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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 00:09

Ouille, ouille, avec ce titre bizarre ne me donnez pas du Jacquouille car je ne suis pas une fripouille qui vous déclarerait « Elle est gouleyante cette vinasse, quoi qu’un peu clairée ! » rien que pour vous faire des papouilles afin de vous attirer sur mon espace de liberté.

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Bien au contraire je me suis contenté de jouer sur le patronyme de Michel Bataille afin d’évoquer un temps de ma vie (lire ma chronique du 30/03/2006  les vins de bataille link) qui a connu la fin des vieux de table. Allusion qui n’a rien d’innocente quand on connaît comme moi Michel Bataille : en effet, il est de ce pays qu’on nommait le Midi, un pays auquel colle encore trop l’image de ce qu’un Ministre marchand de sardines à l’huile avait nommé bibine. Michel la première fois que je l’ai croisé c’était au centenaire de la coopérative de Maraussan. Il sortait d’un rude combat syndical, perdu d’un cheveu, où ses « amis » de la coopération, le bougon des cépages en tête, avaient plombé sa légitime ambition. Il en est ainsi dans ce pays où ceux qui montaient sur le tonneau pour haranguer les foules n’avaient que le verbe comme principe d’action.

 

Sans vouloir les Jack Lang de substitution de Michel je pourrais dire « Quel bel homme ! » Grand, avenant, solide avec sa part de fragilité, poignée de main franche, Michel avance, il fait. Je respecte les gens qui font surtout dans un environnement pesant, difficile. La coopération viticole de South of France je la connais, je l’ai suivie, auscultée, questionnée, secouée, mais je dois avouer qu’elle n’a pas été, au plan de ses instances dirigeantes, à la hauteur des enjeux qu’elle devait affronter au cours de la précédente décennie. Pour autant, sans adresser des bons points à certains, dans certaines caves coopératives ou leur unions, des hommes, malgré l’inertie syndicale, ont entraîné derrière eux une nouvelle génération de vignerons. Comme le dit bien mon ami Jean-Louis Piton, Président de Marrenon : se mettre en situation de créer de la valeur. Tout commence dans la vigne ! Qui mieux que le coopération, n’en déplaise à ceux qui ne croient qu’au modèle individuel, peut impulser ce mouvement, non pas vers une je ne sais quelle qualité mais pour produire le raisin qu’il faut pour le vin que l’on veut proposer aux consommateurs. Du petit au grand vin : faire bien !

 

Alors notre Michel dans son navire de l’Ensérune il cherche à faire lever une pâte bien lourde et pour ce faire il  mise sur une génération qui veut se réinvestir dans le métier de vigneron. Il a choisi pour cela une route de crête avec sa gamme : Les Grands Vins. Celle-ci en adopte les codes : lourd flacon, étiquette classe, déclinaison Vignobles Foncalieu, dénomination de chaque vin à fort contenu marketing : Apogée pour le Saint-Chinian (600 caisses) ; Le Lien pour le Minervois (1177 caisses) ; Les Illustres (2166 caisses) ; La Lumière pour le dernier-né le Corbières (400 caisses) et vous aurez remarqué leur caractère confidentiel en nombre de caisses (concept bordelais et international) : 4343 pour l’ensemble de la gamme. Choix que je respecte, que je comprends dans une stratégie interne de challenge, mais qui confronte cette gamme avec de rudes compétiteurs à la notoriété plus installée, plus ancienne. C’est la stratégie d’aller pêcher dans l’océan rouge. Reste tout de même des arguments pour aller aussi jeter ses filets dans l’océan bleu.

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J’ai dégusté les jus en compagnie de celle qui les a mis au monde : Delphine Glangetas. Comme elle le souligne, avec ce souci d’humilité de celles et ceux qui s’aventurent dans un univers qui n’est pas celui où on les attend,  « je ne fais rien d’extraordinaire… » mais moi d’ajouter : elle le fait bien. L’essentiel de la démarche est bien le retour du lien fort entre ceux de la vigne et ceux du vin. Comme le dit Michel dans sa présentation de la gamme : c’est l’histoire vraie d’ « une poignée de femmes et d’hommes réunis pour donner le meilleur de leur terre. Ils œuvrent ensemble pour aller toujours plus haut, toujours plus loin, sans craindre de relever de nouveaux défis. » Toute la fierté languedocienne est concentrée dans cette profession de foi et n’attendez pas de moi autre chose qu’un sincère bravo. Les vins de la gamme ont une âme, perfectibles certes, ils n’ont pas à rougir de leur identité. Dans la cour des Grands, ou des prétendus tels, sans arrogance il ne faut jamais s’excuser d’y pénétrer, il faut y être soi-même.

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Dans la gamme, et ce n’est pas de ma part un choix prémédité, le vin qui m’a séduit et convaincu est le petit Poucet : les Illustres Coteaux d’Ensérune 2009. D’ailleurs, j’ai pu constater par la suite que je n’étais pas le seul. Voilà un vin séduisant, plein de fraîcheur et de fruit qui me plaît. Bien sûr, eu égard à mon amateurisme et à ma non-représentativité je ne puis prétendre que mon goût soit celui de la cible recherchée. Et, mon cher Michel, c’est là que je m’interroge : à qui s’adresse ta gamme les Grands Vins ? A ceux que l’on regroupe sous le nom générique de grands amateurs ou à une bande de petits fouineurs qui cherchent, hors des sentiers battus, sans souci de leur pedigree, des vins qui, pour sortir du dualisme Petit/Grand, se situent, dans un terroir donné, au-dessus du gros de la troupe. Cette deuxième catégorie, très mondialisée, pas forcément très argentée, passe au-dessus des poncifs. Elle est l’avenir et c’est elle qui impulse la tendance sous laquelle se niche la notoriété.

