pas par pure charité chrétienne, vertu théologale dont je ne suis malheureusement pas doté.


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Revenons à nos vrais Russes, devenus citoyens de la Grande Allemagne tenue par la poigne de fer d’Angela, qui déclarent tranquillement que « la gastronomie russe est la seule au monde qui fasse passer la nourriture au second plan ». Ils s’en expliquent « En effet, les Russes ne vont pas au restaurant pour manger ou boire, ils peuvent aussi bien le faire chez eux. Ils sortent pour faire la fête. Et tout ce qui, pour des raisons de sécurité, n’est pas permis à la maison, doit l’être  au restaurant : chanter, faire la danse du ventre, se balancer au lustre. L’ingrédient le plus important de la cuisine russe est l’humeur du cuisinier. Dans un bon jour, il est capable de sortir de sa toque un esturgeon rempli de caviar, de jongler avec des brochettes devant la table, ou de cracher du feu avec de la vodka. Dans un mauvais jour, cela peut devenir encore plus acrobatique. Il faut absolument vider son assiette, car les cuisiniers russes sont très susceptibles. »


J’imagine nos vieux critiques poussifs gastronomiques, si plon-plon, je ne citerai pas de noms, certains radotent, face à ce régime de boyards. En revanche, je suis sûr que mes copines Samia link  et Isa link, chroniqueuses sur le Oueb trouveraient ça très drôle. Nos auteurs d’ajouter « Si 10 BMW noires sont garées devant le restaurant, ne pas entrer, changer immédiatement de trottoir et faire comme si on avait l’intention d’aller dîner ailleurs, mais réessayez la semaine suivante. On peut également organiser un dîner russe chez soi : il suffit d’acheter beaucoup d’alcool, des cornichons, d’appeler ses amis, d’inviter les voisins, de mettre la musique à fond, et voilà, le tour est joué. »


Bonne transition, les cornichons, pour l’exécution en règle d’une idée reçue, d’un mythe « selon lequel la vodka et le caviar seraient  des produits de choix typiquement russe » Pour nos auteurs c’est faux car, « comme n’importe quel être sensé, le Russe préfèrerait cent fois accompagner sa vodka d’un cornichon » Donc « les vrais russes n’aiment pas le caviar » En effet, « ce produit noble a toujours eu une place ambiguë en Russie : ce n’est ni aliment populaire ni un mets de prestige recherché. Dans ma jeunesse socialiste, le caviar était un produit de propagande, non pas destiné à être consommé mais à être utilisé pour crâner à l’étranger. On trouvait rarement du caviar dans les frigos du peuple. »


« Le caviar, était un objet politique instrumentalisé de toutes parts. Les monarchistes prétendaient qu’avant la révolution, il y avait du caviar en quantité pour les riches et les pauvres, mais que les communistes en avaient dévoré toutes les réserves. Les staliniens, quant à eux, prétendaient que le caviar était présent sur les étagères de tous les magasins d’alimentation. Plus tard, Gorbatchev a été soupçonné d’avoir vendu tous les stocks de caviar aux capitalistes. On accusait toujours l’ennemi d’avoir épuisé les réserves de caviar. Chez nous, il y en avait un peu sur la table les jours de grande fête. Souvent, personne n’y touchait. » Avouez que c’est plus marrant que les confidences sur le fourneau de Thierry Marx ou que minauderies prétentieuses les de l’ex de Patricia Kast. « Ils ont mangé tout le hareng et les cornichons, mais ils ont laissé le caviar », se plaignait la mère de Wladimir, une fois les invités repartis. La première fois que j’ai mangé du caviar en 1978 c’était un cadeau d’un collègue de mon ex-femme, médecin à l’Institut Curie, communiste, qui l’avait rapporté d’un de ses voyages en URSS : la nomenklatura du PC français raffolait de ces voyages au pays du socialisme réel.


« Après la chute du socialisme, on aurait pu s’attendre à ce que les nouveaux riches dégustent quotidiennement du caviar hors de prix au petit déjeuner, rien que pour se distinguer culinairement du reste de la population. Mais les riches n’aimaient pas ça. La plupart d’entre eux venaient de familles d’ouvriers et avaient grandi avec les cornichons. Ils avaient plutôt envie d’exotisme occidental. Ce n’est donc pas le caviar qui est devenu le symbole de la vie de pacha en Russie, mais l’ananas. Presque comme en Allemagne, où la réunification a littéralement eu lieu sous le signe de la banane. Chez nous, l’ananas est devenu le symbole de la flambe. »

 

Pour vous faire plaisir demain je vous parlerai vin!

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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