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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 00:04

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L’Algérie, lorsque j’usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école primaire Ste Marie à la Mothe-Achard, dans nos livres d’histoire et de géographie, était française : 4 départements : Alger, Oran, Constantine et un peu plus tard celui de Bône (redécoupage du département de Constantine) et les Territoires du Sud. En 1941, ils furent numérotés à la suite des départements français de 91 à 94. Ironie de l’histoire, le 93 fut attribué au département de Constantine qui fut le foyer de l’insurrection du
1er novembre 1954. C'est la «Toussaint rouge». Les seules victimes européennes sont un couple de jeunes instituteurs Guy et Janine Monnerot. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Le ministre de l'Intérieur de l’époque François Mitterrand, promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les «hors la loi» et il déclare le 12 novembre 1954 : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution et c'est notre volonté». Le gouvernement de Guy Mollet va y envoyer le contingent. Le service militaire va être porté à trente mois et les effectifs engagés dans ce que l'on appelle les «opérations de maintien de l'ordre» ne tardent pas à atteindre 400.000 hommes.

Contrairement au conflit indochinois où ce n’étaient que des « engagés volontaires » cette sale guerre qui n’en portait pas le nom nous touchait de près : nos voisins, nos frères partaient en Algérie. Mon frère aîné, Alain, affecté sur la ligne Morice, sera de ceux-là. Nous attendions ces lettres avec angoisse et plus encore nous redoutions de voir le maire ou les gendarmes s’encadrer dans la porte pour annoncer une funeste nouvelle. Nous ne comprenions pas trop les enjeux de cette Algérie française, si lointaine, avec ses colons, grands et petits, sa population européenne bigarrée, ces « indigènes » dont nous ne connaissions pas grand-chose et ces « fellaghas » contre lesquels nos frères allaient en opération dans le djebel. Mon frère est rentré. Il n’a guère parlé de sa « guerre », c’était une tradition familiale Louis mon grand-père : 4 années de guerre s’ajoutant à 3 de service militaire et Arsène mon père blessé en 1939, ne nous ont jamais abreuvé du récit de leur temps sous les drapeaux.

Moi je n’ai jamais porté l’uniforme mais j’ai effectué mon Service National comme VSNA, 18 mois à l’Université de Constantine comme maître de conférences. J’ai donc vécu deux années en Algérie sous le régime « socialiste » du colonel Boumediene affligé de toutes les tares de la bureaucratie et de la toute puissance des militaires. Comme dans tous les régimes dictatoriaux à discours marxisant la dérision entre 4 murs était le seul oxygène de mes étudiants et étudiantes ( parmi lesquelles il y avait la petite fille de Ferrat Abbas le pharmacien de Sétif) : la plaisanterie la plus prisée étant, lorsque nous faisions la queue pour obtenir une bouteille de gaz, « pour qui sonnait le gaz ? » en référence à la Société Nationale en charge du Gaz : la Sonelgaz qui, dans un pays recelant de fabuleuses ressources de gaz naturel trouvait le moyen de créer la pénurie. Pour mettre un peu de gaîté dans l’atmosphère pesante il nous restait plus qu’à faire partager à nos invités le verre de l’amitié en débouchant une bouteille de cuvée du Président achetée chez le seul entrepositaire de Constantine qui ne pouvait le vendre qu’aux coopérants.