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Alors mon cher Michel foin des sempiternels cahiers des charges, des habituels suivis de ceci ou de cela, des sélections en tout genre, du winemaker star… faites-nous d’abord rêver, il sera toujours temps ensuite de nous parler de votre métier. Sous le marketing se cache des trésors inexplorés. Pour moi, sans jouer le petit vert urbain fou de zoziaux et d’adventices aux noms savants, l’Ensérune c’est d’abord la pie grièche à poitrine rose. La population française, située dans le sud de la France, a la particularité d'occuper des alignements de platanes en bordure de routes et des secteurs de vignobles. La pie-grièche à poitrine rose est un grand migrateur. Pour passer l'hiver, elle s'envole très loin, jusqu'en Afrique, surtout au sud de l'équateur. Elle revient en mai sur ses territoires de nidification pour les quitter à la fin du mois d'août. Les Pie-grièche à poitrine rose ont un bec puissant, la mandibule supérieure crochue avec une petite dent aiguë qui leur permet de déchiqueter la carapace des coléoptères et autres insectes à élytres, ou de maintenir les proies lisses et molles. L'alimentation, exclusivement animale, est semblable à celle de la pie-grièche écorcheur. Mais, contrairement à ce que font les autres pie-grièche, celle à poitrine rose n'empale que très rarement sa proie sur une épine.

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En 1999 Norbert LEFRANC (auteur de « Shrikes of the world » & Ministère français de l'Environnement)  écrivait « Grâce à une approche contractuelle effectuée dans le cadre de mesures agro-environnementales, la plupart des vignerons du Pays d'Ensérune se sont engagés à favoriser les conditions de vie de la pie-grièche. Au départ, cet oiseau était plutôt source de conflits entre agriculteurs et ornithologues; il est maintenant devenu l'objet d'une attention et d'un combat communs, non seulement de préservation d'une espèce mais aussi d'un milieu original. Les "contraintes" proposées (et non imposées) aux vignerons se voient compensées par des bénéfices liés à la notion d'identité du terroir, de diversification des activités (tourisme de nature) et de qualité des produits. Une cuvée spéciale « Pie-grièche à poitrine rose » a même vu le jour depuis 1996; l'étiquette de la bouteille a été dessinée par l'artiste animalier Serge Nicolle. Une partie des recettes sur les ventes des bouteilles est reversée à un fonds spécial concerné par la sauvegarde de l'oiseau et de son habitat. »

 

Que l’on ne vienne pas me parler de mode ou d’emballement de bobos qui n’ont que la nature et le vin nature à la bouche. Tel n’est pas mon propos, la pie grièche à poitrine rose je l’évoque simplement comme le symbole de la nouvelle osmose entre les femmes et les hommes de l’Ensérune et leur terre. Même, et surtout derrière les Grands Vins, il y a d’abord la main de l’homme sur sa terre, sa vigne. Créateur de beauté dis-tu Michel, oui mais attention à cette beauté froide, un peu dure, qui comme celle des objets design fait oublier la chair, la vie… Des Grands Vins certes mais de ceux qui gardent le lien avec leurs origines. Dans la quête de la notoriété, de ce qui fait que l’on reconnaisse un vin comme grand, que l’on s’y fidélise, qu’on accepte d’en payer le prix, le temps est un facteur incompressible. Patience et longueur de temps, assurer les fondations, monter à son rythme, garder le cap… facile à écrire j’en conviens Michel, plus difficile à réaliser. De courage tu n’en manques pas et mes petites remarques loin de te décourager, te motiveront plus encore. Bravo à toi et à ton équipe pour le travail accompli.

 

Et dire que je voulais faire court ! Pour finir, une fois encore je suis allé chez ô Château incognito. Que voulez-vous je ne suis fabriqué sur le modèle Pudlo…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

gus 18/10/2011 12:27



C'est l'histoire d'Ensérune,de ses hommes et d'une pie.


La pie d'hom' d'Ensérune en quelque sorte !


Désolé :-((((( ,la fatigue des vendanges sans doute...



Françoise 18/10/2011 11:15



Michel Bataille, (les plus beau yeux verts du paysage viticole français), a conduit l'improbable dialogue entre
chasseurs et écologistes, pour le maintien des haies qui hébergent la fameuse pie et qui structurent un paysage magnifique...



JACQUES BERTHOMEAU 18/10/2011 11:17



Je sais Françoise, je sais...



clavel 18/10/2011 08:56



Y a t-il un sous entendu dans le terme "ô château" ?? Il semble que VI (vignerons d'Ensérune) vient d'acquerrir "Puech Haut" (Saint Drézéry) un trés beau vignoble Montpelliérain AOP, à la
réputation bien établie, en partie grâce à des méthodes de com. originales et efficaces, en particulier une collection de barriques réformées et peintes par des personnages connus de la
décoration et de la BD , barriques qui ont circulées dans toute l'Europe en soutien commercial des vins de Puech Haut. A côté des vins AOP du château, il existe une gamme de BIB IGP ,décorés de
la même façon que les barriques et qui ont un certain succès dans la GD. Je ne sais si le Château du site fait partie de l'acquisition, il ressemble à un bâtiment 18°, mais il s'agit de l'habile
réemploie des pierres récupérées lors de la transformation de la préfecture de Montpellier. les caves, la salle de réception et l'environnement sont de la même qualité de réalisation que le
Château!!



JACQUES BERTHOMEAU 18/10/2011 09:00



Non non aucun sous-entendu Jean : ô Château est le bar parisien près des Halles où Michel Bataille et son équipe nous ont reçu... Comme le gérant de ce lieu a pris un jour la mouche parce que je
trouvais le lieu un peu prétentieux je me fais discret quand j'y vais...



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