Pourquoi me direz-vous revenir sur cette histoire douloureuse en y rajoutant des souvenirs personnels ? Tout simplement pour ne pas verser dans un penchant bien français de réécrire l’Histoire ou de porter sur des évènements, sommes toutes proches, un regard contemporain. Dans l’histoire du vignoble français, le vignoble algérien des années coloniales a joué un rôle capital dans l’émergence d’un grand négoce assembleur, embouteilleur de place, à Paris tout particulièrement. La « saga du gros rouge » s’appuyant sur un vignoble moderne, industriel, une sorte de préfiguration du vignoble du Nouveau Monde, est une réalité qui a modelé l’image du vin dans notre pays en créant une césure, que nous n’avons pas encore effacée, entre le litre syndical 6 étoiles et la bouteille de vin bouché, les Vins de Consommation Courante et les Vins Fins. Nos concurrents du Nouveau Monde et les consommateurs qu’ils ont créés n’ont pas eu à surmonter ce handicap. N’oublions pas que dans Mythologies lorsque Roland Barthe écrit « le vin est senti par la nation française comme un bien qui lui est propre. » il fait référence au vin de tous les jours « pour le travailleur, le vin sera qualification, facilité démiurgique de la tâche (« cœur à l’ouvrage »). Pour l’intellectuel, il aura la fonction inverse : « le petit vin blanc » ou le « beaujolais » de l’écrivain seront chargés de le couper du monde trop naturel des cocktails et des boissons d’argent. » Réduire ce « vin populaire » à une affreuse piquette relève de l’erreur historique, il était dans sa grande majorité d’une qualité correspondant aux attentes de ses consommateurs. Vin de tous les jours et vin du dimanche et fêtes, l’examen des magnifiques Catalogues de la maison Nicolas montre qu’à cette époque les marchands de vin vendaient du Vin, des Grands, même des très grands et des Petits, sans se prendre le chou...

À suivre...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Norbert Buchonnet 18/07/2010 22:25



Et si je voulais ajouter quelques clichés du catalogue Nicolas?



JACQUES BERTHOMEAU 19/07/2010 08:43



Si c'est sur mon blog il vous suffit de me les envoyer sur mon e-mail indiqué en en-tête de ce blog format jpeg et pas trop lourdes...


Merci



Clavel 18/07/2010 10:12



Je fais partie de cette génération, qui possède sa carte d'ancien combattant pour avoir passé près de 3 ans en AFN et beneficie d'une niche fiscale pas encore rabotée, une demi part fiscale
supplémentaire après 75 ans !! Mais mes rapports avec l'Algérie d'antan sont nombreux, pas seulement parceque mon beau père est mort pour la France , mobilisé sur place à Constantine en 1944,
mais parceque mon premier travail dans la viticulture héraultaise a été la réinstallation  des viticulteurs rapatriés qui ont apporté leur dynamisme, leurs méthodes d'exploitation, leur
esprit d'entreprise, à une profession languedocienne un peu endormie, dont les seuls moments d'énergie visible était la manifestation revendicative pour obtenir plus de subventions du
gouvernement. J'ai le souvenir ému de la visite d'une exploitation viticole en vue de l'installation d'une famille oranaise d'origine alasacienne, qui possèdait de beaux vignoble et un négoce à
Oran. Ils s'étaient posés à Sète , ou les rapatiés étaient nombreux, et ou le commerce des vins local était leurs clients habituel à l'époque de l'Algérie Française. Cette exploitation visitée
près de Pézénas sur la rive gauche de l'Hérault possédait une centaine d'hectare de vigne dans la plaine et un chateau médiéval entouré d'un parc centenaire sur une colline. Le propriétaire était
une indivision familiale en fin de vie, il n'y avait plus qu'un salarié agricole,  un mulet, et des vignes en état d'inculture avancé . Le père de famille oranais arrive devant le
chateau aux deux tours massives carrées, il me dit, mais ces tours ne sont pas de la même hauteur, si j'achète je remonterais la plus basse, je lui objectai que ce monument était inscrit à
l'inventaire et qu'il faudrait en référer aux monuments historiques, pas de réponse!! Ils achètent et s'installent, en un an le vignoble ancien était nettoyé, et les replantations réalisées. Il y
a quelques années, nous nous retrouvons à l'abbaye de Valmagne chez nos amis d'Allaines, la directrice des Monuments Historiques, et M. x l'Oranais, et nous évoquons le château de Marennes, il me
dit souriant, j'ai remonté la tour la plus basse, la directrice des M.H. questionne, de quoi sagit-il ?? Il lui répond simplement, je ne vous ai rien dit à l'époque, c'était dans les années 60,
il y a maintenant prescription !!


Les descendants de ces agriculteurs-viticulteurs rapatriés sont maintenant bien intégrés dans la profession régionale et constituent la base de quelques réussites collectives
 régionales en particulier de l'IGP  "Pays d'Oc"



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